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Combien d'argent a chaque parti dans ses coffres?

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Si l'argent est le nerf de la guerre, quel parti s'avère le mieux positionné pour la campagne électorale? Radio-Canada a fouillé dans leurs livres de comptes depuis la dernière élection. À tous les chapitres, le Parti conservateur dispose des coffres les mieux remplis.

Un texte d'Alain LabelleTwitterCourriel

Année après année depuis la dernière élection, les conservateurs ont battu leurs opposants au chapitre des contributions politiques au niveau national.

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Et ce, malgré une cote de popularité qui était proche de celle du NPD ou du PLC, voire inférieure, remarque le politologue Louis Massicotte, professeur à l'Université Laval et expert en financement politique.

Selon lui, cet écart est avant tout le fruit de l'abolition des subventions gouvernementales aux partis politiques, décidées par le gouvernement conservateur en 2011.

« On peut dire en regardant l'ensemble des données que c'est très nettement avantage conservateur. Et c'est un avantage qu'ils se sont en partie créé en abolissant les subventions de l'État aux partis politiques (en 2011), explique-t-il. Les conservateurs y étaient moins dépendants que ne l'étaient les autres partis. »

Les conservateurs avaient une machine bien rodée, bien établie depuis longtemps, et étaient en mesure d'aller chercher beaucoup plus de contributions individuelles.

Louis Massicotte

Si l'on regarde les rapports financiers des deux premiers trimestres de 2015 déposés à Élections Canada par les différents partis, la tendance se maintient : les conservateurs mènent largement la bataille. M. Massicotte note que les années électorales sont les plus fastes, comme en témoigne 2011, et 2015 devrait être à l'avenant.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Le parlement canadien à Ottawa. (24-07-15)

Le reportage de Catherine Kovacs

Photo : ICI Radio-Canada/Paul Skene

Le Nouveau Parti démocratique et le Parti libéral à la traîne

Les deux principaux partis d'opposition ont eu de la difficulté à s'adapter aux nouvelles lois sur le financement, souligne le professeur Massicotte. Et ce, malgré la nomination de nouveaux chefs à leur tête et des intentions de vote favorables.

Il se dit surpris de voir que les libéraux n'ont pas mieux fait pendant la « Trudomanie » de 2013-2014 en ne réussissant pas à transposer le phénomène en financement.

Jusqu'en 2003, les libéraux comptaient beaucoup sur les contributions corporatives et ensuite sur le financement de l'État. Ils n'avaient pas entrevu que M. Harper pouvait abolir les subventions et les placer dans une situation plus difficile.

Louis Massicotte

La courte histoire de l'encadrement du financement des partis

  • Loi de 1974 : Toutes les sources de financement (compagnies, groupes de pression, individus) sont permises tant et aussi longtemps qu'elles sont déclarées. La loi oblige aussi les partis à limiter leurs dépenses électorales et les rend admissibles au remboursement d'une partie de ces dépenses.
  • Loi de 2004 : À partir de ce moment, le financement se fait uniquement par des dons individuels. Les partis sont obligés à remettre annuellement un rapport détaillé contenant les noms et adresses de tous les dons reçus. Ils reçoivent une allocation de 1,75 $ par vote recueilli.
  • Loi de 2011 (C-13) : Les conservateurs éliminent graduellement cette allocation.

Au niveau local aussi

Outre les contributions aux partis politiques nationaux, les citoyens peuvent aussi donner de l'argent aux associations de circonscription locales.

À ce chapitre, le montant total récolté par le Parti conservateur s'avère le plus élevé, montre la compilation effectuée par Radio-Canada. 

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Il faut noter que la limite maximale des dons individuels a été indexée au cours de ces années et a augmenté de 1000 à 1500 $. Les contributions individuelles sont donc très en deçà de la limite permise.

La réalité financière d'un parti politique ce n'est pas juste la performance de ses instances fédérales, c'est également la somme totale des performances au niveau des circonscriptions.

