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216 millions d'« affamés » de moins dans le monde depuis 25 ans

Une mère nourrit son enfant souffrant de malnutrition dans un camp de réfugié à Doolow.

Une mère nourrit son enfant souffrant de malnutrition dans un camp de réfugié à Doolow.

Photo : AFP/Tony Karumba

Agence France-Presse

Même si la planète compte aujourd'hui 1,9 milliard d'humains de plus qu'en 1990, le nombre de personnes victimes de la faim a diminué de 216 millions de personnes au cours de la même période, révèle un rapport des Nations unies rendu public mercredi.

À l'heure actuelle, 795 millions de personnes sont considérées comme « affamées », selon un rapport publié conjointement par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Fonds international pour le développement agricole et le Programme alimentaire mondial (PAM). Cela équivaut à une personne sur neuf.

Dans les régions en développement, la prévalence de la sous-alimentation atteint maintenant 12,9 % de la population, contre 23,3 % il y a un quart de siècle, conclut le rapport intitulé L'État de l'insécurité alimentaire dans le monde 2015. Il s'agit d'une baisse de 44,5 %.

Une personne est considérée comme sous-alimentée lorsqu'elle est privée de la nourriture indispensable pour mener une vie saine et active.

Au total, 72 des 129 pays en développement ont ainsi atteint l'Objectif du millénaire numéro un, fixé en 2000, qui consistait à réduire la faim de moitié en 15 ans. Neuf autres pays l'ont raté de très peu, a noté le directeur général de la FAO, Jose Graziano de Silva, lors d'une conférence de presse.

Au cours de la seule dernière décennie, le nombre de personnes sous-alimentées a diminué de 167 millions de personnes, avec des progrès particulièrement marqués en Asie (Azerbaïdjan, Chine, Thaïlande, Birmanie, Vietnam) et en Amérique latine (Brésil, Chili, Venezuela et Bolivie en tête).

La situation demeure néanmoins très difficile en Afrique subsaharienne, où 23,2 % de la population est considérée comme sous-alimentée. Les progrès sont notamment « très lents » en Centrafrique, en Côte-d'Ivoire, au Liberia, à Madagascar, en Namibie, en Ouganda, en Tanzanie ou en Zambie.

Il est à noter que le nombre de personnes affamées est certainement plus élevé que ne l'estime l'ONU, puisque des pays comme le Burundi, l'Érythrée, la République démocratique du Congo et la Somalie ont été exclus du rapport en raison d'un manque d'informations fiables.

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Les causes de l'amélioration

« La plupart de ces pays ont bénéficié de conditions politiques stables et d'une bonne croissance économique et ont souvent mis en place en parallèle des politiques de protection sociale en faveur des groupes vulnérables », indique le rapport de 66 pages.

Ces systèmes de protection sociale, insiste le rapport, ont été « décisifs » dans un certain nombre de pays en développement.

« La protection sociale contribue directement à la réduction de la pauvreté, de la faim et de la malnutrition du fait qu'elle permet d'améliorer la sécurité du revenu et l'accès à une meilleure nutrition, à de meilleurs soins de santé et à une meilleure éducation », expliquent les auteurs. 

Si la croissance économique « est une condition nécessaire » au recul de la pauvreté et de la faim, précisent-ils, cela ne suffit pas. « Ce qui compte, c'est la croissance inclusive – une croissance qui favorise un accès équitable aux aliments, aux avoirs et aux ressources, particulièrement pour les pauvres et les femmes, de manière à ce que les individus puissent réaliser tout leur potentiel. »

Le rapport note d'ailleurs que « dans plusieurs cas, les effets positifs de la croissance économique sur la sécurité alimentaire et la nutrition sont liés à une plus grande participation des femmes à la force de travail.

Les femmes dépensent davantage pour l'alimentation et la nutrition, mais aussi pour la santé, l'assainissement et l'éducation, comparativement aux situations où le financement de ces dépenses est contrôlé par les hommes.

Extrait du rapport L'État de l'insécurité alimentaire dans le monde 2015

Les perspectives d'avenir

Pour les agences de l'ONU, il faut maintenant augmenter les capacités des agriculteurs à produire plus et mieux, et à accroître leur productivité et leur accès aux marchés pour maintenir ces gains.

« Il faut mettre en place des systèmes plus distributifs de la croissance », souligne par exemple José Graziano da Silva, « en élargissant les régimes de protection sociale par exemple », déjà en place dans 130 pays, et en intégrant les régions rurales les plus isolées, qui sont toujours les plus frappées par la faim.

M. da Silva rappelle que 80 % des produits alimentaires consommés dans les pays en développement sont produits par les petits agriculteurs, qui sont pourtant les plus touchés par le changement climatique.

« Les vrais progrès en milieu rural nécessiteront des investissements pour créer des revenus, des emplois et surtout pour développer les infrastructures, l'éducation, l'accès à l'eau », insiste Josefina Stubbs, vice-présidente du Fonds international de développement agricole (FIDA).

Il sera « essentiel » que les Objectifs de développement (ODD) qui seront adoptés en septembre à New York « placent les ruraux en tête » des ambitions. Même si éradiquer la pauvreté rurale coûterait « 3000 milliards de dollars », avance Mme Stubbs, qui cite des estimations.

Tous sont d'avis que « l'objectif Faim Zéro est atteignable de notre vivant », mais la FAO et le PAM mettent en garde contre la durée et la persistance des situations qui nuisent à la lutte contre la faim dans le monde.

En 30 ans, les crises, autrefois « catastrophiques, brèves mais très visibles, traînent aujourd'hui en longueur, en particulier les catastrophes naturelles et les conflits, le changement climatique, les crises financières ou les crises sur les prix agissant comme facteurs aggravants ».

« La faim dans les pays qui connaissent ce genre de situation est trois fois plus élevée qu'ailleurs. En 2012, environ 366 millions de personnes vivaient dans ce type de contexte, dont 129 millions étaient sous-alimentées - 19 % des affamés » sur la planète.

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