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Un portrait de la santé de la forêt urbaine à Winnipeg

Un ormes à Winnipeg infecté par la maladie hollandaise de l'orme.
Un ormes à Winnipeg infecté par la maladie hollandaise de l'orme. Photo: Jacques Marcoux/Radio-Canada
Radio-Canada

Dans la foulée de menaces croissantes à la population d'arbres urbains de Winnipeg, les autorités municipales ont procédé à une opération massive en 2009 pour répertorier chaque arbre dans la capitale manitobaine dans l'espoir de mieux gérer son inventaire. 

Selon la responsable de la gestion des arbres à Winnipeg, Martha Barwinsky, l'arrivée probable d'une seconde maladie, soit l'agrile du frêne qui est potentiellement aussi dévastateur que la maladie hollandaise de l'orme, a incité la Ville à prendre un pouls réel de sa forêt urbaine.  

« C'est important de connaître l'inventaire de notre forêt si nous voulons combattre ces maladies. La décision d'aller de l'avant avec ce projet était la menace que présente l'agrile du frêne. Nous avons vu les ravages de millions d'hectares de territoire à l'est du continent et nous savons qu'elle arrivera ici un jour », dit-elle. 

Son équipe a donné à Radio-Canada une copie de cette base de données de presque un demi-million d'arbres situés dans des places publiques comme les parcs, les boulevards et les berges des rivières, permettant de dresser un premier portrait de la forêt urbaine et aussi de la propagation des maladies.

Chaque point sur la carte représente un orme d'Amérique qui a été coupé par les équipes municipales après avoir été infecté par la maladie hollandaise de l'orme en 2014

Winnipeg compte environ 8 millions d'arbres, dont plus de 200 000 ormes. C'est la plus importante population d'ormes matures en Amérique du Nord. Cependant, en 1975, la maladie hollandaise de l'orme a fait son apparition à Winnipeg. C'était un moment de prise de conscience pour les résidents, explique Martha Barwinsky.

« Depuis les derniers 10 ans, en moyenne, nous perdons environ 5000 ormes par année », dit-elle.

Martha Barwinsky, la forestière de la ville de Winnipeg.Martha Barwinsky, la forestière de la ville de Winnipeg. Photo : Jacques Marcoux/Radio-Canada

Les données révèlent que les ormes sont plus susceptibles de développer une maladie dans les vieux quartiers situés au coeur de la ville comme River Heights, Wolesley, West End et North End, des secteurs où la concentration d'ormes est plus élevée. La maladie se propage aussi facilement le long des cours d'eau, comme la rivière La Salle. En 2014, des centaines d'arbres dans le parc Labarrière ont été abattus en raison de la maladie hollandaise de l'orme.

La Ville investit environ 3 millions de dollars annuellement pour combattre la propagation de la maladie, soit un champignon transmis par le scolyte de l'orme, un insecte non indigène venu de l'Europe. Selon Martha Barwinsky, la pratique de la monoculture alors que Winnipeg était à ses balbutiements est la cause principale des défis auxquels son équipe fait face aujourd'hui.

Deuxième vague de monoculture

Pour freiner la perte d'ormes, le gouvernement provincial a déposé un moratoire sur la plantation d'ormes durant les années 70, ce qui a mené à une deuxième vague de monoculture.

« La loi empêchait la plantation d'ormes, donc la meilleure option est devenue le frêne rouge de Pennsylvanie, ce qui explique pourquoi nous avons aujourd'hui une seconde monoculture dans certains quartiers », explique Martha Barwinsky.

Mais en 2002, l'agrile du frêne, un insecte ravageur qui s'attaque au frêne, a fait son apparition en Amérique du Nord. Au Canada, il est présent dans l'est du pays, aussi loin que Sault-Ste-Marie en Ontario. La ville de Winnipeg demeure intouchée pour l'instant.

Cette carte représente un échantillon aléatoire de 2000 frênes, la deuxième espèce d'arbre la plus commune à Winnipeg. Les données révèlent que bien que cette espèce soit présente dans presque tous les quartiers, les concentrations sont plus élevées dans les quartiers plus récents. Il s'agit des futurs terrains de batailles contre l'inévitable arrivée de l'agrile du frêne

Adieu les majestueuses voûtes formées par les ormes

Selon Martha Barwinsky, les futures générations verront un paysage forestier très différent à Winnipeg. En 2009, son équipe a mis en place des lignes directrices en matière de diversité d'arbres pour les promoteurs immobiliers qui développent de nouveaux quartiers. La stratégie vise à limiter à 25 % la proportion d'une seule espèce d'arbre dans un quartier.

Les ormes dans le quartier de River Heights à Winnipeg (Youtube/IciManitoba)

« Malheureusement, nous ne verrons plus les boulevards avec les voûtes formées par les ormes et la monoculture. Bien sûr qu'esthétiquement c'est moins attrayant, mais sur le plan de gestion et de la santé des arbres, c'est très important. C'est pourquoi nous verrons un mélange d'âges, de grandeurs et d'espèces d'arbres dans les quartiers », dit-elle.

Dans les quartiers les plus ravagés par la maladie, comme le secteur nord de River Heights et Minto, les ormes comptent pour environ 70 % de la population d'arbres, une situation peu désirable. Tandis que dans les quartiers plus récents, comme Royalwood et Whiteridge, aucune espèce ne compte pour plus de 25 % de la population.

Le professeur en écologie forestière à l'Université de Winnipeg, Jacques Tardif, estime que la stratégie de gestion forestière de la Ville de Winnipeg est efficace puisqu'elle contrôle la progression des maladies à long terme.

« Contrôler la maladie ça coûte apparemment moins cher que de détruire les arbres et de planter d'autres arbres, donc on a freiné la progression le plus possible, » dit-il.

Il ajoute qu'un financement plus élevé pour la protection des arbres à Winnipeg pourrait venir en aide, « mais est-ce que cela est possible ? Est-ce que les contribuables veulent le faire ? C'est un autre débat ».

Quel est l'arbre le plus commun dans chaque quartier de Winnipeg ?

Où se retrouve le plus vieil arbre à Winnipeg ?

Le plus vieil arbre à Winnipeg se retrouve dans le quartier Point Douglas à l'angle de la rue Syndicate et l'avenue Rover. Ce peuplier à feuilles deltoïdes mesure presque 30 mètres en hauteur et plus de deux mètres de largeur.

La Ville de Winnipeg croit que ce peuplier d'amérique situé dans le quartier Pointe Douglas est l'arbre le plus grand dans la capitale manitobaine.La Ville de Winnipeg croit que ce peuplier d'amérique situé dans le quartier Pointe Douglas est l'arbre le plus grand dans la capitale manitobaine. Photo : Jacques Marcoux/Radio-Canada

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