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Le cheval canadien : une race pure, un cheval noble

Un cheval canadien

Un cheval canadien - Élevage Gérard Lambert

Photo : Carolle Beaudry

Radio-Canada

Le 16 juillet 2015 marque le 350e anniversaire de l'arrivée des premiers chevaux en Nouvelle-France. Le destin de ces équidés, soigneusement choisis par le roi Louis XIV, fut directement lié à celui des habitants de la colonie. Ensemble, ils ont bâti le Québec d'aujourd'hui.

Un texte de Brigitte LévesqueCourriel

Au fil des décennies, ces chevaux ont travaillé fort, dans des conditions rudes et un climat rigoureux. Ils ont constitué une race à part, adaptée aux actes héroïques qu'ils ont accomplis en développant le pays. Une race pure que l'on appelle aujourd'hui cheval canadien.

On savait que 80 chevaux avaient, à eux seuls, constitué la race en se multipliant dans la vallée du Saint-Laurent et qu'ils venaient de Normandie et de Bretagne. L'histoire peut maintenant se confirmer scientifiquement grâce à une étude génétique exhaustive dirigée par le Dr Gus Cothrane, spécialiste au laboratoire équestre de l'Université A & M du Texas, et publiée récemment dans l'Oxford Journal of Heredity de l'American Genetic Association.

À écouter : Revivez l'évolution du milieu chevalin au Québec à travers un voyage sonore en écoutant le reportage de Brigitte Lévesque, en cliquant ici (Nouvelle fenêtre).

Fait étonnant, on apprend que le cheval canadien partage les mêmes ancêtres que les chevaux de trait bretons, et ceux des grands percherons et belges d'aujourd'hui, alors qu'il est beaucoup plus petit.

Un cheval normand de type carrossier noir du CotentinAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un cheval normand de type carrossier noir du Cotentin

Photo : André Auclair

Pour l'éleveur André Auclair, qui connaît par coeur le cheval canadien, il n'y a rien de surprenant. « Les percherons de l'époque étaient les meilleurs carrossiers de Normandie et le belge, qui descend de l'ardennais, était un cheval d'artillerie ». Ce passionné de la race a grandement contribué à sauver le cheval canadien de l'extinction dans les années 70.

On a fait très attention pour ne pas le croiser avec d'autres chevaux de sang étranger. Contrairement au percheron et au belge, on n'a pas grossi la race. On l'a gardé apte à notre climat et à nos besoins dans son format d'origine.

André Auclair, éleveur

Pour les défenseurs de la race authentique, c'est une victoire. « Aujourd'hui, l'étude nous dit que c'est la race la plus ancienne et la plus pure des races formées en Amérique du Nord », ajoute fièrement l'éleveur.

Écoutez André Auclair se souvenir avec émotions de son cheval Fablo (cliquez ici pour l'entendre (Nouvelle fenêtre) sur votre appareil mobile): 

Le déclin de l'empire du cheval canadien

Si le cheval canadien régnait sur son territoire durant le régime français, sa population a commencé à chuter après la Conquête en 1763. Les Britanniques ont vite remarqué leur grande force et leur robustesse exceptionnelle. Ils les ont donc envoyés en masse vers leurs colonies du sud. Les chevaux canadiens ont notamment affronté les champs de bataille des rébellions, et aussi la guerre civile américaine, la guerre de Sécession.

Dans le récent ouvrage intitulé Le cheval canadien : histoire et espoir, on peut lire que 13 000 chevaux furent exportés aux États-Unis de 1861 à 1867 et que déjà, en 1865, les chevaux de race pure étaient menacés. En plus de l'exportation, l'importation de chevaux anglais et américains au Canada viendra faire plonger la population vers le bas.

Pour visualiser ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Un marché en déclin, de chevaux à l'abattoir

Des éleveurs de la race historique du cheval canadien se départissent de plus en plus de leurs juments poulinières, puisque l'industrie chevaline au Québec est en déclin. Plusieurs d'entre eux sont contraints à les envoyer à l'abattoir.

André Auclair a contribué à sauver le cheval canadien de l'extinction dans les années 1970. Aujourd'hui, il aimerait que le gouvernement aide les éleveurs à préserver les gènes de cette race pure. La semence de 18 étalons canadiens a été congelée, mais pas encore les embryons des juments.

La revanche des berceaux : une descendance

Le cheval canadien peut au moins se targuer d'avoir servi à développer et à enrichir d'autres races américaines en étant présent sur ce territoire. Comme le morgan, qui serait le premier à s'être développé aux États-Unis. Ce cheval, qui a contribué à développer l'ouest du pays, fait la fierté des Américains, qui ont toujours prétendu que c'est le cheval canadien qui descendait du morgan.

Un cheval canadienAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Aragorn, cheval canadien (archives)

Photo : Laurie Néron

Des analyses d'ADN sont sans équivoque : le cheval canadien est le plus proche parent du morgan, confirme l'étude parue récemment. Il aurait aussi transmis une partie de sa génétique à plusieurs autres races, dont le standardbred, un trotteur américain.

De plus, une harde de chevaux sauvages qui vivent actuellement dans l'Ouest, auraient été des canadiens domestiqués à l'origine. Ils auraient fait partie d'un voyage d'exploration de La Verendrye, dans les premiers temps de la colonisation de l'ouest. 

Un fier petit cheval de fer

Depuis le début du XXe siècle, le cheval canadien de race pure doit répondre à des standards très précis pour rester fidèle à son surnom de « petit cheval de fer ».

Crinière abondante en crins fins, queue longue et fournie, large poitrail fortement musclé. Ossature dense et lisse, les articulations nettes, port des mouvements avec noblesse et élégance. Symétrie des formes, aplombs parfaits, allures dégagées, avec amplitude. Il est rustique et frugal, et sa robe est le plus souvent brune, noire, alezane ou baie. Il provient de la vallée du Saint-Laurent. Voilà ce que l'on recherche chez le cheval canadien.

Pour voir les caractéristiques officielles du cheval canadien, parcourez votre curseur sur les points rouges sur l'étalon Témis Baron Folklore (sur un appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre)) :

Un cheval national méconnu dans son pays

Le cheval canadien est l'une des trois races animalières du patrimoine québécois depuis 1999 avec la vache canadienne qui a aussi traversé l'océan Atlantique il y a quelques siècles, et la poule chantecler, un produit  authentiquement québécois, « mis au point » de 1908 à 1918 par le frère Wilfrid, un moine trappiste d'Oka. Au fédéral, Ottawa l'a proclamé Cheval national du Canada en 2002.

Cependant, l'industrie chevaline est en déclin. De plus, le cheval canadien doit rivaliser avec la popularité croissante des chevaux spécialisés, dont la génétique se perfectionne de plus en plus dans une quête de performance.

« On le perçoit encore comme un cheval de ferme », déplore Caroline Bolduc, entraîneuse et propriétaire d'un Canadien. « Bien qu'il excelle dans les courses d'attelage, il peut surprendre. » La cavalière remporte régulièrement des rubans rouges lors de championnats en dressage classique.

Le généticien américain Gus Cothrane souligne les efforts considérables des éleveurs du Québec, berceau de la race, sans qui le cheval canadien n'existerait plus.

Les nombreuses festivités entourant cette année le 350e anniversaire de l'arrivée des ancêtres du cheval canadien visent essentiellement à le faire découvrir ou à mieux le redécouvrir.

Science