•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les Canadiens boudent les usines de transformation

Un travailleur d'une usine de transformation.

Un travailleur d'une usine de transformation.

Photo : The Associated Press/Robert F. Bukaty

Radio-Canada

Les usines de transformation des produits de la mer de l'Atlantique ont du mal à combler leur besoin en main-d'oeuvre en raison des changements apportés au programme des travailleurs étrangers temporaires par Ottawa.

Un texte de Marilyn Marceau TwitterCourriel

En juin dernier, le gouvernement Harper a annoncé qu'il allait restreindre l'accès aux travailleurs étrangers temporaires. Ces travailleurs représentent habituellement jusqu'à 50 % de la main-d'oeuvre dans les usines de la région, mais cette année, Ottawa a fixé la limite à 30 %

Plusieurs usines de transformation de poissons et de crustacés n'ont pas encore réussi à trouver des remplaçants aux travailleurs étrangers temporaires.

« Nous avons essayé de recruter un peu plus fort, par contre, les problèmes existent toujours. Dans les 10 plus grandes usines, celles qui transforment 50 % du homard, il manque encore entre 50 et 75 employés par usine », affirme la porte-parole de la Coalition pour les produits de la mer des Maritimes, Marilyn Clark. Elle affirme que les entreprises ont vu leur productivité diminuer de 10 % à 16 %.

Le ministre responsable de la Réforme démocratique, Pierre Poilievre, déposera mardi un projet de réforme d'Élections Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le ministre responsable de la Réforme démocratique, Pierre Poilievre, déposera mardi un projet de réforme d'Élections Canada.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Selon le ministre de l'Emploi et du Développement social du Canada, Pierre Poilievre, la solution au manque de main-d'oeuvre est simple.

« Au Nouveau-Brunswick, il y a plus de chômeurs ayant de l'expérience dans les usines de transformation. Alors, nous insistons pour que les employeurs engagent ces Canadiens », lance-t-il. Par courriel, le ministère ajoute que, selon ses données, moins de 10 % des usines de transformation du poisson et des fruits de mer au Canada atlantique emploient des travailleurs étrangers temporaires.

Tableau sur les usines de transformation

« Le gouvernement croit que, dans les endroits où il y a un nombre considérable de Canadiens sans emploi, les employeurs doivent déployer davantage d'efforts pour attirer les travailleurs », peut-on lire dans le courriel.

Nous insistons pour que les employeurs engagent ces Canadiens et non pas les remplacer avec des travailleurs étrangers temporaires.

Pierre Poilievre, ministre de l'Emploi et du Développement social du Canada.

Silence dans l'industrie

Difficile de connaître l'impact exact des changements apportés au programme de travailleurs étrangers sur l'industrie de la transformation. Plusieurs propriétaires et gérants d'usines refusent de commenter le dossier sur la place publique, notamment parce qu'ils craignent des représailles du gouvernement fédéral et pour ne pas nuire à leur image face. 

L'échec de l'embauche locale

Les entrepreneurs disent qu'ils tentent d'embaucher la main-d'œuvre locale, notamment en publiant des offres d'emploi. On nous a aussi confirmé que plusieurs employeurs ont augmenté de 1 à 2 $, le salaire offert, pour l'établir à 13 et 14 $ l'heure. Certains ont même commencé à amener gratuitement les employés de chez eux à l'usine, mais toutes ces tactiques ne semblent pas compenser pour la restriction imposée sur l'embauche de travailleurs étrangers temporaires.

Les conditions de travail sont très exigeantes dans ces usines.

Gilles Thériault.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gilles Thériault.

Photo : Radio-Canada/Michel Nogue

« C'est très intense, les saisons sont courtes, alors il faut travailler de longues heures et le travail est assez difficile physiquement », explique l'analyste néo-brunswickois du secteur des pêches, Gilles Thériault. M. Thériault, qui est actuellement gérant de l'usine McGraw Seafood, à Tracadie-Sheila.

Ce dernier raconte que lorsqu'il arrive à recruter de jeunes travailleurs locaux, il a du mal à les garder, car ils préfèrent trouver un autre emploi.

Devant cette difficulté à trouver des travailleurs locaux, la Coalition pour les produits de la mer des Maritimes dresse le constat que les Canadiens ne sont pas intéressés par ce genre d'emplois.

Nous avons besoin qu'Ottawa reconnaisse que les Canadiens ne veulent pas nécessairement travailler dans des usines de production de poissons et de fruits de mer.

Marilyn Clark, porte-parole de la Coalition pour les produits de la mer des Maritimes.

C'est un peu plus comparable à l'agriculture et nous aimerions nous aussi avoir un programme pour des employés temporaires saisonniers pour répondre aux débarquements de nos produits marins », affirme la porte-parole Marilyn Clark.

Transformation dans l'industrie

D'ici quelques années, la proportion de travailleurs étrangers temporaires devra passer à 10 % dans les usines de transformation. Plusieurs gens du milieu de la transformation de poissons et de fruits de mer constatent que face à ce manque de main-d'œuvre qui ne fera vraisemblablement que s'accroître, l'industrie devra redoubler d'efforts pour mécaniser ses installations, question de moins avoir besoin de travailleurs.

C'est une crise dans le sens où les gens risquent de ne pas pouvoir débarquer le poisson qu'ils sont en mesure de capturer et nos usines risquent de produire à une capacité moindre et ça nuit à l'économie dans une région où vraiment, les alternatives ne sont pas si abondantes que ça.

 Gilles Thériault, analyste dans le secteur des pêches du cabinet GTA Consultants.

Le virage de la mécanisation est déjà envisagé, voire commencé par certaines entreprises, mais il se pourrait qu'elles accélèrent le pas. Comme le souligne l'analyste Gilles Thériault, l'entreprise aura besoin d'argent et de temps pour effectuer cette transition. C'est pourquoi plusieurs aimeraient qu'Ottawa leur permette d'embaucher plus de travailleurs étrangers, le temps de s'adapter à la nouvelle réalité.

Autre changement qu'on pourrait observer dans l'industrie, cette fois-ci à court terme : vous pourriez voir davantage de homards cuits complets vendus dans les étalages. C'est un produit qui nécessite moins de main-d'oeuvre que le homard transformé.

Des quais à l'usine

Les pêcheurs pourraient aussi être touchés par le manque de main-d'oeuvre dans les usines. À mesure que la saison avance, les usines pourraient devoir freiner l'arrivée de homards. Des quotas pourraient être imposés aux capitaines. Les pêcheurs devront donc attraper moins de prises, et subir une perte de revenus. L'Union des pêcheurs des Maritimes fait d'ailleurs partie de la nouvelle coalition qui regroupe les acteurs de l'industrie pour critiquer les changements apportés au programme des travailleurs étrangers.

Marchand de homards à DieppeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des homards cuits à vendre

Photo : Radio-Canada/Pierre Alexandre Bolduc

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Acadie

Société