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Québec s'attaque à la cigarette électronique et au tabac sur les terrasses

La Loi sur le tabac renforcée au Québec
Radio-Canada

Le gouvernement Couillard a déposé mardi le projet de loi 44 qui prévoit notamment de soumettre la cigarette électronique aux mêmes restrictions que celles imposées aux produits du tabac.

En conséquence, il sera interdit de fumer une cigarette électronique dans les établissements et les endroits publics. Il est prévu en outre de ne pas autoriser la publicité de ce produit.

Le projet de loi préconise aussi d'interdire de fumer une cigarette traditionnelle dans une voiture en présence d'un mineur de moins de 16 ans. De plus, l'interdiction de fumer sera étendue aux terrasses, après avoir été appliquée dans les restaurants et les bars.

Québec compte aussi retirer du marché le tabac aromatisé, qui est très populaire auprès des jeunes.

Lors d'un point de presse, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique, Lucie Charlebois, a parlé de mesures « de précaution et de prévention », rappelant qu'au Québec 10 000 personnes meurent encore chaque année à cause du tabac.

Interrogée pour savoir si l'interdiction de la cigarette électronique dans les lieux publics était basée sur des preuves scientifiques, Mme Charlebois a indiqué que le phénomène étant nouveau, il n'y pas encore d'études concluantes à ce sujet. Elle a dit cependant que son gouvernement a fait valoir le principe de la précaution, comme il est d'usage en santé publique.

La ministre déléguée a rappelé que l'objectif de son gouvernement n'est pas d'interdire la cigarette électronique, qui aide certains fumeurs à abandonner la cigarette traditionnelle, mais de l'encadrer.

Moi, je ne vais pas interdire aux gens qui se servent de cet outil-là [la cigarette électronique] pour arrêter de fumer de ne pas s'en prévaloir.

La ministre déléguée Lucie Charlebois

Bonne nouvelle pour les uns, mauvaise pour les autres

Mélanie Champagne, directrice des  questions d’intérêt public à Société canadienne du cancerMélanie Champagne, directrice des questions d’intérêt public à Société canadienne du cancer

Le projet de loi de Québec est diversement commenté. Mélanie Champagne, directrice des questions d'intérêt public à la Société canadienne du cancer, a accueilli « une excellente nouvelle », estimant qu'il faut « des mesures musclées », notamment « quand on a encore 1,5 million de fumeurs » dans la province.

Mme Champagne a salué aussi l'interdiction de la cigarette électronique sur les terrasses, affirmant que la nocivité de la fumée secondaire dans les espaces couverts est prouvée par des études scientifiques.

Elle espère que d'autres mesures, comme celle d'un emballage neutre sur les paquets de cigarettes, soient ajoutées au projet de loi dont elle souhaite une adoption rapide.

Mario Bujold, le directeur général du Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS), parle lui également d'un projet de loi qui « comporte de nombreuses mesures qui favoriseront une baisse de la forte prévalence du tabagisme au Québec et qui permettront d'améliorer la santé de la population ».

Il estime que le gouvernement « fait preuve de leadership et de vision ».

Satisfaction aussi au sein de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, dont la porte-parole, Dre Geneviève Bois, salue des mesures dont la mise en œuvre « va sans aucun doute favoriser une nouvelle tendance à la baisse du taux de tabagisme, alors que nous avons connu plusieurs années de stagnation depuis dix ans. Il s'agit d'un pas important pour la santé des Québécois ».

Mme Bois ajoute que son organisation tentera de convaincre Québec d'inclure dans la loi l'obligation d'avoir un emballage neutre, comme c'est le cas en Australie.

L'inclusion dans la loi québécoise de restrictions sur l'emballage est nécessaire pour refaire du Québec un leader mondial de la lutte contre le tabac.

Geneviève Bois, porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac

Également satisfaite, l'Association pour les droits des non-fumeurs (ADNF) juge que le gouvernement du Québec est « tout à fait justifié de miser sur ces succès pour continuer à établir de nouvelles balises pour la commercialisation et l'usage des produits du tabac dans le but de protéger davantage la santé publique ».

Même si elle appuie l'interdiction de la cigarette électronique dans les lieux publics et sa vente aux mineurs, l'ADNF admet que celle-ci a « le potentiel de venir en aide aux fumeurs afin d'arrêter de fumer ou encore réduire les risques pour leur santé ».

« Hypocrisie » et risque de contrebande

Peter Sergakis, président de l’Union des tenanciers des bars du QuébecPeter Sergakis, président de l’Union des tenanciers des bars du Québec

Déçu, Peter Sergakis, président de l'Union des tenanciers des bars du Québec, a dénoncé « l'hypocrisie » du gouvernement qui, selon lui, procède à des interdictions sporadiques de fumer au lieu d'interdire carrément la commercialisation des produits de tabac.

M. Sergakis ne pense pas que, pour une personne attablée sur terrasse, la cigarette soit plus nuisible que la fumée de voitures et des camions.

Pour sa part, la Coalition nationale contre le tabac de contrebande (CNCTC) se dit « consternée » par l'intention de Québec de bannir la cigarette mentholée, sans rien faire contre la contrebande.

D'après la coalition, ce projet de loi crée « un contexte qui alimentera davantage la contrebande et le crime organisé ».

« L'éléphant dans la pièce, aujourd'hui, c'est que Québec sait pertinemment que des cigarettes illégales mentholées sont présentement produites et vendues par les contrebandiers. Nous, on le sait et on a même des preuves », explique Michel Rouillard, sergent à la retraite de la Sûreté du Québec et porte-parole de la CNCTC.

La ministre déléguée à la Santé publique s'imagine qu'en bannissant les cigarettes mentholées du marché québécois, les contrebandiers vont cesser tout bonnement d'en produire et d'en vendre - c'est pourtant tout le contraire.

Michel Rouillard, porte-parole de la CNCTC

Société