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Ces oliviers malades de la peste verte

Des oliviers malades aux Pouilles
Des oliviers malades aux Pouilles Photo: Sylvain Desjardins
Radio-Canada

Ce sont des arbres centenaires qu'on dit indestructibles. Ils résistent aux orages, à la canicule, au gel et même aux incendies. Et pourtant, une bactérie est en train de les décimer lentement, mais sûrement.

Un texte de Sylvain DesjardinsTwitterCourriel

La Xylella fastidiosa a été détectée il y a deux ans dans la région des Pouilles, la plus grande oliveraie italienne. C'est la région qu'on associe au talon de la botte italienne, soit l'extrémité sud-est du pays. La bactérie y aurait été importée du Costa Rica, nichée dans des arbres à café et dans des plantes ornementales.

Des centaines de milliers d'arbres sont maintenant traités et étudiés, sans qu'on n'arrive à enrayer le micro-organisme dévastateur. Au total, 60 millions d'oliviers sont menacés dans le sud de l'Italie. C'est une industrie de 600 millions d'euros, de plus de 40 000 entreprises qui produisent plus de 35 % de la production nationale italienne d'huile d'olive.

C'est non seulement l'économie locale qui est en jeu, mais tout un mode de vie ancestral.

La crainte de tout perdre 

Pantaléo Piccino, propriétaire d'une oliveraie, à Lecce, en ItaliePantaléo Piccino, propriétaire d'une oliveraie, à Lecce, en Italie Photo : Sylvain Desjardins

Pantaléo Piccino est propriétaire d'une oliveraie de 30 000 arbres, dont plusieurs sont pluricentenaires, à Lecce, au cœur du Salento. Cet agriculteur a repris la ferme de ses ancêtres, comme la majorité des autres producteurs d'olives du coin. Il a vu apparaître les premiers signes de l'infection, en mai dernier.

Une calamité qu'il redoutait puisque les arbres de ses voisins étaient contaminés. Ses arbres ont probablement été infectés l'an dernier puisque la période d'incubation de la bactérie est très lente. Il a, bien sûr, peur de tout perdre à moyen terme. Et il blâme le gouvernement local qui n'a pas réagi lors de l'apparition de cette bactérie en 2013.

Il faut que les scientifiques sortent de leurs laboratoires et viennent étudier sur le terrain, ici, les effets de cette peste verte du troisième millénaire.

Pantaléo Piccino, propriétaire d'une oliveraie

La Xylella?

La bactérie est transportée par un insecte, la cicadelle. L'insecte va piquer les jeunes feuilles du haut des arbres parce qu'elles sont plus tendres. Il transmet la bactérie à la sève de l'arbre, la colonne de bactéries prolifère dans les vaisseaux et finit par bloquer complètement la circulation de la sève. La bactérie se propage ensuite vers le bas et finit par tuer complètement l'arbre.

Pas de solution, mais de la prévention

La bactérie a été identifiée pour la première fois dans les Pouilles en 2013 par le chercheur Donato Boscia, membre du Centre national de la recherche d'Italie et directeur d'un institut de protection des plantes à l'Université de Bari.

Le chercheur Donato BosciaLe chercheur italien Donato Boscia Photo : Sylvain Desjardins

Le problème, c'est qu'on ne sait toujours pas comment l'éliminer. Non, il n'y a pas de remède actuellement, il n'y a pas de moyens connus pour éliminer cette bactérie.Tout ce qu'on peut faire pour l'instant, c'est d'essayer d'éliminer l'insecte qui la transporte.

Donato Boscia, chercheur

Au printemps dernier, la garde forestière de la région a lancé un programme intensif de désherbage autour de plusieurs centaines de milliers d'oliviers pour tenter d'éliminer la cicadelle, cette petite bestiole qui agit comme vecteur de transmission.

Et puis, par crainte de contamination dans les pays voisins, la Commission européenne a exigé l'application d'une mesure radicale. L'élimination de toutes espèces végétales autour des arbres malades dans un rayon de 100 mètres. Radicale, mais nécessaire, selon le chercheur Donato Boscia.

De l'opposition à la coupe des oliviers

En général, dans ces cas-là, pas seulement pour la bactérie Xylella fastidiosa d'ailleurs, dans les programmes de mise en quarantaine, on choisit de sacrifier des plantes saines. Il s'agit d'un sacrifice relativement petit pour protéger un territoire beaucoup plus grand.

Une mesure qui passe mal chez certains producteurs d'olives situés plus au nord, dans la région d'Oria, où la maladie commence à poindre sans avoir fait trop de dégâts pour le moment.

Guido Pesce, propriétaire d'une oliveraieGuido Pesce, propriétaire d'une oliveraie Photo : Sylvain Desjardins

Guido Pesce aurait dû abattre 80 de ses 100 oliviers, selon la directive officielle. Il a obtenu une injonction pour empêcher que cela ne se fasse. Mais une nouvelle directive gouvernementale est attendue prochainement pour tenter de bloquer la progression de la bactérie.

Guido Pesce est sceptique quant à la décision d'abattre les arbres dans un rayon de 100 mètres. Une ineptie, selon lui. 

Ici, on est dans une zone où la maladie est très peu présente. Regardez cet arbre, les feuilles sont saines, les olives poussent, je ne vois pas pourquoi on devrait l'abattre. Si un jour le problème survient, on interviendra. Pas avant.

Guido Pesce, propriétaire d'une oliveraie

Des producteurs biologiques et des environnementalistes ont également contesté la directive européenne devant les tribunaux.

L'abattage en dernier recours

Angelo Corsetti, directeur de l'association qui représente 50 000 entreprises agricoles des PouillesAngelo Corsetti, directeur de l'association qui représente 50 000 entreprises agricoles des Pouilles Photo : Sylvain Desjardins

Nous avons tous le cœur brisé quand un olivier de 100 de 150, 200 ans est abattu, mais si la science dit que c'est la seule façon de confiner la maladie et d'éviter qu'elle se propage [...], alors il faudra le faire.

Angelo Corsetti, directeur de l'association qui représente 50 000 entreprises agricoles des Pouilles

Les producteurs d'olives de la région des Pouilles affirment que l'inaction des pouvoirs publics depuis l'an dernier a permis à la bactérie de quadrupler la zone de contamination, qui serait passée en un an de 19 000 à 90 000 hectares.

Et la contamination va continuer de progresser au cours des prochains mois, le temps que les tribunaux tranchent les divers litiges entre groupes de producteurs et autorités publiques.

Écoutez le reportage radio de Sylvain Desjardins à Désautels le dimanche.

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