Louis Massicotte

Le nombre de donateurs

Au-delà des sommes reçues, un autre indicateur de la santé des partis s'avère le nombre de donateurs. Au niveau national, si le Parti conservateur reste en tête, le NPD a dépassé le Parti libéral pour les six premiers mois de 2015, avant le déclenchement de l'élection.

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De son côté, le Bloc québécois est pratiquement « à terre », affirme le politicologue Louis Massicotte.

Le Bloc ne s'est pas vraiment remis de sa défaite. Le nombre de donateurs, c'est un gros indice, et le Bloc est en descente constante à partir d'un niveau qui n'était pas tellement élevé en 2011. Je ne sais pas si Duceppe va réussir à inverser cette tendance-là.

Louis Massicotte

Au niveau local, le Parti libéral a réussi à récolter un plus grand nombre de dons, mais d'un montant moindre (111 $ comparativement à 241 $ pour le PCC).

Le montant des contributions

Si l'on plonge un peu plus en détail dans les rapports financiers, on constate une autre difficulté pour le Bloc québécois : le montant moyen des contributions nationales est passé sous la barre des 100 $ depuis le début de l'année.

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Le montant des contributions qui est versé [au Bloc] est plutôt de l'ordre de 100 $, alors que c'est 200 $ pour les autres partis. [...] Le Bloc, financièrement, n'est pas en bonne posture. C'est assez évident.

Louis Massicotte

Il faut toutefois mettre un bémol à ces données, rappelle le politicologue. En 2011, le Bloc avait fait le plein de subventions de l'État, et avait quand même obtenu de faibles résultats aux élections.

Les coffres conservateurs comme explication à la durée de la campagne

La santé financière du parti et l'ampleur des montants dont il dispose expliquent la stratégie d'une longue campagne électorale mise de l'avant par les conservateurs, estime M. Massicotte. Et d'ajouter que personne n'avait prévu que la campagne pouvait être aussi longue, même si la nouvelle loi électorale ne prévoit pas de durée maximale pour la campagne.

C'est un coup de génie! J'ai relu les débats sur la loi C-23, et personne n'a vu ça venir. Il y avait tellement de choses qui pouvaient inciter à l'indignation [dans cette loi ] que personne n'a remarqué le potentiel de deux paragraphes inoffensifs en apparence, un pour les partis et un pour les candidats : on avait prévu que si une campagne durait plus de 37 jours, les plafonds de dépenses étaient augmentés d'autant.

Louis Massicotte

Ainsi, un parti comptant un candidat dans toutes les circonscriptions peut dépenser près de 25 millions de dollars pour une campagne de 37 jours. Chaque jour supplémentaire, la limite de dépenses nationales augmente de 675 000 $, et celle d'un candidat ayant droit à 100 000 $ de dépenses augmente de 2700 $.

Les conservateurs sont donc prêts pour un marathon et un sprint monétaire final, alors que les autres partis risquent de s'essouffler d'ici là. Les derniers états financiers déposés illustrent d'ailleurs cet écart.

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Quel impact sur le résultat?

Louis Massicotte souligne toutefois qu'un avantage financier ne se traduit pas forcément en victoire. « Le vote des électeurs n'est pas la traduction automatique d'un appui financier aux partis politiques. L'argent est une variable parmi d'autres. Quand les électeurs ont décidé qu'ils en avaient assez d'un parti, ils le manifestent aussi riches que ce parti puisse être ».

La beauté de la démocratie, c'est que ce n'est pas une machine à sous. [...] Ce n'est pas parce que vous dépensez plus que vous gagnez.

Louis Massicotte

Le Pr Massicotte donne deux exemples pour illustrer ses propos. Celui de Parti québécois de Pauline Marois qui avait gagné la bataille du financement, mais perdu les élections. Et celui du référendum sur l'accord de Charlottetown, une campagne au cours de laquelle le « oui » avait dépensé 13 fois plus que le « non », sans le gagner.

Avec Florent Daudens

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