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Victoire citoyenne : la fin de la saga Riviera, à Gatineau

Monique Thibeault s'est mobilisée contre le projet Village Riviera. On la voit ici en compagnie de la journaliste Laurie Trudel. (09-06-15)

Monique Thibeault s'est mobilisée contre le projet Village Riviera. On la voit ici en compagnie de la journaliste Laurie Trudel. (09-06-15)

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

« C'était un peu David contre Goliath... ». C'est beaucoup plus qu'une simple analogie pour Monique Thibeault. Cette citoyenne du secteur Limbour réalise tranquillement qu'elle vient de remporter sa bataille contre le promoteur, qui avait rasé un boisé et partiellement enterré un ruisseau derrière chez elle pour l'agrandissement de la résidence privée pour aînés Village Riviera.

Un texte de Laurie TrudelTwitterCourriel

La date butoir du 15 juin 2015 pour la fin du reboisement est arrivée. Soupir de soulagement pour Monique, les travaux sont terminés! Maintenant que la page se tourne, elle ne peut que s'émerveiller du résultat de ses efforts, lorsqu'elle parcourt le sentier qui mène au ruisseau de la discorde.

Un simple coup d'œil vers le passé lui suffit pour prendre conscience de tout le chemin parcouru... Un voyage difficile, mais nécessaire, selon elle.

Deux ans et demi de bataille

Il y a 25 ans, Monique a choisi le quartier Limbour pour le boisé magnifique qui longeait la rue de Roquebrune, derrière la maison familiale. Quand le développeur immobilier a commencé à défricher le terrain et à couper une centaine d'arbres matures, elle a été piquée droit au coeur.

« Au tout début, le promoteur avait espérance, je crois, qu'on nous aurait à l'usure, que nous laisserions tomber le dossier. Je pense qu'il ne savait pas à qui il parlait », lance-t-elle dans un éclat de rire. « Nous étions déterminés à aller jusqu'au bout. On s'est dit que ça ne se pouvait pas que rien ne soit fait. »

S'en est suivi cette mobilisation citoyenne de longue haleine avec ses voisins. Au départ, ils étaient nombreux, puis le groupe s'est réduit, au fur et à mesure que le temps passait et que les délais s'allongeaient.

Monique, elle, s'est plongée tête première dans cette bataille, au nom des valeurs environnementales et du respect de la réglementation municipale. Elle s'est battue bec et ongle pour que le promoteur reboise le terrain.

Deux ans et demi de travail acharné, de ténacité, de faits, de documentation, de plan. (...) Heureusement que je suis à la retraite, parce que ça a demandé énormément de travail.

Une citation de :Monique Thibeault, citoyenne de Limbour

Les pressions constantes et la ténacité du groupe de citoyens auront finalement raison du projet d'agrandissement Village Riviera. Du moins, il ne sera pas construit au-dessus du ruisseau, désormais protégé, qui tient tant à coeur à Monique. Un ruisseau dont il a fallu prouver l'existence, même si pendant les 10 dernières années, il a fait partie de sa promenade quotidienne.

Un travail colossal

Cette photo est devenue le symbole de la bataille de Monique Thibeault pour sauver le ruisseau derrière chez elle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cette photo est devenue le symbole de la bataille de Monique Thibeault pour sauver le ruisseau derrière chez elle. (13-06-15)

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Cette photo que Monique pointe, elle l'a observée maintes et maintes fois dans les deux dernières années. Elle est devenue le symbole de sa bataille citoyenne, sa source de motivation pour ne pas tout abandonner.

L'image est collée sur le dessus d'un porte-documents - qu'elle surnomme sa « bible » - très épais, rempli de règlements municipaux, de sommaires de réunions, de demandes d'accès à l'information, etc.

Quand les embûches croisaient son chemin, et il y en a eu beaucoup, c'est cette photo qui l'a empêchée de baisser les bras.

« En janvier 2013, avant que tous les arbres soient enlevés et les souches complètement arrachées... C'était l'horreur à l'époque et on était bien découragés », se rappelle-t-elle.

Je n'ai jamais, jamais douté. C'était sûr et certain. On avait les faits, on avait tout pour réussir.

Une citation de :Monique Thibeault, citoyenne de Limbour

« C'est un sentiment de soulagement, de satisfaction, parce qu'on était très inquiets. Nous sommes très heureux que ç'a été fait. Quand on a les bons points, quand on a les bons faits, tout est possible », affirme-t-elle.

Malgré les dizaines d'heures par semaines investies, le millier de pages de documentation passées au peigne fin, les rencontres infructueuses, les centaines de courriels de mobilisation envoyés, Monique oublie parfois l'ampleur de sa victoire.

« Je ne peux pas le croire qu'il y aurait ce bâtiment-là. Et que ce bâtiment-là, non seulement il ne sera pas bâti, mais il va être bâti de l'autre côté, finalement », souligne-t-elle.

Quatre conseils pour une mobilisation citoyenne réussie :

  1. Mobiliser un maximum de personnes, dont une équipe centrale, avec un but commun
  2. Faire un plan de mise en oeuvre et obtenir la documentation nécessaire pour les faits
  3. Avoir une bonne stratégie de communication et de résolution de problèmes
  4. Ne jamais lâcher

Lutte citoyenne 101

La clé du succès dans cette bataille citoyenne de longue haleine, selon Monique, c'est de ne jamais perdre de vue l'objectif et d'être bien entourés.

« Il fallait être prêts. Il fallait avoir des arguments qui étaient absolument très clairs, nets et précis et qui n'étaient pas discutables. C'était des faits basés sur de la documentation [...]. Il fallait vraiment rester focalisés sur le reboisement », note-t-elle.

Si notre histoire peut aider d'autres personnes, peut les inspirer à aller de l'avant avec des anomalies comme ça... Allez-y, ça vaut la peine! Si c'était à refaire, je serais la première en ligne.

Une citation de :Monique Thibeault, citoyenne de Limbour

Le processus lui aura également permis d'en connaître beaucoup sur les règlements municipaux, les processus d'approbation de permis et les procédures de dénonciation citoyenne. « J'ai appris énormément là-dedans et c'est ce que j'ai aimé », affirme Monique sans hésiter.

« Après deux ans et demi, il y a de l'espoir »

Monique Thibeault parcourt le sentier qui mène au ruisseau le coeur plus léger.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Monique Thibeault parcourt le sentier qui mène au ruisseau le coeur plus léger. (09-06-15)

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Maintenant que la bataille est terminée, Monique s'émerveille du résultat. Elle parcourt le sentier, qui mène au fameux ruisseau, le coeur beaucoup plus léger.

Le sourire aux lèvres, elle observe maintenant chaque petit arbre qui a été planté. « Regardez ici... là. C'est à peu près haut comme ça. Il y a des érables [...] un petit pin », montre-t-elle.

Elle garde tout de même l'oeil ouvert pour les dernières étapes d'approbation du reboisement.

« Je dirais que 95 % du projet est complété. Maintenant, il s'agit de s'assurer d'avoir une copie du rapport qui certifie le reboisement, veiller à ce que l'entretien des trois prochaines années se fasse tel que convenu et que tout repousse bien. C'est très important », insiste-t-elle.

Pour clore cette aventure en beauté, Monique laissera en héritage un symbole de sa victoire dans les prochains jours : elle plantera un arbre. « Je veux pouvoir dire : "Ça, c'est mon arbre. C'est moi qui l'ai planté et il fait partie du boisé qui va remonter." »

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