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Un contrat d'armement canadien avec l'Arabie saoudite remis en question

Le premier ministre Stephen Harper, lors d'une visite à l'usine de General Dynamics, en mai 2014. Le véhicule blindé léger qu'on peut y voir était destiné au gouvernement canadien.

Le premier ministre Stephen Harper, lors d'une visite à l'usine de General Dynamics, en mai 2014. Le véhicule blindé léger qu'on peut y voir était destiné au gouvernement canadien.

Photo : La Presse canadienne / Dave Chidley

Radio-Canada

Ottawa n'a fait aucune évaluation de la situation des droits de la personne en Arabie saoudite au cours des deux dernières années, malgré le fait qu'il a convenu de lui vendre des véhicules blindés légers d'une valeur de 15 milliards de dollars l'an dernier, révèle le Globe and Mail.

La Loi sur les licences d'exportation et d'importation du Canada stipule pourtant qu'une telle évaluation est requise lorsque les citoyens d'un pays acheteur « font l'objet de violations graves et répétées de la part du gouvernement ». La monarchie saoudienne est régulièrement critiquée à ce sujet.

La même loi stipule cependant que le matériel militaire convoité peut être livré, s'il est « démontré qu'il n'existe aucun risque raisonnable que les marchandises puissent être utilisées contre la population civile ». Jusqu'ici, Ottawa refuse de dire s'il a eu de telles assurances de la part de Riyad.

Le quotidien torontois rapporte qu'un chercheur, Ken Rubin, a demandé au ministère des Affaires étrangères de lui fournir tous les rapports portant sur les droits de la personne en Arabie saoudite en 2013 et 2014. La réponse qu'il a reçue est sans équivoque.

« Veuillez prendre acte qu'après une recherche minutieuse par notre [bureau] et nos Services de gestion de l'information, qui ont fouillé la documentation rangée dans nos dépôts de données institutionnelles, il n'existe aucun dossier lié à votre requête », lui a-t-on répondu.

Une porte-parole du ministère, Bianca Healy, a fait savoir mardi que le ministère ne produisait pas des bilans sur les droits de la personne toutes les années. « Aucun rapport n'a été produit pour 2013 et 2014, mais nous travaillons à un rapport pour 2015 », a-t-elle affirmé.

Bien qu'aucun véhicule blindé léger n'ait encore été livré à l'Arabie saoudite, des documents de données techniques ont été livrés au royaume saoudien. Deux permis pour des documents évalués à 150 000 $ au total ont ainsi été délivrés au cours des cinq derniers mois.

La vente de véhicules blindés légers à l'Arabie saoudite a été annoncée en février 2014 par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Il s'agit du plus important contrat jamais conclu par la Corporation commerciale canadienne, une société d'État fondée après la Deuxième Guerre mondiale.

Les véhicules blindés légers sont construits par General Dynamics Land Systems Canada à London, en Ontario. Le gouvernement a affirmé que cette entente va créer 3000 emplois directs pendant 14 ans, sans compter des milliers d'autres emplois chez des fournisseurs.

L'Arabie saoudite, dirigée par un nouveau roi depuis quelques mois, est régulièrement montrée du doigt en matière de droits de la personne. Au Canada, le cas de Raif Badawi, blogueur condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet pour blasphème, retient particulièrement l'attention.

Le royaume saoudien, qui défend une interprétation rigoriste de l'Islam appelée le wahhabisme, est aussi dénoncé en ce qui concerne les droits des femmes, légalement soumises au diktat des hommes.

Il y a quelques semaines, l'Arabie saoudite a aussi entraîné les autres monarchies sunnites du Golfe dans une offensive contre les rebelles chiites du Yémen, en lutte contre le gouvernement officiellement reconnu du président Abd Rabbo Mansour Hadi.

Politique