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Mauvais départ (pour tout le monde!)

Michel C. Auger
Michel C. Auger Photo: Radio-Canada

Les Canadiens qui se demandaient ce que leurs dirigeants politiques pourraient bien avoir à dire pendant 11 semaines de campagne électorale n'auront certainement pas été rassurés par le lancement des chefs des grands partis.

Une analyse de Michel C. AugerTwitterCourriel

Stephen Harper aura été particulièrement inefficace à répondre à la question la plus évidente qui allait lui être posée : pourquoi une campagne de 78 jours, la plus longue de l'histoire canadienne? D'autant que les contribuables canadiens devront payer la moitié des dépenses supplémentaires.

M. Harper a voulu parler du besoin d'obliger les partis à faire campagne « avec leurs propres fonds, plutôt qu'avec ceux des contribuables », comme si ceux-ci ne devaient pas acquitter la moitié d'une facture qui sera deux fois plus élevée que lors d'une campagne d'une durée normale.

Les conservateurs font sans doute le pari que les controverses de date des élections et des circonstances du déclenchement ne durent généralement que quelques jours et que les électeurs passent vite à autre chose. Mais les électeurs pourraient être moins indulgents cette fois-ci.

Le premier ministre n'a pas eu, non plus, de réponse pour les électeurs qui se demandent pourquoi ils devraient lui donner un quatrième mandat. Le tout alors que Statistique Canada indique que l'économie canadienne est en recul depuis maintenant cinq mois. M. Harper refuse même de reconnaître qu'il puisse y avoir un ralentissement économique.

Bien au contraire, il affirme que la seule chose à faire est de continuer les mêmes politiques, alors que les derniers sondages (Nouvelle fenêtre) indiquent qu'une majorité de Canadiens croient que le pays est sur la mauvaise voie et qu'il est déjà en récession.

Mulcair

Thomas Mulcair est intervenu quelques minutes plus tard avec un discours assez prévisible pour un chef de l'opposition. Mais on aura surtout retenu qu'il n'a accepté aucune question après son discours, se privant ainsi de commenter la question du jour, soit que le déclenchement hâtif et la durée de cette campagne donnent un avantage certain aux conservateurs.

C'est étonnant parce que M. Mulcair est beaucoup plus efficace et éloquent quand il délaisse les discours écrits et parle aux électeurs sur le ton de la conversation comme lorsqu'il répond aux questions des journalistes. Et, de toute façon, il n'y avait aucune utilité pour le chef du NPD d'avoir l'air de se défiler, comme Pauline Marois l'a appris à ses dépens lors de la dernière élection au Québec.

C'est d'autant plus malheureux pour M. Mulcair qu'il sait très bien qu'il demande aux Canadiens de poser un geste inédit, soit d'élire un gouvernement néo-démocrate, et que cela va exiger un effort de persuasion supplémentaire pour le chef du NPD tout au long de la campagne.

Duceppe

Gilles Duceppe aura eu également un lancement de campagne difficile. D'abord, on aura noté qu'il s'adresse maintenant exclusivement aux souverainistes plutôt que de se poser, comme avant, en défenseur des consensus québécois. On ne peut avoir meilleure preuve des difficultés actuelles du Bloc québécois que de le voir s'adresser à sa base militante plutôt qu'à l'ensemble des Québécois.

M. Duceppe a aussi échoué dans sa tentative de convaincre les Québécois qui veulent surtout changer de gouvernement de ne pas succomber au vote stratégique. C'est beau de dire que les autres partis n'ont qu'à s'occuper de défaire les conservateurs ailleurs au pays. Mais pour battre Stephen Harper, il faudra que l'un des autres partis obtienne plus de sièges que lui. Cela, le Bloc ne peut pas le faire. Et si un autre parti doit y arriver, il ne pourra pas se passer des voix des Québécois.

Trudeau

Justin Trudeau aura sans doute eu la meilleure performance des quatre, mais c'est surtout grâce à la faible qualité de celle des trois autres. Son discours sur la classe moyenne est maintenant bien rodé, mais il doit convaincre les Canadiens que le changement passe par son parti et pas par celui qui forme l'opposition officielle.

Ses attaques contre Mulcair furent plus nombreuses que celles contre le premier ministre, mais elles ont largement fait long feu. Ainsi, il est vrai que la hausse du salaire minimum proposée par le NPD ne touchera que les travailleurs relativement peu nombreux soumis au Code du travail fédéral, puisque la plupart des Canadiens sont sous la gouverne des codes du travail de chacune des provinces. Mais on peut certainement faire confiance à l'intelligence des électeurs, qui savent que les politiciens fédéraux ne peuvent pas promettre de changer des lois provinciales depuis le Parlement d'Ottawa.

Voilà pour le premier jour. En espérant que la qualité des débats s'améliore avec le temps. On aura tout le temps requis!

Politique