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Rafle des années soixante : le Manitoba offre ses excuses

Le reportage de Louis-Philippe Leblanc
Radio-Canada

Le gouvernement manitobain a présenté jeudi des excuses officielles à des milliers d'Autochtones qui ont vécu « les rafles des années soixante », connues en anglais sous le nom de « Sixties Scoop  ». Il s'agit de la première fois qu'une province canadienne offre des excuses pour la pratique d'adoption et de déménagement forcés d'enfants autochtones à travers le pays.

« Comme premier ministre, je prends cette occasion pour présenter des excuses officielles de la part de la province du Manitoba pour le Sixties Scoop », a déclaré le chef du gouvernement Greg Selinger devant une foule de plus de 150 personnes réunies au palais législatif à Winnipeg.

Cette pratique est responsable d'un traumatisme collectif intergénérationnel et de l'effritement d'une culture. Avec ces excuses et mots de regret, j'espère que les Canadiens de l'ensemble du pays se joindront à moi et admettront cette injustice historique. J'espère que tous ensemble, nous reconnaîtrons la peine et les souffrances des milliers d'enfants qui ont été arrachés à leur famille.

Greg Selinger, premier ministre du Manitoba

Le premier ministre a souligné qu'il est important que les Canadiens acceptent les vérités difficiles des rafles qui ont eu lieu dans les années soixante et bien au-delà.

Durant les années 1960, 1970 et même au début 1980, environ 20 000 enfants autochtones ont été arrachés à leur famille pour être adoptés par des familles blanches ailleurs au Canada, aux États-Unis et aussi loin qu'en Europe.

Les enfants ainsi adoptés étaient coupés de tout contact avec leur culture, leur famille naturelle et leur identité antérieure. Plusieurs ont été victimes de sévices physiques et sexuels, et certains auraient développé des dépendances à l'alcool ou aux drogues ou encore des troubles psychologiques par la suite.

Plus d’une centaine de survivants, de représentants de Premières Nations et de membres du public se sont réunis jeudi au palais législatif à Winnipeg pour assister à la présentation des excuses de la Province.Plus d’une centaine de survivants, de représentants de Premières Nations et de membres du public se sont réunis jeudi au palais législatif à Winnipeg pour assister à la présentation des excuses de la Province. Photo : ICI Radio-Canada/Trevor Lyons

« Pendant que je me préparais pour aujourd'hui, les larmes sont revenues à mes yeux et les mêmes sentiments d'aliénation et de perte d'identité ont envahi mon esprit », a expliqué la survivante Coleen Rajotte à la foule réunie dans la rotonde du palais législatif. Elle a constaté que le partage des expériences constitue une étape importante vers la réconciliation.

Mme Rajotte a raconté l'histoire d'une survivante qui a été violée à répétition par son père adoptif qui lui a fait un enfant à l'âge de 12 ans. Elle a également partagé l'histoire d'un petit garçon autochtone qui a subi de la violence et des mauvais traitements de la part de ses parents adoptifs lorsqu'il a été envoyé vivre au Minnesota, dans l'État du Michigan.

Aujourd'hui, je sens renaître en moi l'espoir. Même si nous avons réveillé des souvenirs douloureux, je sais que cette peine permettra la reconnaissance et la compréhension de ce que nous avons vécu lors des rafles des années soixante.

Coleen Rajotte, survivante

Coleen Rajotte a déclaré qu'elle aimerait voir plus de ressources allouées à des programmes d'aide psychologique pour les survivants ainsi qu'une campagne médiatique nationale aux États-Unis pour aider aux adoptés adultes en Amérique de retrouver leurs familles canadiennes.

Pourquoi on ne voulait pas de moi ?

En 1970, à l'âge de quatre mois, Christine Merasty a été enlevée à sa famille autochtone. « J'ai fait l'objet de beaucoup de remarques racistes. Ça me faisait mal », avoue Mme Merasty.

Le pensionnat a pris ma mère... et puis elle manquait à l'appel... on l'a retrouvée assassinée... et on m'a enlevée à ma famille.

Christine Merasty, victime des rafles des années soixante

Un couple qui était propriétaire d'une ferme dans une région rurale du Manitoba a adopté la jeune Christine Merasty. Bien qu'elle ait toujours une bonne relation avec ses parents d'accueil, Mme Merasty déclare que le gouvernement a eu tort d'arracher les enfants à leur foyer et à leur culture.

Je me rappelle que, quand j'étais enfant, j'avais toutes sortes de questions qui tourbillonnaient en moi : "Pourquoi est-ce qu'on ne voulait pas de moi? Pourquoi est-ce qu'on ne m'aimait pas? Pourquoi est-ce qu'on m'a envoyée ici?" Mais maintenant, les questions que je tourne et retourne dans mon esprit sont : "Qui vous a donné le droit de me faire ça? Qui a pris cette décision à ma place?"

Christine Merasty

Des actes plus éloquents que les paroles?

Alors que la déclaration de la province du Manitoba devrait reconnaître les effets tragiques des rafles et aider les familles à poursuivre leur guérison, les chefs des Premières Nations réclament plus qu'une simple formulation d'excuses.

« Les familles brisées par les rafles en sont encore bouleversées », souligne David Harper, le grand chef de Manitoba Keewatinowi Okimakanak (MKO), l'organisation qui représente les chefs du nord de la province. « Les personnes enlevées à leur famille sont toujours en train de retrouver leurs racines. Nous allons exhorter le gouvernement à créer une commission. »

Christine Merasty a été arrachée des bras de sa mère le jour de Noël 1970, peu de temps après sa naissance.Christine Merasty a été arrachée des bras de sa mère le jour de Noël 1970, peu de temps après sa naissance. Photo : PC / John Woods

Quant au président de la Fédération des Métis du Manitoba, David Chartrand, il aimerait voir un plan pour réunifier les familles.

« Je félicite un gouvernement qui a le courage d'admettre ses torts. Mais si le plan de notre gouvernement est de remettre ses excuses et de se laver les mains de toute responsabilité, je serai inquiet. »

Les adoptés adultes demandent aussi des excuses formelles auprès du gouvernement fédéral ainsi que des indemnisations pour des expériences qui étaient, selon eux, aussi traumatisantes que celles des enfants aux pensionnats.

À l'heure actuelle, deux recours collectifs aux noms des victimes des rafles sont en instance devant les tribunaux du pays.

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