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Un peu de répit pour les abeilles sur les toits urbains

Les abeilles sont menacées par l'utilisation abondante de produits chimiques.

Photo : iStock

Radio-Canada

Alors que l'Ontario vient d'annoncer qu'elle limitera l'usage des pesticides de la famille des néonicotinoïdes pour contrer le déclin des abeilles, les pressions se multiplient pour que le Québec adopte une réglementation similaire. Mais en attendant, les abeilles ont trouvé un certain refuge : la ville.

Un texte de Michel MarsolaisTwitterCourriel

Rien qu'à Montréal, il y a maintenant plus de 400 ruches urbaines qui donnent près de 6 tonnes de miel annuellement. On en trouve notamment sur le toit de l'Accueil Bonneau.

« L'apiculture urbaine a débuté en remarquant que les terres agricoles étaient arrosées de pesticides – surtout les néonicotinoïdes - qui sont très difficiles sur le système nerveux de l'abeille. On s'est aperçu qu'en ville, c'était interdit l'utilisation de ces pesticides-là, et l'engouement a vraiment explosé. Les abeilles pourraient être en meilleure santé en ville qu'à la campagne », explique Alexandre McLean, le cofondateur de l'entreprise Alvéole et qui supervise 200 ruches urbaines.

Contrairement à la campagne, où l'on pratique souvent la monoculture avec des semences enrobées dès le départ de ces néonicotinoïdes, la ville offre aux abeilles une variété incroyable de fleurs et un environnement relativement sans pesticides.

Les néonicotinoïdes sont cependant encore utilisés à Montréal, notamment sur les terrains de golf et pour combattre les vers blancs sur les pelouses. La conseillère municipale de Pierrefonds-Roxboro, Justine McIntyre, vient de faire adopter une résolution pour les bannir. « On pose un geste en disant que c'est nocif pour les abeilles et on n'en veut pas à Montréal », dit-elle.

Mais les apiculteurs d'ici et d'ailleurs continuent de perdre environ le tiers de leurs abeilles chaque année en raison de l'usage généralisé des néonicotinoïdes, les pesticides les plus vendus au monde.

L'an dernier aux États-Unis, les apiculteurs américains estiment avoir perdu 40 % de leurs abeilles.

Un pesticide inutile?

Pour les grandes cultures comme le maïs ou le soya, il est parfois difficile pour les producteurs de se procurer des semences qui ne sont pas déjà enrobées de ces pesticides, qu'on applique à titre préventif.

Un usage difficile à justifier, selon Jean-Marc Bonmatin, du Centre national de recherche scientifique.

Le spécialiste français précise que non seulement les néonicotinoïdes n'augmentent pas le rendement agricole, mais ils développent en plus une résistance chez les insectes nuisibles.

« Il a été démontré que toutes ces espèces pathogènes et parasites augmentent lorsqu'on expose les colonies d'abeilles aux pesticides et notamment aux néonicotinoïdes », explique Jean-Marc Bonmatin, qui est aussi membre d'un groupe international de chercheurs sur ce problème.

Les abeilles ne sont pas les seules touchées puisque des molécules de ces pesticides se retrouvent aussi dans notre assiette, dans l'eau et dans l'air. Les effets sur l'humain sont encore mal connus.

« Derrière tout ça, il y a des impacts certainement beaucoup plus importants qu'on est en train de découvrir chaque jour et qui nous amène à penser qu'il y a des décisions urgentes qui sont à prendre sur les néonicotinoïdes », estime M. Bonmatin.

L'Europe limite l'usage des pesticides de la famille des néonicotinoïdes, mais seule l'Italie les a totalement interdits. Les rendements agricoles italiens n'ont pas semblé affectés.

« Le gouvernement du Québec se penche sur la question, mais souvent, l'usage du pesticide n'est pas nécessaire. Les producteurs devraient s'en remettre aux agronomes et faire davantage appel à la lutte intégrée pour contrôler les ravageurs », pense aussi Madeleine Chagnon, du Département des sciences biologiques de l'Université du Québec à Montréal.

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