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Tunisie : 38 morts dans une attaque contre la station balnéaire de Sousse

Les corps des victimes ont été transportés sur des chaises de plage et ont été rassemblés dans un même endroit.

Photo : Getty Images / BECHIR TAIEB

Radio-Canada
Mis à jour le 

Trois mois après l'attaque contre le musée du Bardo, la Tunisie bascule de nouveau dans l'horreur. Au moins 38 personnes ont été tuées et des dizaines d'autres, blessées, vendredi, lorsqu'un homme a ouvert le feu à l'hôtel Imperial Marhaba, à Sousse. L'attaque a pris fin quand le tireur a été abattu par les policiers.

L'attentat a été revendiqué des heures après les faits, dans la nuit de vendredi à samedi, par le groupe armé État islamique sur les réseaux sociaux.

Sousse, une station balnéaire située à 140 kilomètres au sud de Tunis, est l'une des destinations préférées des touristes européens en Tunisie. La plupart des victimes de l'attentat sont britanniques, a annoncé le premier ministre tunisien « après viennent les Allemands, après les Belges et après d'autres nationalités » a-t-il poursuivi.

Le secrétaire d'État tunisien aux Affaires sécuritaires, Rafik Chelli, a déclaré de son côté que l'assaillant abattu était un Tunisien originaire de la région de Kairouan, une ville sainte de l'islam située dans le centre de la Tunisie. « C'est un étudiant », a-t-il déclaré à Mosaïque FM. « Cette personne n'était pas connue » de nos services.

Selon M. Chelli, cet étudiant, qui était « certainement affilié avec des extrémistes », était finalement le seul responsable de cette attaque. Le ministre tunisien de l'Intérieur avait précédemment laissé entendre qu'il pouvait y en avoir un deuxième. 

Il avait un parasol dans les mains. Il l'a déposé au sol, a sorti une Kalachnikov et a commencé à tirer dans tous les sens.

Rafik Chelli, secrétaire d'État tunisien aux Affaires sécuritaires

Le tireur est ensuite entré dans l'hôtel Imperial par l'aire de la piscine, en tirant sur les gens en chemin, jusqu'à ce que les forces de la sécurité interviennent et le tuent « durant un échange de coups de feu ».

Un employé de l'Imperial Marhaba soutient lui aussi qu'il n'y avait qu'un seul assaillant. « Il a ouvert le feu à la Kalachnikov sur les touristes et les Tunisiens qui étaient sur la plage de l'hôtel », a-t-il indiqué. « C'était un jeune qui portait un short comme s'il était lui-même touriste. »

J'ai entendu des coups de feu et je suis sorti voir ce qui se passait. J'ai vu quelqu'un tirer sur des touristes âgés (sur la plage). Ils sont morts. J'ai cherché à me cacher parce que j'ai vu le terroriste entrer dans l'hôtel du côté de la piscine. Il a ensuite jeté une grenade près de la piscine.

Slim Brahim, pâtissier de l'hôtel Imperial Marhaba

Témoignage d'un touriste britannique, Gary Pine, recueilli par Skynews

« On a quitté la plage à toute vitesse, c'était la panique. Mon fils de 22 ans venait juste de retourner dans l'eau et on le regardait depuis la plage lorsqu'on a entendu comme des pétards à cent mètres sur notre gauche. Très vite, les gens ont commencé à fuir la plage, c'était la panique. On a crié à notre fils de ressortir vite de l'eau. En remontant vers l'hôtel, il nous a dit qu'il avait vu quelqu'un se faire tirer dessus sur la plage. Lorsqu'on a rejoint l'hôtel, on a entendu comme une explosion dans le complexe à côté. Je me trouve maintenant à la réception [de l'hôtel El Mouradi Palm Marina] avec environ 200 autres vacanciers internationaux. Il y avait beaucoup de monde à l'hôtel. Maintenant, il règne un silence de mort, on entend siffler les oiseaux. »

Toujours selon Rafik Chelli, les autorités tunisiennes ont un plan pour protéger les hôtels pendant la période sacrée du ramadan, et l'attentat de vendredi est un acte isolé dont il est difficile de se protéger. Le risque zéro, a-t-il souligné, n'existe pas.

Le groupe espagnol RIU Hotels & Resorts, qui détient l'hôtel Imperial Marhaba, a offert ses condoléances aux familles des victimes. Il assure être en « contact permanent » avec les autorités tunisiennes.

