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Square Viger : un projet avant-gardiste... mais inachevé

Le square Viger en 1964, avant la construction de l'autoroute Ville-Marie.

Le square Viger en 1964, avant la construction de l'autoroute Ville-Marie, avec la gare Viger en bas.

Radio-Canada

Le square Viger est stigmatisé par une image de froideur et d'abandon. Pourtant, quand il a été conçu à la fin des années 70, le projet était avant-gardiste : demander à des artistes d'aménager un parc au-dessus d'une autoroute et d'y intégrer de l'art public. Si l'endroit semble si glauque aujourd'hui, c'est en bonne partie parce que le projet original n'a jamais été achevé.

Un texte d'Étienne Leblanc, chroniqueur Grand MontréalTwitterCourriel

Au début des années 70, la toute nouvelle autoroute Ville-Marie fait disparaître l'ancien square Viger et crée une faille entre le Vieux-Montréal et le centre-ville. La rumeur veut que ce soit l'ingénieur Bernard Lamarre, l'ancien dirigeant de Lavalin, qui suggère au ministère des Transports du Québec (MTQ) d'en faire un espace public significatif.

Le MTQ propose ainsi à trois artistes de participer au projet. Les sculpteurs Charles Daudelin, Claude Théberge et Peter Gnass sont invités à aménager trois îlots, entre les rues Saint-Denis à l'ouest et Saint-André à l'est.

Le défi était de taille : le square Viger est en fait une immense plate-forme construite au-dessus d'une voie autoroutière, qui pose des contraintes physiques majeures.

Les aménagements représentent une réponse innovante : intégrer l'art public dans la ville et ses infrastructures, afin de créer des aménagements dédiés à la promenade, à la découverte, au repos et aux événements.

Marie-Dina Salvione, chargée de cours en architecture moderne et patrimoine à l'Université du Québec à Montréal (UQAM)

L'oeuvre de Charles Daudelin : un espace pour les gens

Avec le projet du square Viger, le sculpteur Charles Daudelin souhaite créer une véritable oasis au coeur de la turbulence urbaine. L'îlot A, qu'il a conçu, fait partie des sites emblématiques menacés d'Héritage Montréal, un organisme voué à la protection du patrimoine de la ville.

Le projet de Daudelin regroupe deux oeuvres majeures : la fontaine Mastodo, composée d'une grande cuve moulée qui devait se remplir d'eau et se déverser en cascade dans un couloir, pour ensuite entourer l'autre pièce centrale du parc, l'Agora. La nuit, l'endroit était éclairé. 

Marie-Dina Salvione explique ce que devait être le projet à l'origine. 

Aujourd'hui, l'endroit est à sec. La fontaine en bronze, qui n'aura fonctionné qu'à peine un mois, est cassée. Le mur d'eau devant la fontaine est recouvert de contre-plaqués bleus et bardés d'un graffiti sur lequel on peut lire « Eat more ».

« Mastodo générait une dynamique aquatique remarquable. [...] Les remous devaient créer un son ambiant qui visait à atténuer les bruits de la circulation », écrit Mme Salvione dans un article diffusé sur la page Facebook du collectif Sauvons le square Viger.

Un projet inachevé

Les pièces les plus controversées de l'oeuvre de Daudelin sont certainement les grandes structures de béton, sous forme de paralumes et de pergolas, qui donnent au parc sa réputation de coupe-gorge et d'espace froid et bétonné.

Dans le projet original, ces structures devaient abriter des kiosques permanents, comme une petite buvette ou un marché.

Les paralumes du square Viger.

Les paralumes du square Viger.

Photo : Étienne Leblanc

La professeure en architecture moderne et patrimoine de l'UQAM Marie-Dina Salvione a pu comparer les plans originaux de Daudelin avec le projet tel que réalisé par la Ville de Montréal. Les différences sont majeures, selon elle.

Daudelin avait entre autres créé un espace paysager avec des essences de végétaux très précises, qui a été laissé de côté.

Les pergolas du square Viger

Les pergolas du square Viger

Photo : École de design de l'UQAM

« Le paysagement non réalisé témoignait d'une recherche minutieuse d'essences de végétaux capables de répondre aux contraintes saisonnières et techniques du site », écrit Mme Salvione. « Le choix des arbres, des arbustes, couvre-sol et vivaces laisse imaginer qu'à maturité, l'aménagement aurait offert un paysage coloré, odorant et diversifié selon les zones et les saisons », poursuit Mme Salvione.

Mme Salvione est persuadée que, si le projet avait été mené à terme, le square Viger serait très fréquenté. Daudelin souhaitait que les pergolas accueillent un marché et un café; l'Agora devait servir aux spectacles en plein air. « Derrière le grand mur d'eau, aujourd'hui barricadé, il devait y avoir une régie pour le son et les lumières », dit Mme Salvione.

Autre sculpture brisée

L'autre grande sculpture du square, Forces, de Claude Théberge, est elle aussi inopérante. Sur l'îlot B, la grande fontaine faisait jaillir son eau au centre de sept grands blocs de granit noir et de béton fracturés en deux. Aujourd'hui, la suite de monolithes a l'air triste au milieu de la pelouse qui n'est pas tondue.

La sculpture « Forces », de Claude Théberge, entourée de barricades.

La sculpture «Forces», de Claude Théberge, barricadée.

Photo : Marie-Dina Salvione

Travaux prévus

Chose certaine, le square Viger sera transformé, plus tôt que tard. La Ville de Montréal confirme que des travaux auront lieu, sans préciser le type de projet et l'échéance.

« La revitalisation du square Viger s'inscrit dans le cadre des travaux de recouvrement de l'autoroute Ville-Marie et du réaménagement de ses abords. Le projet fera l'objet d'une annonce ultérieurement et l'échéancier des travaux sera connu à ce moment », dit Philippe Sabourin, relationniste à la Ville de Montréal.

La Ville ne donne aucune précision sur la restauration éventuelle des oeuvres d'art de Daudelin, de Théberge et de Gnass, qui sont en très mauvais état. 

Société