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La déclaration sur « l’argent et le vote ethnique », l’expression d’une profonde colère

Jacques Parizeau

Jacques Parizeau

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'ancien chef de cabinet de Jacques Parizeau, Jean Royer, a vécu la soirée référendaire du 30 octobre 1995 de l'intérieur, au sein de la garde rapprochée du leader souverainiste. En entrevue à RDI, il est revenu sur cet épisode central de la vie politique du défunt premier ministre du Québec.

Jacques Parizeau avait prévu une courte victoire du camp du « Oui »,  affirme Jean Royer, qui soutient que le chef souverainiste, constatant l'avance de son option durant les premières heures, entrevoyait son rêve, le sens de son engagement. « Il voyait la souveraineté se réaliser », soutient M. Royer.

C'est également M. Royer qui a prévu - à l'avance - le changement de tendance en fin de soirée. « Je lui ai dit, « il va nous en manquer », se remémore M. Royer. Il ne m'a pas cru. Quand c'est tombé sur les réseaux [de télévision], il a changé physiquement. » Sa vision lui échappait.

« C'était comme sa défaite à lui, confie M. Royer. Il se l'attribuait à lui. » 

Son biographe Pierre Duchesne fait écho aux propos de Jean Royer.

« Jacques Parizeau avait une cuirasse, un peu comme les chevaliers, parce qu'il avait une passion débordante sous la chair (...). La défaite de 95 était « sa » défaite. (...) Il aurait aimé casser cette roue des échecs successifs. Il a travaillé très fort. Il a fait passer un chevalier plus beau que lui, Lucien Bouchard, mais cela n'a pas suffit. Il était prêt à tous les sacrifices pour la « maison », la maison étant selon lui le pays à venir », raconte Duchesne.

Témoignage de Jean Royer

L'expression de la colère

La journée du référendum, Stephan Bureau, alors journaliste, tourne un documentaire sur Jacques Parizeau.

« L'homme avec qui je passe une partie de la journée le 30 est un homme dégagé, confiant, sachant qu'il a fait tout ce qu'il fallait pour aller au bout de son projet. (... ) Il était d'une candeur extraordinaire et je l'ai toujours connu de cette façon, explique l'ancien journaliste. J'ai fait beaucoup d'entrevues avec des politiques et peu étaient aussi candides que lui. Il disait souvent, et pas à la blague:''mon problème c'est de ne pas avoir été cru'' ».

Ce soir de référendum, Jean Royer se souvient de la colère  de M. Parizeau. « Je m'en suis toujours voulu », dit-il au sujet du discours et sa déclaration sur « l'argent et le vote ethnique ». « J'aurais essayé de l'en empêcher », explique humblement M. Royer qui avait quitté les lieux un peu plus tôt.

M. Parizeau a refusé de prendre le discours que lui avait rédigé Jean-François Lisée et il a eu cette déclaration qui le suivra pour le reste de sa vie.

« Ce n'est pas le vrai Jacques Parizeau, on le sait très bien nous qui le connaissions », témoigne son ancienne ministre aux Affaires intergouvernementales, Louise Beaudoin.

Il était submergé par la colère et l'émotion lorsque l'œuvre de sa vie [...] s'effondrait.

Une citation de :Louise Beaudoin

Son ex-conseiller Jean-François Lisée, estime de son côté que c'est le chagrin et l'amertume qui ont parlé ce soir-là.

« J'étais très surpris qu'il parle du vote ethnique. On n'avait jamais pensé qu'on avait besoin d'une part significative du vote allophone pour gagner le référendum, souligne-t-il. Ce n'était pas dans nos calculs, donc ça n'avait pas beaucoup de sens. C'était une façon d'exprimer son amertume et c'est dommage parce que ça donne de lui une image complètement fausse. »

Au lendemain de la défaite, M. Royer a demandé au premier ministre québécois s'il souhaitait revenir sur ses propos. « Non, je vais assumer ce que j'ai dit », lui a répondu M. Parizeau.

Témoignage de Jean-François Lisée

« Un vol de démocratie »

Avec le recul, l'ex-ministre péquiste Rita Dionne-Marsolais fait une autre lecture des propos de Jacques Parizeau. 

« J'ai toujours pensé qu'il avait tenu ces propos plutôt que de reprocher un vol de démocratie, pour ne pas jeter de l'huile sur le feu. (...) S'il avait dit autre chose, il aurait mis en péril la démocratie du Québec parce qu'il ne pouvait pas le démontrer à ce moment-là. Il ne pouvait pas parler d'un vol de démocratie ce soir-là, mais les preuves sont venues plus tard. », affirme Rita Dionne-Marsolais qui a eu différents portefeuilles dans les cabinets Parizeau, Bouchard et Landry.

De toute façon, je l'ai dit et je vais l'assumer.

Une citation de :Jacques Parizeau

M. Parizeau a longtemps refusé de revenir sur cette déclaration. « Il aurait souhaité que le Québec passe l'éponge », se rappelle la journaliste et réalisatrice Francine Pelletier, qui l'a côtoyé pendant deux ans, au début des années 2000 pour la réalisation du documentaire « Monsieur ».

Pierre Elliott Trudeau a mis des centaines de Québécois en prison et, pourtant, c'est un grand homme. Moi, je me suis échappé un soir et je suis un moins que rien.

Une citation de :Jacques Parizeau

Mme Pelletier attribue la déclaration de M. Parizeau à la colère et non à un état d'ébriété comme la rumeur l'a colporté. « Il n'a jamais voulu revenir sur cette déclaration », confirme-t-elle.

Réaction de Francine Pelletier réalisatrice du film « Monsieur »

Avec les informations de La Presse canadienne

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