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Le port et la plage de la baie de Beauport, un mariage viable?

baie de Beauport

Photo : Ministère des Transports

Radio-Canada

Alors que le Port de Québec doit dévoiler les détails de la première phase de son projet d'agrandissement de 200 millions de dollars dans le secteur de Beauport, son président-directeur général, Mario Girard, promet d'ores et déjà que la plage de la baie de Beauport aura non seulement un avenir, mais sera bonifiée et améliorée. Une nouvelle plage agrandie et consolidée qui ne s'érodera plus. Vraiment? Nous avons posé la question et retracé l'histoire de cette plage artificielle.

Un texte de Cathy SenayTwitterCourriel

Dans les années 1960, le port de Québec, en pleine croissance, fait construire des quais dans le secteur de Beauport. Du dragage est nécessaire pour ajouter ces postes en eau profonde. Ces dépôts de dragage sont à l'origine de la pointe de Beauport et de la plage actuelle. Au fil des années, les sédiments se sont déplacés en raison notamment des vagues et des marées. La pointe de Beauport s'érode, sans que les autorités sachent quel a été l'élément déclencheur – l'agrandissement du port, les changements climatiques, ou les deux.

Il y a une dizaine d'années, rappelons que le gouvernement fédéral a donné comme legs à la Ville de Québec, dans le cadre de son 400e anniversaire, le réaménagement de la baie de Beauport d'une valeur de près de 20 millions de dollars.

Le projet actuel d'agrandissement a toujours été présent en toile de fond. À preuve, lors du jour de l'inauguration le 14 juin 2008, Ross Gaudreault, le pdg du Port à l'époque, déclarait : « C'est sûr qu'un jour on a besoin d'espace et on s'en vient vous en parler dans un avenir pas très éloigné. Mais ce matin, ce n'est pas ça. Ce matin c'est vraiment le plus beau cadeau qu'on fait à la ville de Québec. »

Un projet d'agrandissement et une nouvelle plage

Depuis de nombreuses années, le Port caresse le projet de prolonger de 610 mètres sa ligne de quai dans le secteur de Beauport afin d'ajouter deux espaces en eau profonde. Il veut se doter d'une zone d'arrière-quai de 375 mètres, soit une superficie assez grande pour gérer le vrac solide et liquide. Là aussi des travaux de dragage seront nécessaires. Les sédiments dragués seront utilisés pour transformer la plage actuelle.

Représentation du projet d'agrandissement envisagé par le Port de Québec.

Représentation du projet d'agrandissement envisagé par le Port de Québec.

À la mi-mai, le Port de Québec tenait sa réunion publique annuelle. Mario Girard s'est fait questionner sur l'avenir de la plage de la baie de Beauport. Il a alors souligné que la plage disparaîssait peu à peu chaque année en raison de l'érosion. Un constat confirmé dans une étude commandée par le Port sur les conditions hydrosédimentologiques. « L'aménagement actuel ne permet pas d'assurer la pérennité à long terme de la plage », peut-on lire dans le document préparé en 2010 par le Groupe-Conseil LaSalle.

En 2008, la Ville de Québec est devenue responsable de la gestion de la baie de Beauport pour les 30 prochaines années. Elle a confié cette responsabilité à Gestev. Un contrat accordé sans appel d'offres a été renouvelé pour la période de 2014 à 2018 à raison de 700 000 $ par année. C'est le Port qui paie Gestev avec les fonds fournis par la Ville. En 2015, Gestev se donne comme défi d'augmenter la fréquentation du site.

La plage disparaît peu à peu à cause de l'érosion.

La plage disparaît peu à peu à cause de l'érosion.

Sans érosion, vraiment ?

Sans donner de détails, Mario Girard a ajouté que la plage sera améliorée dans le cadre du projet d'agrandissement. « Nous avons véritablement réfléchi et c'est pour s'assurer que la population pourra non seulement avoir une plage qui ne s'érode plus, mais une plage drôlement bonifiée et améliorée qui va faire véritablement la fierté de toute la communauté de Québec. »

Or, l'étude sur les conditions hydrosédimentologiques a analysé deux scénarios de plage modifiée. Dans les deux cas, le potentiel d'érosion pourrait diminuer de 30 % à 50 % par rapport aux conditions actuelles. L'érosion serait moindre, mais ne disparaîtrait pas.

Le professeur à la retraite, mais toujours actif, Bernard Long de l'Institut national de recherche scientifique (INRS) est spécialisé en dynamique sédimentaire marine. Il est une sommité en la matière. Il croit que l'affirmation de Mario Girard sur la fin de l'érosion avec la nouvelle plage aménagée est à prendre avec modération. « On n'est pas dans une plage naturelle. C'est un dépôt de dragage. Par définition, un dépôt fait par l'homme n'est pas parfaitement stable. [...] Il vaut peut-être mieux que ça bouge. Ça évite que la pollution se mette dans les interstices dans le sable. Surtout qu'on est quand même proche d'un port. »

Bernard Long, Institut national de la recherche scientifique

Bernard Long, institut national de la recherche scientifique

Le professeur Long affirme que le mariage entre la plage de la baie de Beauport et le développement du port n'est sans doute pas viable. « Vous allez avoir une plage. On va vous la faire cette plage. Ça va durer le temps que ça va durer.[...] On peut recharger une plage, remettre du sable. »

Si jamais le Port de Québec veut se positionner pour devenir un port de porte-conteneurs, il faudra faire de la place. « C'est un gros enjeu. C'est peut-être pas le but de ceci. Les nouveaux porte-conteneurs qui existent, ils font 130 000 conteneurs – ce ne sont pas de petits bateaux – ils ne peuvent pas monter à Montréal. [...] Donc, ou ils s'arrêtent à Québec ou ils vont à New York. »

La navigation de plaisance

Jean Lacoursière a pratiqué la voile pendant des années. Et c'est aussi depuis des années qu'il s'intéresse au projet d'agrandissement du port dans le secteur de Beauport. M. Lacoursière trouve la stratégie particulière.

Utiliser l'argument de sauver cette plage pour justifier un remblaiement dans le fleuve et faire de nouveaux quais, je trouve ça un peu exagéré.

Jean Lacoursière

D'ailleurs, pour Jean Lacoursière, il y a d'autres enjeux liés au projet d'agrandissement : le panorama et la navigation.

« Quand on vient ici, on n'a pas l'impression d'être en ville ni d'être proches d'activités industrielles lourdes comme celles qui a au port de Québec. On est vraiment évadés quand on est ici. Le panorama est sur plus de 180 degrés. [...] On aurait des activités lourdes dans notre champ de vision. [...] La deuxième conséquence, c'est que ça affecterait la navigation de plaisance. Tout ce qui est planche à voile, kitesurf et dériveur. [...] Ça créerait donc une plage avec d'un côté le prolongement portuaire et de l'autre une flèche de sable, une forme de fer à cheval qui rend la navigation de plaisance un peu plus difficile que présentement où la péninsule est complètement ouverte. »

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