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Plaidoyer de Philippe Couillard pour un fédéralisme coopératif

Le premier ministre Philippe Couillard a livré un discours devant l'assemblée législative ontarienne.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Radio-Canada

Dans un discours prononcé lundi à Queen's Park, le premier ministre québécois Philippe Couillard a plaidé en faveur d'un fédéralisme coopératif, dans lequel l'Ontario et le Québec joueraient un rôle de leaders qui serait bénéfique pour l'ensemble du Canada. Il a aussi salué les efforts de l'Ontario dans la lutte contre les changements climatiques, et a rappelé le caractère spécifique du Québec, qui, dit-il, « appelle un acte de reconnaissance à la fois fort et enthousiaste ».

S'appuyant sur les dires de Jean Lesage et de John Robarts, qui ont dirigé respectivement le Québec et l'Ontario dans les années 60, M. Couillard a soutenu que « le gouvernement fédéral a non seulement la responsabilité, mais également l'obligation de tenir compte de nos caractéristiques communes et spécifiques dans l'élaboration de ses politiques ». À l'aube d'une élection fédérale, il est « essentiel », a-t-il dit, que les partis fédéraux annoncent leurs couleurs.

Nous devons tous travailler à l'établissement d'un fédéralisme dans lequel la coopération est une valeur partagée et réelle. Nous devons réaffirmer, comme l'ont fait Robarts et Lesage dans les années 60, que notre pays n'est pas un État unitaire, mais une fédération où les différences doivent être respectées.

Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Affirmant que le Québec est une « société distincte qui a quitté les estrades pour reprendre sa place [...] de leader au sein de la fédération canadienne », M. Couillard a ainsi demandé au Parti conservateur, au Parti libéral et au Nouveau Parti démocratique de se prononcer sur les enjeux qui ont déjà fait l'objet de consensus au sein du Conseil de la fédération, soit :

  • la prise en compte de la réalité démographique des provinces dans le cadre du transfert canadien en matière de santé;
  • un niveau de financement accru du gouvernement fédéral pour les infrastructures publiques;
  • une révision du fonctionnement de la formule de péréquation qui éliminerait ou redéfinirait le plafond des sommes versées;
  • leur plan pour lutter contre les changements climatiques.

« Quels sont les plans des partis fédéraux pour soutenir les efforts des provinces et des territoires? Comment les cibles qui seront présentées à [la conférence de l'ONU à] Paris intégreront-elles ces efforts? Quelle sera la répartition de ceux-ci à travers la fédération? », a-t-il demandé en guise d'exemple.

Selon M. Couillard, « jamais le rôle des États fédérés n'aura été aussi important pour notre avenir et celui de nos enfants » qu'à l'aube de la Conférence de Paris, qui aura lieu en décembre. « À nous de saisir cette chance », a-t-il lancé aux députés ontariens.

Les États fédérés, comme l'Ontario et le Québec, ont un rôle incontournable à jouer dans cette lutte, et l'efficacité de notre contribution sera décuplée si nous agissons ensemble.

Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Il a par ailleurs salué la volonté du gouvernement ontarien de se joindre au système de plafonnement d'échange de droits d'émission des gaz à effet de serre (GES), communément appelé la bourse de carbone, dont font déjà partie le Québec et la Californie dans le cadre de la Western Climate Initiative.

Le caractère spécifique du Québec et sa reconnaissance

M. Couillard a aussi souligné dans son discours que les prochaines élections fédérales, prévues en octobre prochain, seront l'occasion pour le Québec de rappeler « que le caractère spécifique du Québec doit nécessairement être formellement reconnu », puisque cette reconnaissance « est le reflet d'une réalité évidente qui participe à la définition même du pays ».

Plus tôt dans son discours, M. Couillard avait rappelé ce caractère spécifique du Québec, qui se révèle par sa langue, sa culture, son régime juridique particulier et « ses valeurs sociales distinctes », comme l'a souligné récemment la Cour suprême du pays.

Cette réalité évidente, confirmée par la cour, appelle un acte de reconnaissance à la fois fort et enthousiaste. Un acte de reconnaissance envers un partenaire qui souhaite une alliance encore plus solide.

Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Dans une conférence de presse donnée ultérieurement, Philippe Couillard a cependant précisé qu'il n'entend pas faire démarche pour cette reconnaissance. Le Québec, dit-il, s'assurera toutefois que cette question soit sur la table, advenant que d'autres acteurs politiques veuillent rouvrir la Constitution, que ce soit pour aborder la réforme du Sénat ou des dossiers concernant les Premières nations.

L'atout francophone

Dans son discours, Philippe Couillard a aussi abordé le thème de la francophonie canadienne. Les 600 000 francophones de l'Ontario célèbrent cette année 400 ans de présence française dans la province.

« Pour les francophones de l'Île-du-Prince-Édouard à la Colombie-Britannique, en passant par l'Ontario et naturellement le Québec, le français est plus qu'une langue. C'est aussi l'expression d'une culture qui nous définit ici et partout dans le monde », a-t-il affirmé.

« C'est un atout extraordinaire sur lequel nous devons capitaliser, notamment dans la perspective du libre-échange avec l'Europe. »

Le premier ministre a aussi salué la multiplication des classes et des écoles d'immersion française au pays. Il a salué la « croissance très importante » de ce phénomène, comme le montrent les chiffres : 342 000 élèves suivent aujourd'hui de tels programmes, contre 23 000 en 1976, année où le Parti québécois a pris le pouvoir pour une première fois.

Selon M. Couillard, les autres gouvernements du Canada doivent cependant faire encore davantage en la matière, puisque « le rayonnement de la langue française, partout au Canada, est un élément essentiel à la prospérité économique, sociale, culturelle et politique du pays ».

Les progrès ne sont pas semblables dans toutes les régions, et les gouvernements peuvent encore faire plus, c’est l’évidence. Les recours judiciaires en matière d’éducation le démontrent. Nous devons insister sur les avantages du français pour chacune des régions du Canada.

Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Philippe Couillard a également rappelé les alliances historiques entre le Québec et l'Ontario, remontant jusqu'à l'alliance entre Louis-Hippolyte La Fontaine et Robert Baldwin dans les années 1830-1840, qui a permis aux Haut et Bas-Canada d'obtenir plus de pouvoirs du gouvernement britannique et qui a contribué à la naissance du Canada.

Bien qu'il se soit adressé à des députés essentiellement anglophones, le premier ministre du Québec a prononcé l'essentiel de son allocution en français.

La bonne entente Wynne-Couillard

Depuis leurs élections respectives en avril et en juin 2014, les premiers ministres Couillard et Wynne semblent s'être donnés pour mission d'utiliser le poids combiné de leurs provinces pour faire avancer leurs dossiers communs. Ensemble, le Québec et l'Ontario représentent plus de 60 % de la population canadienne et plus de la moitié de l'économie du pays.

L'Ontario a récemment promis de rejoindre le Québec dans sa bourse du carbone. Hydro-Québec et l'Ontario sont aussi sur le point de signer une entente d'échange d'électricité, afin de se donner un coup de main lors de leurs périodes de pointe respectives. Les conseils des ministres des deux provinces ont tenu jusqu'à maintenant quatre conseils des ministres conjoints.

C'est Kathleen Wynne qui a invité son homologue à s'adresser au Parlement ontarien. C'est la première fois depuis Jean Lesage en 1964 qu'un premier ministre du Québec prend la parole à l'Assemblée législative de l'Ontario. La dernière personnalité invitée à Queen's Park était l'archevêque Desmond Tutu en 1986.

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