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La consommation de produits locaux présentée comme un moteur de développement

Marina et Patrick Henderson
Marina et Patrick Henderson, à Dieppe Photo: Radio-Canada/Nicolas Steinbach

De petites entreprises agricoles au Nouveau-Brunswick voient grand et considèrent que la province a un large potentiel en raison d'un engouement pour les produits du terroir.

Un texte de Nicolas Steinbach TwitterCourriel

Marina et Patrick Henderson, de l'entreprise Terroir, Food and Agrimarketing, sont des distributeurs de produits locaux. Ils achètent des aliments dans une trentaine de fermes du sud du Nouveau-Brunswick. Ils emballent ces produits, puis ils les livrent à des écoles ou à des familles. L'engouement pour ce genre de produit prend de l'ampleur.

Au marché de Dieppe, par exemple, le camion de la Récolte de Chez Nous attire beaucoup de clients. Des familles y achètent leurs paniers de produits locaux. À l'intérieur du marché, des légumes, de la volaille, du fromage, du pain, tout vient des agriculteurs et des producteurs de la région.

« Pour encourager les agriculteurs, les gens de chez nous. Puis, avant longtemps, on va avoir un peu plus des légumes de la saison », souligne Darlene Arseneau en achetant son troisième panier.

Produits locauxUn panier de produits locaux acheté au marché de Dieppe Photo : Radio-Canada/Nicolas Steinbach

« Il y a de la viande, comme la semaine dernière j'avais du poulet, du porc congelé. Alors, pourquoi ne pas les prendre ici que de les prendre ailleurs? Chaque fois que je vais à l'épicerie, je fais toujours un effort de choisir des aliments qui sont au moins canadiens, donc de pouvoir le faire comme ça, c'est mieux, c'est plus facile », confie Isabelle Bujold.

La petite entreprise de distribution sans but lucratif de Marina et Patrick Henderson s'est associée à la Récolte de Chez Nous pour distribuer et vendre les paniers de produits locaux. L'engouement se confirme. Les Henderson espéraient gagner 50 clients durant la première année. Ils en sont à 70 clients après seulement 6 mois d'activité.

Je pense qu'il y a un réel engouement pour les produits de qualité. Puis, les gens sont en train de prendre conscience qu'en aidant leurs agriculteurs, ils s'aident eux-mêmes. En achetant des produits locaux, vous soutenez vos producteurs fermiers au niveau économique. Si ça fonctionne bien, lui, il va pouvoir engager du personnel et c'est vraiment l'économie interne.

Marina Henderson

De la nourriture locale dans les cafétérias scolaires

L'engouement se retrouve aussi dans les écoles. Marina et Patrick distribuent depuis deux ans des produits locaux dans les cafétérias du District scolaire francophone Sud.

La petite entreprise a maintenant les yeux tournés vers les 25 écoles anglaises de la région. Un appel d'offres vient d'être lancé prochainement, et les Henderson ont bien l'intention d'y participer. « C'est sûr que si on pouvait dupliquer le système qu'on a mis en place avec les écoles francophones dans les écoles anglophones, ce serait formidable. Ça doublerait la demande pour les producteurs », estime Patrick Henderson.

La consommation locale motrice de développement économique

Pourquoi ne pas étendre le modèle à toutes les écoles de la province et aux organismes publics? Un projet de loi en ce sens a été déposé à l'Assemblée législative le 30 avril par le Parti vert, mais il a été rejeté.

Le président des jeunes agriculteurs de l'Union des fermiers et ancien directeur de campagne du Parti vert, Kevin Arseneau, déplore un manque de vision du gouvernement.

« Que ce soit dans les hôpitaux, dans les foyers de soin pour les personnes âgées, dans les écoles du nord, je pense qu'il y aurait eu une façon, là, de venir en aide et [appuyer] l'agriculture. Ç'a été prouvé partout au Québec, en Ontario, l'agriculture comme moyen de développement économique est très viable. Pour l'agriculture à petite surface, on parlerait d'opportunité pour des centaines de nouvelles fermes », affirme Kevin Arseneau.

Kevin ArseneauKevin Arseneau dans la ferme Terre Partagée à Rogersville Photo : Radio-Canada/Nicolas Steinbach

Mais ça pourrait changer. Ce même gouvernement a demandé l'avis de la population pour trouver de nouvelles sources de revenus lors d'une vaste consultation du public.

L'une des suggestions présentées est « d'investir davantage en agriculture, de promouvoir une alimentation saine et les produits locaux ».

« Les gens demandent ça. La population est en train de faire ce changement de culture. Elle est en train d'embarquer dans le train de l'alimentation. Le gouvernement, il faut qu'il se déniaise, démontre du leadership, il n'a pas le choix », ajoute Kevin Arseneau.

À Fredericton, on démontre une certaine ouverture. Le ministre de l'Agriculture et de l'Aquaculture, Rick Doucet, travaille sur une nouvelle stratégie « sur les boissons et les aliments locaux » qui devrait voir le jour à l'automne. Il promet un changement de culture dans la province.

Nous sommes ouverts aux idées, mais nous devons être sûrs d'avoir la capacité de pouvoir produire, que ce soit pour les écoles, les hôpitaux, ou les épiceries locaux. Je pense que nous devons nous réunir et travailler ensemble sur la stratégie. C'est un changement de culture. Il faut éduquer les gens sur ce qui se trouve dans leur cour arrière.

Rick Doucet, ministre de l'Agriculture et l'Aquaculture du Nouveau-Brunswick

Le virage vert

Les entrepreneurs Marina et Patrick Henderson croient au virage vert, à l'agriculture, comme un moteur économique de la province.

Une étude réalisée au Colorado en 2012 établit un lien direct entre la consommation des produits locaux et la croissance économique. Patrick l'a appliquée au Nouveau-Brunswick et l'a comparée à l'étude de la firme Deloitte sur les retombées possibles du gaz de schiste.

« Sur un projet de cinq ans, en supposant que le Nouveau-Brunswick s'approvisionne pour un quart de ses besoins alimentaires au Nouveau-Brunswick, ce serait plus rentable que le gaz de schiste en terme d'emplois, d'économie pour le gouvernement et d'économie locale. Je pense que ce serait très positif pour la région. C'est un projet facile à mettre en oeuvre et qui n'est pas ambigu, qui ne crée pas de controverse », explique Patrick Henderson.

Les agriculteurs qui font affaire avec la petite entreprise de distribution de Marina et Patrick Henderson prennent déjà de l'expansion. Plusieurs ont déjà commencé à agrandir leurs serres et engager des employés additionnels pour répondre à la demande des écoles et des paniers.

Des fermes qui grandissent

  • La ferme Pouce vert, à Acadieville, va doubler la surface de ses tunnels cet été
  • La ferme Springbrook, à Rexton, qui fournit poulet, porc et boeuf pour les écoles et les paniers, a engagé deux à trois employés à longueur d'année pour répondre à la demande des écoles et paniers.

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