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Le registre des délinquants sexuels dangereux doit-il être rendu public ?

Photo de Victor Poirier qui remonte à une dizaines d'années.

Photo de Victor Poirier qui remonte à une dizaines d'années.

Photo : ICI Radio-Canada

Radio-Canada

La mort de Chantal Demers, qui fréquentait un homme inscrit au registre national des délinquants sexuels, Victor Poirier, relance le débat sur cette base de données à l'usage exclusif des policiers. Le registre devrait-il être public ? Les arguments sont partagés.

Précisons d'entrée de jeu que Victor Poirier a été arrêté et accusé de voies de fait contre Chantal Demers. La police poursuit son enquête et aucune accusation n'a été déposée quant au décès de la femme de 46 ans.

Pour le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, il ne fait aucun doute qu'il faudrait publier au moins la partie du registre qui concerne les prédateurs sexuels à haut risque.

« C'est pour cette classe de prédateurs sexuels qu'on veut faire en sorte qu'on ouvre le registre pour permettre aux femmes, comme Mme Demers, [de le consulter.] Elle aurait pu avoir le nom de Poirier et dire : "il est excessivement dangereux, surtout ne le côtoyer pas." »

« Le registre actuel n'est pas du tout préventif »

Pierre-Hugues Boisvenu, sénateur

Pierre-Hugues Boisvenu prêche en faveur du modèle adopté par certaines provinces canadiennes où le nom et la photo des délinquants sexuels dangereux sont publiés au moment de leur libération. Un projet de loi à cet effet est d'ailleurs à l'étude au Sénat.

Risque de stigmatisation

Le policier retraité de la Sûreté du Québec, François Doré, n'est pas totalement contre la publication de certaines informations contenues dans le registre, mais il émet certaines craintes.

« Si on devait le rendre public, ne serait-ce que pour une partie, il faut être vraiment prudent. [...] Ça pourrait être dangereux parce que certains individus, soit par vengeance, soit par le fait que les victimes soient proches d'eux, veulent se faire justice et là c'est problématique », analyse-t-il.

Il admet du même souffle que « les prédateurs les plus dangereux devraient être mieux connus, mieux situés ».

François Doré ajoute que le registre dans sa forme actuelle, accessible uniquement aux policiers, demeure une aide précieuse. « Plus de 20 000 personnes sont enregistrées au registre. Ça permet aux policiers d'avancer dans les enquêtes, c'est sûr. »

Pas une solution miracle

Pour le criminologue Jean-Claude Berheim, l'important serait surtout d'encourager les femmes à dénoncer leur agresseur. Une seule agression sexuelle sur dix serait rapportée aux autorités.

Selon Jean-Claude Berheim, la publication du registre risque de procurer un sentiment de sécurité alors que seulement une minorité des agresseurs y sont identifiés. « Ce registre ne représentera pas la réalité, mais va donner un sentiment de sécurité, ou de fausse sécurité, en pensant qu'on a identifié toutes les personnes », commente-t-il.

Valérie Brancquart, intervenante sociale auprès des victimes, abonde dans le même sens. « Les agressions sexuelles, 80 % du temps, c'est une personne qu'on connaît. Ça peut être le conjoint, le père, l'entraîneur, c'est souvent dans le réseau. Ce n'est pas vraiment l'inconnu qui vient de déménager en arrière, donc c'est faux de croire qu'en fouillant dans le registre, on va avoir une meilleure sécurité. »

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