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Échec de Chez Sophie sur le pont : l'ex-propriétaire blâme la Ville et la Caisse

L'ancien propriétaire de Chez Sophie sur le pont, Stéphane Wilde.

L'ancien propriétaire de Chez Sophie sur le pont, Stéphane Wilde.

Photo : ICI Radio-Canada

Radio-Canada

Après six mois de silence, l'ancien propriétaire de Chez Sophie sur le pont raconte son histoire. Selon lui, la Ville de Winnipeg et la Caisse groupe financier auraient contribué à un environnement qui l'a mené tout droit à la faillite.

« Aujourd'hui, je n'ai plus rien », lance Stéphane Wild. Il dit avoir tout perdu dans cette aventure de restaurant sur l'Esplanade Riel, le pont piétonnier qui relie le quartier Saint-Boniface au centre-ville de Winnipeg.

Un texte de Denis-Michel ThibeaultTwitterCourriel

Au printemps 2013, la Ville de Winnipeg lance un appel d'offres pour occuper les locaux vides de l'Esplanade Riel, après que le restaurant original, Salisbury House, a fermé ses portes. À l'époque, raconte Stéphane Wild, il est loin de connaître tous les enjeux que représentait l'emplacement de ce restaurant sur le pont.

Motivé toutefois par l'arrivée prochaine du nouveau Musée canadien pour les droits de la personne et la possibilité d'achalandage intéressant, le restaurateur saisit l'opportunité de multiplier son chiffre d'affaires par dix et se lance dans l'aventure.

C'était une occasion à ne pas laisser passer. C'est la porte d'entrée de la communauté francophone, sur un pont magnifique

Stephane Wild, ancien propriétaire de Chez Sophie sur le pont

Une série de signaux d'alarme

Le chef d'origine française dit avoir vu le premier signe avant-coureur du caractère périlleux de son aventure le jour où son projet a été accepté par la Ville. Il avait soumis quelques mois plus tôt un plan d'affaires à la Ville, mais dit n'avoir reçu aucune réponse pendant plusieurs mois, jusqu'au jour où il a appris par l'entremise des médias que c'était son projet qui avait été retenu.

Nous avons répondu à l'appel d'offres et on n'avait plus de nouvelles. Donc on s'est dit ''bon, ils ont dû choisir quelqu'un d'autre''. Et une matinée, on s'est levés, et il y avait une dizaine de caméras devant notre bistro sur l'avenue de la Cathédrale. On se demandait ce qui se passait, et on a appris que la Ville avait fait une annonce comme quoi c'est à nous qu'allait revenir le restaurant sur l'Esplanade. On n'était pas du tout au courant

Stephane Wild, ancien propriétaire de Chez Sophie sur le pont

La Ville, qui a répondu par courriel aux questions de Radio-Canada, confirme que dans ses procédures habituelles, celui qui remporte un appel d'offres est avisé quelques jours avant que l'information soit rendue publique. Selon Stéphane Wild, la Ville l'a appelé le matin même et a laissé un message sur la boîte vocale de son bistro de l'avenue de la Cathédrale. La Ville affirme quant à elle lui avoir envoyé une lettre le 14 février 2013, soit deux semaines avant que les journalistes s'amassent devant son bistro.

Quelques mois auparavant, Stéphane Wild avait demandé un prêt d'entreprise auprès de la Caisse groupe financier. Le prêt a été refusé, raconte-t-il.

Pour nous c'était bizarre. La Caisse avait refusé notre prêt. Notre projet aurait dû être annulé. Pas de financement, pas de projet.

Stéphane Wild, ancien propriétaire de Chez Sophie sur le pont

Mais le jour même de la médiatisation de la nouvelle, soutient Stéphane Wild, la Caisse populaire l'appelle pour lui annoncer l'approbation d'une demande de prêt personnel de 177 000 $.

Pour sa part, la Caisse populaire refuse de commenter l'histoire. Jointe par téléphone, Diane Bilodeau, vice-présidente marketing et stratégie de Caisse groupe financier, est catégorique: « Nous ne parlons sous aucun prétexte des dossiers de nos clients ».

