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Le PQ appelle les libéraux à « bouger enfin » pour stopper l'endoctrinement des jeunes

La députée de Taschereau, la péquiste Agnès Maltais

Radio-Canada

L'émoi causé par l'arrestation, la fin de semaine dernière, de 10 jeunes Québécois à l'aéroport Montréal-Trudeau a eu des répercussions à l'Assemblée nationale du Québec où la députée péquiste de Taschereau a vertement interpellé jeudi la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault.

Agnès Maltais a appelé le gouvernement à « bouger enfin » pour stopper sur-le-champ l'endoctrinement des jeunes qui planifient de partir ou partent pour la Turquie et la Syrie, vraisemblablement pour embrasser la cause du groupe armé État islamique (EI).

Le gouvernement présentement, tout ce qu'il fait, c'est attendre les jeunes à l'aéroport une fois qu'ils sont endoctrinés.

Agnès Maltais, députée péquiste de la circonscription de Taschereau et leader parlementaire adjointe de l'opposition officielle

Agnès Maltais s'en est notamment prise à Adil Charkaoui, « le prédicateur », comme elle dit, du Centre islamique de l'Est de Montréal.

« Qu'est-ce qui se passe dans ce centre? Qu'est-ce qu'Adil Charkaoui raconte aux enfants qui le fréquentent? Comment se fait-il que les jeunes qui suivent ses enseignements désirent soudainement se joindre à l'État islamique? » a lancé la députée à la ministre Thériault.

D'après les informations colligées par ICI Radio-Canada, sur la vingtaine de jeunes qui sont partis à l'étranger en janvier dernier ou qui ont été arrêtés en avril et le week-end dernier, près de la moitié ont des liens confirmés avec le Centre islamique de l'Est de Montréal, dont Adil Charkaoui est le président.

Sur Facebook, le Centre islamique de l'Est de Montréal a publié une déclaration dans laquelle il dit ne détenir aucune information concernant « l'identité ou la motivation » des jeunes qui ont été arrêtés le week-end dernier.

« L'endoctrinement » perpétré par « les marchands de haine »

Pour Agnès Maltais, Adil Charkaoui est « le point en commun » pour « près d'une vingtaine de jeunes Québécois qui, depuis des mois, ont tenté de quitter ou qui ont quitté le Québec dans le but de joindre les rangs de l'organisation terroriste État islamique ».

Agnès Maltais parle « de l'endoctrinement des jeunes par les Adil Charkaoui et autres marchands de haine ».

Ce devant quoi la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, s'est cabrée : « C'est pas vrai que l'Assemblée nationale va se transformer en tribunal. C'est pas vrai que l'Assemblée nationale va se transformer en enquêteur[...] Les policiers font leur travail, ils le font très bien. »

En impromptu de presse, dans les couloirs de l'Assemblée nationale, le premier ministre Philippe Couillard a déclaré qu'il n'était pas spécifiquement préoccupé par Adil Charkaoui, et qu'il était « naïf de penser  que ce dernier pouvait représenter le seul facteur de radicalisation pour ces jeunes ».

« La réalité pour les jeunes du Québec et d'ailleurs, c'est qu'ils peuvent se radicaliser par l'entremise d'Internet, par exemple », a ajouté M. Couillard.

Déclarations d'Adil Charkaoui sur sa page Facebook le 21 mai 2015Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Déclarations d'Adil Charkaoui sur sa page Facebook le 21 mai 2015

Pour sa part, Adil Charkaoui a réagi en publiant, sur sa page Facebook, qu'Agnès Maltais continuait d'agir « comme le fait malheureusement le PQ depuis 2013, en agent de radicalisation ».

L'heure est à l'action, mais par où commencer?

Agnès Maltais insiste pour que le gouvernement libéral agisse en faisant de la prévention.

Pour l'instant, tout ce que le gouvernement se contente de faire, c'est de se fier aux parents, aux amis, aux voisins et espérer que la police réagisse assez vite pour rattraper les jeunes recrues d'Adil Charkaoui avant qu'ils [sic] ne s'envolent pour la Turquie et la Syrie.

Agnès Maltais, députée péquiste de Taschereau et leader parlementaire adjointe de l'opposition officielle

Mais de l'avis de la ministre de la Sécurité publique, il importe de laisser aux policiers le soin de mener leurs enquêtes.

