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Le chef d'état-major Lawson cloué au pilori par tous les partis

Laurent Beaudoin se retire de Bombardier en 2018.

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le premier ministre Stephen Harper et les chefs des partis d'opposition ont dénoncé à l'unisson les propos du chef d'état-major sortant Tom Lawson, selon lesquels les hommes sont « programmés biologiquement » pour avoir des pulsions les poussant à des inconduites sexuelles.

« J'ai trouvé les commentaires du général Lawson tout à fait inacceptables, inappropriés et [offensants]. Le harcèlement sexuel, l'inconduite sexuelle, n'est pas acceptable dans n'importe quelle institution », a commenté M. Harper lors de la période des questions de mercredi à la Chambre des communes.

Le chef du gouvernement a rappelé que le général Lawson a présenté des excuses pour ses commentaires et a refusé de se rendre à la demande du chef libéral Justin Trudeau, qui exigeait la démission du général. « Il a déjà annoncé sa retraite, son successeur est déjà nommé », a-t-il rappelé.

Le chef de l'opposition officielle, Thomas Mulcair, a pour sa part tenté d'entraîner les conservateurs dans la controverse.

« Si c'était aussi simple que de changer un général ou d'exiger sa démission, ce serait une chose, mais en fait, on est tous d'accord que ce que le général a dit était totalement inapproprié, complètement inacceptable », a affirmé le chef néo-démocrate, ajoutant : « Il s'est excusé. Il démissionne d'ici une couple de semaines, quoi qu'il en soit. »

« Mais le vrai problème, c'est qu'à la base, le gouvernement conservateur ne croit pas à l'importance de forcer un changement de culture au niveau du harcèlement sexuel au sein de nos forces militaires. »

— Une citation de  Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair

En plus de s'indigner des propos du chef d'état-major des Forces armées canadiennes, le chef libéral Justin Trudeau a critiqué les excuses qu'il a offertes.

« Le commentaire du général Lawson est complètement inacceptable. En plus, ses excuses étaient tout à fait inadéquates. On est en 2015. Le général Lawson devrait être remercié immédiatement de ses services », a-t-il plaidé.

Entrevue avec Michel Drapeau et Pascale Navarro

« Je suis désolé... »

Dans une entrevue accordée à CBC, le général Lawson a tenté d'expliquer les raisons pouvant expliquer la culture de déviance sexuelle décrite par l'ex-juge Marie Deschamps dans un rapport accablant présenté publiquement il y a quelques semaines.

« C'est parce que nous sommes programmés biologiquement d'une certaine manière que certains jugent raisonnable de s'imposer et d'imposer leurs désirs aux autres », a-t-il dit. « Ça ne devrait pas être ainsi. »

Pour réécouter l'entrevue intégrale accordée par le général Lawson à CBC, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Le général Lawson, qui prendra sa retraite d'ici quelques semaines, a rapidement présenté des excuses face au tollé que ses commentaires ont suscité.

« Je suis désolé d'avoir caractérisé maladroitement [...] l'inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Mon commentaire sur l'attirance biologique en tant que facteur d'inconduite sexuelle ne visait en aucun cas à dispenser de responsabilité les personnes ayant commis une inconduite. »

L'aggression sexuelle, une question de domination

Au Centre d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles de l'Outaouais, les propos du général Lawson sont dénoncés comme un mauvais message à envoyer à la population en général et aux victimes en particulier.

« Quand on dit que c'est dû à des causes biologiques, ça nous renvoie un peu à des pulsions sexuelles qui sont incontrôlables. C'est un mythe. »

— Une citation de  Isabelle Dubé, intervenante

« Nous, on considère que l'agression sexuelle, ce n'est pas une question de désir sexuel, c'est une question de domination et d'abus de pouvoir. Clairement, des propos comme ceux-ci défont ce qu'on veut envoyer comme message », déplore-t-elle.

Des changements à effectuer

Le colonel Michel Drapeau, qui a traité des questions d'agressions sexuelles dans l'armée en tant qu'avocat, croit que la déclaration du général Lawson est partagée par plusieurs membres de la hiérarchie militaire.

Selon lui, ces commandants doivent prendre leur responsabilité et instaurer une discipline dans les Forces armées canadiennes.

Ce redressement ne serait toutefois pas suffisant. « Je le dis et je le répète, les forces armées ne sont pas habilitées à traiter des dossiers d'inconduite sexuelle », a insisté le colonel à la retraite.

Le premier ministre du Canada et le ministre de la Défense pourraient aussi contribuer à un changement de situation en déposant un projet de loi. « Ce serait un pas dans la bonne direction pour donner confiance à ceux qui sont des victimes potentielles ou d'anciennes victimes, et pour donner le message fort aux Canadiens que les jeunes qui travailleront dans les forces le feront dans le respect, dans la dignité », soutient M. Drapeau.

La journaliste et auteure Pascale Navarro est persuadée que des changements culturels auront bientôt lieu, puisque les victimes, notamment, sortent du silence. Le colonel Drapeau, quant à lui, ne sera optimiste que lorsque le premier ministre ou le ministre de la Défense agira.

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