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Apprivoiser les sciences pour déjouer le décrochage à Montréal-Nord

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

À Montréal-Nord, l'aide aux devoirs prend une tournure inédite. Des enfants du primaire se rendent tous les samedis matin dans un cégep pour faire des mathématiques, du français, mais aussi... des expériences scientifiques. Dans ce milieu défavorisé, cette approche entraîne de petits miracles.

À Montréal-Nord, l'aide aux devoirs prend une tournure inédite. Des enfants du primaire se rendent tous les samedis matin dans un cégep pour faire des mathématiques, du français, mais aussi... des expériences scientifiques. Dans ce milieu défavorisé, cette approche entraîne de petits miracles.

Le samedi à 8 h 30, un autobus scolaire attend devant l'École Adélard-Desrosiers, à Montréal. Ce n'est pas jour de classe, mais une soixantaine d'enfants, de la première à la sixième année, montent à bord en parlant fort et en riant. Ils ont rendez-vous avec des tuteurs bien particuliers.

L'autobus les amène jusqu'au Cégep Marie-Victorin, une institution qui leur est familière depuis février. Une trentaine d'étudiants, tous volontaires, les attendent pour passer trois heures avec eux. Ils font partie du projet Pour un Montréal-Nord scientifique.

« On fait une différence dans la vie d'un enfant. »

— Une citation de  Jonathan Orélien, étudiant en histoire et civilisation, qui envisage de devenir enseignant

Dès leur arrivée, les enfants prennent une collation, offerte par le Cégep. Les devoirs, c'est plus facile le ventre plein!

Après deux heures de calculs, d'écriture et d'accords de verbes, une récompense attend les écoliers : ils vont faire une expérience. Dans le laboratoire de biologie, un lieu fréquenté d'ordinaire par des « grands », le décor - squelettes, aquariums, plantes, fossiles - provoque d'emblée l'émerveillement.

« Ici, ils sont plus réceptifs, plus disciplinés. C'est un environnement qui les fait aspirer à plus grand. »

— Une citation de  Alisha Wissanji, enseignante en sciences de la nature au Collège Marie-Victorin

Les enfants découvrent un monde qui leur paraissait inaccessible.

« Avant, la science, je pensais que c'était plate [...] juste apprendre des choses. Je ne savais pas que c'était amusant de faire de la science. »

— Une citation de  Judes, 11 ans

Amener la science dans les classes

Le projet Pour un Montréal-Nord scientifique a un autre volet. Des étudiants se déplacent cette fois dans les classes de quatre écoles primaires pour aider les enseignants, souvent démunis en ce qui concerne les sciences. Ils manquent de matériel et de formation scientifique.

« C'était une inquiétude pour moi de désorganiser la classe en faisant des expériences », explique Zahia Taleb, enseignante en quatrième année.

Depuis la réforme scolaire, la notation en science n'est exigée qu'à partir de la troisième année. Résultat : l'enseignement des sciences n'est pas une priorité et est souvent laissé de côté. C'est d'autant plus vrai dans des classes où les enfants connaissent des difficultés. On concentre alors les efforts sur les mathématiques et le français.

Mélanger du bicarbonate de soude, du rouge de phénol, de l'iode dilué et du vinaigre, observer les réactions chimiques et les expliquer, ça ne s'improvise pas. Les étudiants en sciences de la nature apportent leur expertise et tout le matériel pour réaliser les expériences.

C'est un grand soulagement pour les enseignants, qui conserveront le matériel, les « trucs » d'enseignement et les fiches théoriques. Le but, c'est de les rendre autonomes, pour qu'ils réalisent eux-mêmes les expériences en classe avec leurs élèves. Le soutien du Cégep Marie-Victorin dure deux ans dans chaque école.

D'une pierre deux coups

À travers cet éveil aux sciences, c'est la réussite scolaire qui est visée, autant chez les enfants du primaire que chez leurs mentors du cégep, qui en tirent une grande source de valorisation. Pour eux aussi, cela diminue le risque de décrochage.

Écoutez à ce propos Marie Blain, directrice adjointe des études au Service des programmes, du développement pédagogique et de la recherche, au Cégep Marie-Victorin :

Pour écouter cet extrait sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre)

L'éducation à Montréal-Nord en quelques chiffres :

  • 35 % de la population du quartier n'a aucun diplôme (Ville de Montréal, 2012);
  • 26,6 % de taux de décrochage scolaire en 2011 (Réussite Montréal);
  • Peu d'étudiants choisissent les sciences, comparativement à d'autres quartiers (Fils-Aimé, 2011);
  • 25 % des étudiants en sciences de la nature au Cégep Marie-Victorin viennent du quartier.

La remise de certificats d'excellence

Le 30 mai, lors du dernier samedi d'aide aux devoirs, chaque enfant a reçu un beau certificat encadré sous verre pour récompenser ses « efforts soutenus ». La fierté se lisait sur tous les visages. Dans un quartier où le taux de décrochage est élevé, c'est tout un symbole.

Plusieurs ont déjà manifesté leur envie de faire des études collégiales et même, pourquoi pas, de se diriger vers une carrière scientifique.

Un projet en pleine expansion

L'aide aux devoirs avec éveil aux sciences ne concerne qu'une école primaire pour l'instant, l'École Adélard-Desrosiers.

Mais le volet en classe (aide aux enseignants) passera de quatre à six écoles à la rentrée. Simon Langlois, enseignant de physique et chercheur à Marie-Victorin, tisse actuellement des liens avec d'autres cégeps et universités pour recruter des étudiants.

« Mon objectif à moyen terme est d'atteindre les 40 écoles primaires de Montréal-Nord. »

— Une citation de  Simon Langlois, enseignant et chercheur en sciences de la nature au Cégep Marie-Victorin

Écoutez le reportage de Myriam Fimbry à l'émission Désautels le dimanche, sur ICI Radio-Canada Première.

Quelles leçons tirez-vous de cette initiative du Cégep Marie-Victorin? Laissez-nous des commentaires ci-dessous.

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