•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Déclin des fous de Bassan : une île sous surveillance

Des fous de Bassan
Photo: iStockphoto

L'île Bonaventure était, il n'y a pas si longtemps, le paradis estival pour les fous de Bassan. Elle abritait la plus importante des six colonies nord-américaines : pas moins de 59 580 des 116 000 couples de la population totale y ont passé l'été 2009. C'était un sommet historique. Depuis, la situation a bien changé.

Un texte d'Alain LabelleTwitterCourriel

De 2009 à 2012, la population a diminué de 15 %. À l'été 2012, il n'y avait que 51 725 couples nicheurs sur l'île. Pire, la productivité annuelle des fous de Bassan (qui correspond au nombre de jeunes à l'envol divisé par le nombre d'oeufs pondus) est en constante diminution depuis 2005.

De 1979 à 2004, la moyenne était de 74 %, mais en 2009, le succès de reproduction est descendu à 29 %, à 15 % en 2011, et à aussi peu que 4 % en 2012. Elle se situait à 28 % en 2013. Ces pourcentages se situent bien en deçà du seuil de 67 % qui permet le renouvellement de la colonie, affirme le chercheur David Pelletier, du Cégep de Rimouski.

Des fou de Bassan Photo : iStockphoto

Cette situation pourrait persister encore plusieurs années si les causes de ce déclin sont toujours présentes. L'une d'elles pourrait être la marée noire de 2009 dans le golfe du Mexique, qui est l'aire de répartition hivernale des fous.

Le saviez-vous?

  • Le fou de Bassan se reproduit tardivement vers l'âge de cinq ou six ans.
  • L'incubation de l'oeuf dure 44 jours. Elle est suivie d'une période de nourrissage de 91 jours.
  • Il est le plus gros oiseau marin indigène de l'Atlantique Nord.
  • Il peut parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres pour rapporter du poisson à son seul et unique petit de l'été qu'il nourrit par régurgitation.
  • Le fou peut s'absenter du nid pendant plusieurs jours pour s'alimenter.

Le maquereau en question

Mais ce sont surtout les changements climatiques qui sont montrés du doigt. Par exemple, en 2012, les températures de l'eau dans le golfe Saint-Laurent étaient de 2 à 4 °C plus élevées que la moyenne des dernières années. Résultat : le maquereau bleu (Scomber scombrus), qui représente jusqu'à 70 % de la diète des fous pendant la reproduction, a tendance à migrer vers le nord et à nager plus en profondeur pour fuir les températures de l'eau supérieures à 15-16 °C.

Les conséquences sont importantes pour les fous, qui ne peuvent pas plonger à plus de 20 m de profondeur. Ces oiseaux n'ont guère d'autre choix que de se déplacer dans des zones de plus en plus éloignées de l'île Bonaventure pour trouver de la nourriture. Ainsi, ils doivent parcourir en moyenne 500 kilomètres pour capturer des proies servant à l'alimentation des poussins. Ce qui est plus du double de la normale.

Un fou de Bassan Photo : iStockphoto

Les deux parents s'absenteraient plus souvent du nid, en raison de la rareté du maquereau et du temps de plus en plus long consacré à la recherche de nourriture. Cette absence rendrait le poussin très vulnérable aux conditions météorologiques extrêmes et aux assauts des autres adultes, causant le plus souvent la mort des bébés.

Il est donc raisonnable de penser que les périodes pendant lesquelles il est plus difficile pour les adultes de nourrir les poussins pourraient avoir comme répercussion directe une diminution de la croissance des poussins, et indirectement une baisse des nouveaux oiseaux dans la colonie.

À lire aussi : 

Une colonie sous surveillance

Un groupe de travail multidisciplinaire étudiera le maquereau bleu et le fou de Bassan cet été.

  • Des étudiants en sciences de la nature du Cégep de Rimouski, travaillant avec David Pelletier, ainsi que des étudiants de l'UQAR en biologie analyseront des suivis GPS (voyages de pêche des fous de Bassan), détermineront les zones de pêche et comptabiliseront les proies rapportées aux poussins.
  • Des étudiants en biologie de l'Université du Québec à Rimouski, travaillant avec Magella Guillemette, procéderont à des analyses spatiales des zones de pêche, analyseront la croissance des poussins et le succès de reproduction ;
  • Le biologiste François Grégoire, de Pêches et Océans Canada , déterminera les espèces présentes (et leur abondance) dans les zones de pêche établies par l'équipe du Cégep de Rimouski.

Science