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L'Europe s'inquiète du sort de Raif Badawi

Les Verts autrichiens ont pris la défense de Raif Badawi lors d'une manifestation organisée en février dernier à Vienne.
Les Verts autrichiens ont pris la défense de Raif Badawi lors d'une manifestation organisée en février dernier à Vienne. Photo: La Presse canadienne / AP/Hans Punz
Radio-Canada

L'Union européenne demande à l'Arabie saoudite de ne pas fouetter le blogueur Raif Badawi, dont la condamnation pour « insulte à l'islam » a été confirmée dimanche par la Cour suprême du pays.

« Nous réitérons notre appel aux autorités saoudiennes pour que M. Badawi ne fasse l'objet d'aucun châtiment corporel supplémentaire », a déclaré une porte-parole du service diplomatique de l'UE.

Ce type de châtiment, dit-elle dans un communiqué, est « inacceptable » et « contraire à la dignité humaine ».

« Nous allons poursuivre tous nos efforts pour engager un dialogue avec l'Arabie saoudite sur la nécessité de reconnaître et de respecter la liberté d'expression pour tous, y compris pour ceux qui expriment des opinions différentes », ajoute-t-elle.

La confirmation de la peine du blogueur par la Cour suprême, dimanche, a jeté une douche froide sur tous ceux qui défendent le droit à la liberté d'expression de l'animateur du site Internet Liberal Saudi Network.

950 coups de fouet à recevoir

Emprisonné depuis 2012, Raif Badawi a reçu en novembre 2014 une peine de 10 ans de prison assortie d'une amende et de 1000 coups de fouet (50 coups de fouet pendant 20 semaines). Il lui sera ensuite interdit de sortir du pays pendant 10 ans, en plus de devoir payer une amende.

Cette décision de la Cour suprême est irrévocable. Seul un pardon royal peut désormais sauver M. Badawi.

M. Badawi a subi une première séance de flagellation le 9 janvier, mais toutes les séances suivantes ont été reportées, d'abord pour des raisons de santé, puis pour des motifs non précisés.

Dimanche, la femme de M. Badawi, Ensaf Haidar, n'a pas caché qu'elle était ébranlée par la décision de la Cour suprême. Elle a dit craindre que les séances de flagellation reprennent rapidement, possiblement dès vendredi.

« Je garde espoir, mais seulement un peu. Ce n'est pas comme avant. Aujourd'hui, c'est une journée difficile. Mais j'espère que tous les gouvernements et tous les gens vont travailler sur Raif », a commenté Mme Haidar depuis Sherbrooke, où elle habite.

La femme de Raif Badawi, Ensaf Haidar, lors d'une conférence de presse à Ottawa en janvier 2015.La femme de Raif Badawi, Ensaf Haidar, lors d'une conférence de presse à Ottawa en janvier 2015. Photo : Chris Wattie / Reuters

Ottawa invité à en faire davantage

Amnistie internationale affirme qu'elle continuera à soutenir M. Badawi et sa famille, mais demande à Ottawa de s'impliquer plus activement dans le dossier.

« Il y a plusieurs pays qui ont agi plus fermement. On sait que l'Allemagne a rompu ses contrats avec l'Arabie saoudite, alors que le Canada vient de signer un contrat de 15 milliards de dollars d'armes avec le pays », note la porte-parole de l'organisme de défense des droits de l'homme en Estrie, Mireille Elchacar.

La ministre des Relations internationales du Québec, Christine St-Pierre, soutient elle aussi qu'Ottawa doit en faire plus. « Nous allons évidemment maintenir les pressions. J'ai demandé aussi d'avoir une conversation téléphonique avec le ministre Nicholson, qui est mon vis-à-vis à Ottawa. [...] Nous demandons à l'Arabie saoudite que cet homme puisse venir rejoindre sa femme et ses trois enfants. »

Le ministère des Affaires étrangères du Canada, Rob Nicholson, affirme avoir fait des démarches auprès des autorités saoudiennes relativement à la situation du blogueur, « bien que M. Badawi ne soit pas citoyen canadien ».

Le Canada a présenté son point de vue à l'ambassadeur d'Arabie saoudite en poste à Ottawa. De plus, l'ambassadeur du Canada à Riyad a rencontré le commissaire aux droits de l'homme d'Arabie saoudite et le ministère saoudien des Affaires étrangères.

Le ministère des Affaires étrangères du Canada, Rob Nicholson,

En Chambre, lundi après-midi, il a ajouté: « Les autorités canadiennes vont continuer d'interpeller les autorités saoudiennes parce que nous estimons que la sentence de monsieur Badawi est une violation de la dignité humaine. Nous demandons la clémence (pour Raif Badawi) et nous continuerons tant que nous ne l'aurons pas obtenue », a déclaré le ministre Nicholson.

« On a parlé à l'ambassadeur saoudien à Ottawa, mais ça ne suffit pas, ça. Il faut vraiment monter un peu plus haut », a commenté la députée néo-démocrate Hélène Laverdière.

Il faudrait que le ministre Nicholson parle à son homologue, ou même que le premier ministre parle au roi d'Arabie saoudite.

La députée néo-démocrate Hélène Laverdière

Malgré les pressions internationales en faveur de Raif Badawi, l'Arabie saoudite a toujours rejeté toute « ingérence » et toute critique contre son système judiciaire.

Des recours encore possibles?

Me Pascal Paradis, directeur général d'Avocats sans frontières section Québec, garde espoir même si il estime que la « voie judiciaire semble plus compromise que jamais ».

Il déplore l'opacité de la procédure judiciaire. « La Cour suprême d'Arabie saoudite dit qu'elle a reconsidéré le dossier : mais comment elle l'a reconsidéré - dans quelle mesure, on ne le sait pas - elle n'a jamais donné d'information, elle n'a rien laissé filtrer à la représentante légale de Raif Badawi en Arabie saoudite. Me Paradis rappelle par ailleurs que la défense n'a pas été entendue dans le cadre de la révision.

Il garde toutefois espoir d'une nouvelle intervention royale.

En décembre, le roi Abdallah, aujourd'hui décédé, avait demandé à la Cour suprême de se pencher sur l'affaire.

« Il n'est pas impossible que, de nouveau, des voies extraordinaires soient empruntées, notamment à la suite du travail juridique qu'on fait, ou en appui aux représentants locaux, également avec ces pressions internationales, politiques et diplomatiques », croit l'avocat.

Avec les informations de La Presse canadienne, et Agence France-Presse

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