Lise Thériault – qui affirme qu'elle ne se transformera pas « en justicière » – rappelle que l'équipe intégrée du SPVM, de la SQ et de la GRC est à l'oeuvre pour « contrer tous les jours la radicalisation de nos jeunes ».

« Ce sont de nouveaux phénomènes, a déclaré Lise Thériault, ce sont des questions qui sont délicates, 90 % des jeunes sont radicalisés avec Internet dans leur confort de maison. »

La ministre de la Sécurité publique du Québec, Lise ThériaultAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La ministre de la Sécurité publique du Québec, Lise Thériault

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Des jeunes épris d'idéalisme?

La ministre s'est par ailleurs fait vertement reprocher par la députée péquiste de vouloir présenter ces jeunes comme ayant des motivations altruistes après avoir tenu des propos inspirés par les réflexions de la députée fédérale indépendante Maria Mourani.

La plupart des jeunes qui quittent le font pourquoi? Parce qu'ils veulent aller aider. Ils le font sur une base communautaire, ils pensent qu'ils vont sauver des vies, des enfants, c'est ça la réalité. C'est ce phénomène auquel on fait face et il faut trouver la bonne façon de le contrecarrer.

Lise Thériault, ministre de la Sécurité publique 

Il n'en fallait pas plus pour qu'Agnès Maltais, indignée, assène la réplique suivante à Lise Thériault : « Un peu plus et elle applaudissait ces jeunes qui veulent aider, mais justement : ils veulent aider parce qu'ils sont endoctrinés dans un centre qui est lié à un individu, Adil Charkaoui, qui est lié à une organisation, le Centre communautaire islamique de l'Est de Montréal. Ça fait des mois qu'on le sait, ça fait un an qu'on en parle. [...] Est-ce qu'on pourrait faire autre chose qu'applaudir et bouger enfin? »

La ministre de la Sécurité publique s'est empressée de préciser qu'elle sait fort bien que les jeunes radicalisés « se trompent et veulent partir pour les mauvaises raisons ».

Comme gouvernement, notre responsabilité c'est de les empêcher de partir, ces jeunes-là. C'est de dire aux parents et aux différents intervenants : signalez. Parce que le sort qui les attend n'est pas celui qu'on leur fait miroiter. Mais c'est pas vrai que l'Assemblée nationale va se transformer en tribunal.

Lise Thériault, ministre de la Sécurité publique au sein du gouvernement libéral de Philippe Couillard

Il n'y a pas de modèle, dit Maria Mourani

La députée indépendante d'Ahuntsic, Maria Mourani.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La députée indépendante d'Ahuntsic, Maria Mourani.

Photo : La Presse canadienne / PC/Sean Kilpatrick

Dans une entrevue à Radio-Canada, mercredi, Mme Mourani a expliqué qu'il est impossible de dégager un « profil type » des jeunes qui empruntent la voie de l'endoctrinement lié au djihad.

Maria Mourani dit avoir interviewé des parents en Belgique, à Paris, à Toulouse et plus près de nous, en Alberta.

« Il n'y a pas de profil, ça peut être n'importe quel jeune, dit-elle. N'importe quelle couche sociale. Autant un jeune qui est né dans la confession musulmane ou qui est un chrétien converti. J'ai même rencontré des parents dont les jeunes étaient bouddhistes, athées, toutes sortes de jeunes. »

Il y a une particularité, une constante que je remarque, ce sont de bons jeunes, qui veulent sauver le monde, ils veulent aller faire de l'humanitaire, ils pensent qu'ils vont aller sauver les enfants syriens. On les décrit comme des enfants qui aiment faire du bénévolat, qui aiment aider les autres.

Maria Mourani, députée indépendante d'Ahuntsic

La radicalisation ne vient pas d'un coup, affirme encore Mme Mourani. « Les jeunes vont avoir une vulnérabilité, vont être en quête de quelque chose. Ils vont se sentir démunis, sentir qu'on ne les comprend pas », explique la députée qui estime que, dans ce processus, les rencontres que font les jeunes peuvent être déterminantes. Et elle insiste pour instaurer une forme de prévention. 

Avec les informations de La Presse canadienne

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