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« Je suis forcée d'abandonner la production » - Julie Snyder

Julie Snyder abandonne la production télévisuelle

Julie Snyder a annoncé qu'elle abandonnait la production des émissions de télévision de Productions J, invoquant la modification des critères d'admissibilité aux crédits d'impôt remboursables pour la production cinématographique et télévisuelle.

« Ce n'est pas une décision que j'ai prise par choix », a-t-elle déclaré lundi au cours d'un point de presse, visiblement ébranlée par le sort réservé à la maison de production qu'elle a cofondée en 1997 et qui a produit des émissions ayant connu un immense succès populaire, comme Star Académie, Occupation double et La voix.

« Je me retrouve hors jeu dans le contexte concurrentiel aujourd'hui », a affirmé la productrice, qui a montré du doigt le gouvernement libéral de Philippe Couillard. Celui-ci, dans son dernier budget, en mars dernier, a rétabli les règles fiscales qui étaient en vigueur pour les productions télévisuelles et cinématographiques jusqu'en 2014, avant qu'elles ne soient changées par le gouvernement péquiste.

En février 2014, juste avant le déclenchement des élections, le gouvernement Marois avait donné son feu vert à un amendement qui permettait aux producteurs liés à un diffuseur d'y avoir droit, rendant ainsi la maison de production de Mme Snyder admissible à ces crédits d'impôt.

« Tout cela découle de ma situation conjugale », a lancé la compagne du chef de l'opposition officielle et actionnaire de contrôle de Québecor, Pierre Karl Péladeau.

« On présume que mon entreprise est dépendante de son principal client », TVA, a-t-elle déploré, y voyant une politique de deux poids deux mesures.

La femme d'affaires a d'ailleurs signalé que les producteurs Fabienne Larouche, Marie-France Bazzo et Éric Salvail vendaient eux aussi au moins la moitié de leurs productions à un seul diffuseur – respectivement à Radio-Canada, Télé-Québec et V – sans être pénalisés par les changements fiscaux apportés en mars dernier.

Mme Snyder a en outre fait valoir que ses succès comme productrice faisant affaire avec TVA dataient d'avant sa relation avec M. Péladeau.

« Il semble que je ne sois pas aussi indépendante que je le croyais », a ajouté Mme Snyder, affirmant s'être lancée dans la production notamment pour ne pas être à la merci de ses employeurs, comme d'autres animatrices.

Des appuis

À ses côtés, l'avocate Sylvie Schirm, spécialisée en droit de la famille, et la jeune militante féministe Léa Clermont-Dion ont affirmé que Mme Snyder était victime de sexisme.

« La mesure dont il est question aujourd'hui est à la fois passéiste et rétrograde », a affirmé Mme Clermont-Dion, ajoutant que la productrice était une femme indépendante et pas seulement la « femme de l'autre », en référence à des propos formulés par le chef caquiste, François Legault, il y a quelques mois.

Également présents, Pierre Lampron, premier président de la SODEC, et le producteur Roger Frappier ont quant à eux vanté ses talents de productrice. 

M. Lampron dit appuyer Julie Snyder parce qu'il considère qu'il s'agit « d'une vraie injustice envers une des productrices les plus performantes au Québec depuis plusieurs années ».

Celui qui a travaillé à l'instauration de crédits d'impôt aux producteurs estime que Mme Snyder est bel et bien une productrice indépendante.

« Fondamentalement, lorsqu'on a mis en place les crédits d'impôt, c'était avec l'objectif de développer des producteurs et des productrices de cette qualité-là, qui étaient capables de capitaliser leurs entreprises, qui étaient capables de produire des émissions de ce niveau-là et de cette qualité-là », a-t-il souligné en entrevue à Radio-Canada.

Philippe Couillard persiste et signe, TVA exprime des regrets

Le premier ministre Philippe Couillard a rapidement réagi à l'annonce de Julie Snyder, affirmant que la décision de son gouvernement n'avait rien de personnel. « On a voulu modifier l'anomalie précédente », a-t-il déclaré. Déjà, en avril dernier, dans la foulée d'une sortie virulente de la populaire animatrice et productrice, il avait soutenu que c'est le gouvernement péquiste qui avait créé une situation inéquitable en modifiant les critères en février 2014. Les producteurs indépendants s'estimaient désavantagés, avait-il dit.

Dans un communiqué, la direction du réseau TVA a dit avoir « pris acte de la décision » d'une « partenaire de premier plan » avec « regret ». Se voulant rassurant, le réseau s'est cependant dit « confiant de pouvoir maintenir la programmation dévoilée récemment à l'industrie et à ses téléspectateurs, de même que de pouvoir respecter ses engagements envers ses annonceurs ». 

Julie Snyder continuera d'animer Le Banquier, émission produite par TVA Productions.

Société