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CSeries : Bombardier joue gros au salon du Bourget

CS300 de Bombardier Photo: La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Radio-Canada

Grande première pour Bombardier la semaine prochaine au salon aéronautique du Bourget, qui se tient tous les deux ans près de Paris. Avec deux ans de retard, la compagnie montréalaise présentera deux appareils de sa CSeries.

Un texte de Jean-Michel LeprinceTwitterCourriel

Projet risqué, la CSeries a coûté depuis 10 ans plus de 5 milliards de dollars en frais de développement à Bombardier.

Bombardier arrive au salon de l'aéronautique de Paris à un moment crucial pour les débuts de sa gamme d'avions CSeries. Nous sommes fiers de présenter le premier avion monocouloir de conception entièrement nouvelle que l'industrie ait vu depuis plus de 25 ans.

Fred Cromer, président de Bombardier avions commerciaux

Fred Cromer est le nouveau patron de la CSeries, entre autres. Jusqu'à maintenant, il a effectué son parcours professionnel du côté des compagnies aériennes, celles qui achètent des avions. Maintenant, il devra les vendre. Un défi de taille, car la CSeries ne compte que 600 commandes, dont 240 fermes seulement, ce qui est peu pour un projet à ce stade de développement.

Les deux appareils envoyés au Bourget sont un CS100, le petit modèle, qui restera au sol et qui présentera son cockpit entièrement nouveau et à la fine pointe de la technologie, et sa cabine où les espaces ont été entièrement repensés. Le CS300, plus gros, fera pour sa part des démonstrations en vol.

Les appareils de la CSeries peuvent transporter de 100 à 140 passagers, un créneau vide dans l'industrie actuelle, pour lequel Bombardier estime les besoins à 7000 appareils.

Si Bombardier est optimiste par rapport à ce format, des experts le sont moins. « C'est le fameux trou noir où personne n'a réussi. Les 100 places d'Airbus et de Boeing ont été abandonnés depuis longtemps. De toute façon, chacun avait été vendu à moins de 100 exemplaires sur une quinzaine d'années. J'ai toujours considéré que la CSeries était le plus grand "gamble". La CSeries, c'est comme le lancement du CRJ [le jet régional à 50 sièges], mais avec des implications financières bien plus grandes. Ça passe ou ça casse », dit Philippe Cauchi, analyste et fondateur du site Info Aéro Québec.

Pour voir la frise chronologique sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Des concurrents féroces

Bombardier, c'est le petit qui joue dans la cour des grands. Airbus et Boeing l'ont pris au sérieux puisque pour contrer la CSeries, ils se sont dépêchés de modifier deux modèles déjà anciens – conçus dans les années 80 - de bien plus grande capacité, pour en faire des appareils d'environ 200 places.

Airbus a son A320 Neo, appareil vedette remotorisé (le même moteur Pratt et Whitney PW1000G que celui des appareils de la CSeries). Boeing présente son 737 MAX. Boeing et Airbus prétendent égaler les performances annoncées par Bombardier : 20 % d'économies de carburant et une réduction considérable du bruit.

Le professeur en gestion à l'UQAM et expert en aéronautique Mehran Ebrahimi croit en la CSeries.

La CSeries a au moins 5 à 10 ans d'avance sur ses concurrents les plus proches. Ça nous assure un niveau technologique concurrentiel pour le futur.

Mehran Ebrahimi, professeur en gestion à l'UQAM

« [Mais] aujourd'hui, chez Bombardier, il y a cette espèce de panique - je dirais à la rigueur une fausse panique - dans la mesure où Bombardier ne va pas si mal que ça, précise M. Ebrahimi. Le carnet de commandes est rempli. On n'en vend pas autant, mais c'est normal, ça s'explique [...] Boeing et Airbus ont fait un pacte drastique pour tuer la CSeries. On sait que dans certains cas, le A320 est vendu à moitié prix, 50 % de rabais. Pour Airbus, pas de problème, plus de la moitié. C'est du profit pur pour Airbus, il peut se permettre de couper. Nous [Bombardier], on ne peut pas. »

Voilà le grand défi de Bombardier. Un avion probablement techniquement supérieur, mais un fabricant qui n'a pas les reins aussi solides que les deux géants, qui pourraient mettre à mort - financièrement - la CSeries. Le nouveau PDG de Bombardier, Alain Bellemare, a d'ailleurs annoncé aux actionnaires en mai dernier que des actions de Bombardier Transport allaient être émises sur le marché de Francfort pour financer la branche aéronautique.

Changer le marché, rien de moins

« Il y a toujours un risque quand on développe un nouveau programme. Mais c'est un risque calculé. En raison de la technologie et des gains d'efficacité qu'il va permettre aux compagnies aériennes de réaliser, je crois qu'il sera amplement accepté et largement utilisé. Cela sera une réussite », assure Fred Cromer.

« Les compagnies aériennes sont beaucoup plus frileuses. Elles veulent s'assurer d'avoir un produit qui est en ligne avec leurs attentes. On peut parier sur la CSeries, on doit parier sur la CSeries. Cet avion va changer la dynamique dans le marché de la même façon que Bombardier avait changé la dynamique dans le marché des jets régionaux avec le CRJ. C'est véritablement un produit qui va changer la "game" », renchérit Sébastien Mullot, directeur du programme de la CSeries.

Les essais de la CSeries ont été effectués à plus de 70 %, la certification est proche et Bombardier promet des surprises au Bourget : l'annonce de performances encore supérieures à celles qui ont été prévues.

Après le salon, les deux CSeries s'envoleront pour Belfast, où ils seront présentés aux travailleurs qui y produisent les ailes en fibre de carbone. Ensuite, direction Zurich, pour présentation à Swiss International, le premier client de la CSeries, à qui le tout premier exemplaire doit être livré à la mi-2016.

Depuis 2011, des pilotes de Swiss - filiale de la puissante Lufthansa - participent à Mirabel à la configuration des appareils de la CSeries. La Suisse sera-t-elle le terrain d'essai de la compagnie allemande? Bombardier l'espère bien.

Économie