La façade du restaurant Chez Sophie sur le pont, sur l'Esplanade Riel à Winnipeg, le samedi 12 octobre 2013.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : Radio-Canada/Ralph-Bonet Sanon

Trois mois après l'ouverture de son restaurant sur le pont, Stéphane Wild explique qu'il lui était toujours impossible d'y recevoir son courrier. Il a fini par le faire redistribuer à son bistro de l'avenue de la Cathédrale. Selon la Ville, l'adresse existait dans les livres, mais Stéphane Wild raconte que le facteur ne s'arrêtait tout simplement pas à sa porte. Le restaurateur a dû payer des frais pour les retards de paiement de différents comptes.

Incapable de mettre la main sur les livres comptables de l'ancien locataire, le chef demande à la Ville les estimations des coûts d'exploitation du bâtiment. Selon les documents fournis par la Ville, les coûts de chauffage devaient être en moyenne de 3300 $ par mois. Ses factures d'électricité s'élèveront en moyenne de 4800 $, soit 1500 $ de plus par mois que les coûts estimés par la Ville.

Puis, le 13 décembre 2013, Stéphane Wild reçoit une lettre de la Ville lui indiquant que ses taxes foncières vont passer de 876 $ par mois à 1576 $ par mois, sans donner d'explications. Selon des documents de la ville, la valeur du bâtiment avait bondi à 694 000 $.

En novembre 2014, la Ville révise son estimation et ramène la valeur du bâtiment à 295 000 $. Les taxes foncières diminuent donc à 639 $ par mois. Stéphane Wild a reçu, après la fermeture de son restaurant, un remboursement de 7500 $ de l'administration municipale.

Le nouveau restaurant Chez Sophie, sur l'esplanade Riel.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le restaurant Chez Sophie a accueilli ses premiers clients sur l'esplanade Riel lundi.

Le chef estime le chiffre d'affaires de son restaurant à un million de dollars par année. En été, il pouvait servir de 350 à 400 couverts par jour, un chiffre qui baissait radicalement en hiver. Selon lui, les problèmes de déneigement sur le pont, le manque de stationnement et les difficultés d'accès ont fait en sorte que son restaurant était à peu près inoccupé pendant les mois d'hiver.

Selon son entente de location, il lui était en revanche impossible de fermer plus de 90 jours par année, ni de baisser la température sous 18 degrés Celsius.

Deux poids, deux mesures

Stéphane Wild estime qu'il aurait pu survivre dans un contexte où il n'aurait pas été obligé de rester ouvert en hiver. Le restaurant Chez Sophie sur le pont avait l'obligation d'être ouvert 12 mois par année et payait un loyer fixe de 2000 $ par mois. Stéphane Wild avait aussi investi 200 000 $ de ses finances personnelles pour rénover le bâtiment, ce qui lui a permis d'obtenir un assouplissement lors de sa première année de location.

Le problème ce n'était pas la communauté, c'était la Caisse, c'était la Ville.

Stéphane Wild, ancien propriétaire de Chez Sophie sur le pont

Depuis la fermeture de Chez Sophie sur le pont, la situation du nouveau locataire est différente. Le loyer est fixé à 5 % des ventes nettes, et le restaurant peut être fermé de début octobre à fin avril. Les nouveaux locataires sont toutefois responsables des frais d'électricité 12 mois par année.

Acculés à la faillite

Stéphane Wild et sa conjointe ont dû utiliser toutes leurs économies et leurs REER pour rembourser la Caisse qui menaçait, selon lui, de l'empêcher de payer ses employés s'ils ne remboursaient pas le prêt de 177 000 $. Ils ont vendu tout le mobilier et l'équipement au nouveau locataire pour 15 000 dollars.

Stéphane Wild reconnaît avoir fait des erreurs, et il dit que plusieurs choses se feraient différemment si tout était à recommencer. « Je le referais, je le referais. Aïe, le soutien de la communauté. J'en ai la chair de poule. C'était quelque chose de vraiment extraordinaire ».

Aujourd'hui, Stéphane Wild et son épouse n'ont plus rien et songent à la faillite.  

L'homme qui espérait faire fortune sur le pont demeure dans un petit appartement et occupe un travail à temps partiel dans une cuisine de Winnipeg.

Avec la participation de Martine Bordeleau, Jacques Marcoux et Pierre Verrière

Écoutez l'entrevue de Martine Bordeleau avec Stéphane Wild

Entrevue avec Stéphane Wild

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