Au moins deux voyagistes allemands, TUI et DER Touristik, ont d'ores et déjà offert à leurs clients d'annuler leur séjour en Tunisie, sans frais.

Entretien avec Tahar Chegrouche, sociologue et directeur de l'Institut maghrébin pour les études stratégiques

Une stratégie « globale » doit être mise en oeuvre, dit le président tunisien

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi, qui s'est rendu sur les lieux de l'attaque, a déclaré à l'Agence France-Presse que son pays ne peut faire face seul à la menace djihadiste et qu'une stratégie « globale » doit être mise en oeuvre.

« On s'est aperçu aujourd'hui que la Tunisie est face à un mouvement international. Elle ne peut répondre toute seule à cela. Pour preuve, le même jour à la même heure la France a été la cible d'une opération pareille, le Koweït aussi, une opération pareille », a-t-il souligné.

« C'est la preuve qu'il faut une stratégie globale et que tous les pays actuellement démocratiques doivent unir leurs forces. ».

À Ottawa, l'ambassadeur de la Tunisie au Canada, Riadh Essid, dit être bouleversé par l'attentat. « C'est un acte terroriste qui vise surtout à couper les vivres de la Tunisie, c'est-à-dire qu'ils voulaient surtout atteindre l'industrie du tourisme, donc empêcher la Tunisie d'avoir une source de revenus régulière », a-t-il dit.

« Je pense que la communauté internationale doit être solidaire, non seulement avec la Tunisie, mais aussi avec la France et le Koweït [deux pays qui ont aussi été frappés par des attentats vendredi, NDLR], parce que ce n'est pas une coïncidence. Ces gens-là veulent vraiment imposer leur pensée, leur réflexion, qui, malheureusement, n'accepte pas la tolérance, la culture du dialogue. »

La Tunisie est une terre d'accueil, de culture, de générosité, d'hospitalité. Tous les touristes ont toujours été bien accueillis en Tunisie. Malheureusement, cet incident-là va rapporter une mauvaise image de la Tunisie.

Riadh Essid, ambassadeur de la Tunisie au Canada

Lorsqu'on lui demande si la Tunisie est un pays sécuritaire, M. Essid répond : « Je ne peux pas vous affirmer cela. » Il ajoute aussitôt : « Je pense que, dans le monde, aucun pays n'est sécurisé, puisque d'autres pays du monde, incluant la France, les États-Unis, le Canada, ont été le théâtre de ce genre d'acte terroriste. Tout le monde, que ce soit les musulmans, les juifs et les chrétiens, doivent bien sûr dénoncer ce genre d'acte. »

Le ministère canadien des Affaires étrangères affirme que ses responsables consulaires en Tunisie sont en train de déterminer si des citoyens canadiens ont été touchés par cette attaque. Il indique que les Canadiens qui se trouvent dans la station balnéaire et qui ont besoin d'une aide consulaire peuvent contacter l'ambassade du Canada à Tunis au 216-70-010-200, ou le Centre de surveillance et d'intervention d'urgence à frais virés au +1 (613) 996-8885. Un courriel peut également être envoyé à sos@international.gc.ca. Les proches de Canadiens qui pourraient se trouver à Sousse sont aussi invités à contacter le centre.

La Tunisie est en état d'alerte maximale depuis l'attentat contre le musée du Bardo, à Tunis, qui a fait 22 morts, dont 21 touristes étrangers, le 18 mars. Le groupe armé État islamique avait revendiqué cette « attaque bénie contre l'un des foyers des infidèles en Tunisie musulmane », en affirmant que ce n'était qu'un « début ».

Le tourisme, qui représente environ 7 % du PIB de la Tunisie et près de 400 000 emplois directs et indirects, était déjà très affecté par les crises politiques à répétition et l'essor de la mouvance djihadiste qui ont suivi la révolution de janvier 2011.

Après l'attaque du Bardo, l'industrie a d'ailleurs enregistré de très mauvais résultats en avril, avec un recul sur un an de 25,7 % du nombre de touristes et de 26,3 % des recettes en devises.

Pour suivre notre couverture des différents attentats commis en ce vendredi 26 juin :

En France;
Au Koweït;
En Syrie;
En Somalie

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et Associated Press

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