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  • Exclusif
  • Les « cyberagressions sexuelles » sous la loupe du CALACS d'Ottawa

    Le reportage du journaliste Louis Blouin

    Harcèlement, menaces, chantage : la violence sexuelle se déroule aussi sur Internet. Les victimes, en grande majorité des jeunes filles, ont de la difficulté à dénoncer leurs agresseurs. Le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel francophone d'Ottawa (CALACS) veut changer les choses.

    Un texte de Louis BlouinTwitterCourriel

    L'organisme souhaite aider à prévenir et à éliminer ce qu'il appelle les « cyberagressions à caractère sexuel ». Il s'inquiète du nombre grandissant de harcèlements sexuels, de menaces ou de partage de contenu intime sans consentement sur Internet et dans les médias sociaux.

    Pour mieux comprendre le phénomène, le CALACS interroge les élèves de quatre écoles secondaires francophones.

    Le premier volet de la recherche, intitulée « La cyberagression à caractère sexuel : aider la collectivité à intervenir » (Nouvelle fenêtre), est publié cette semaine. Il collige les données déjà disponibles, confirmant que les victimes des infractions de nature sexuelle en ligne sont souvent des jeunes femmes.

    Le CALACS affirme qu'une constante se dégage déjà des témoignages des jeunes, même si le processus n'est pas terminé.

    « Ce qui nous frappe, c'est que peu importe les filles qu'on a rencontrées, presque toutes nous ont indiqué avoir peur d'être un moment donné agressées sexuellement sur le web », rapporte la coordonnatrice des services de prévention et sensibilisation, CALACS francophone d'Ottawa, Josée Laramée.

    Briser le silence

    En raison de la honte qu'elles ressentent, il peut être très difficile pour ces jeunes victimes de briser le silence.

    Josée Laramée, du CALACSJosée Laramée, du CALACS Photo : Radio-Canada

    « Si je le dévoile, qui va regarder tous ces contenus-là? Est-ce que c'est mon père, ma mère, un policier? De dévoiler, ça veut aussi dire de continuer à faire regarder ces contenus-là. Donc beaucoup de victimes vont chercher à ignorer les situations », rapporte Josée Laramée.

    De son côté, le directeur responsable de la sécurité et du bien-être des élèves au Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario (CEPEO), Jean-François Thibodeau, affirme qu'il a déjà fait appel aux policiers pour aider des élèves aux prises avec de l'intimidation sur Internet.

    Cependant, il croit que beaucoup de jeunes se sentent isolés, voire en détresse, et qu'ils n'osent pas parler.

    Est-ce que tous les cas nous sont rapportés? Est-ce que les parents sont au courant de tout ça? Je ne crois pas.

    Jean-François Thibodeau, directeur responsable du bien-être et de la sécurité des élèves, CEPEO

    Josée Laramée ajoute qu'il faut trouver des moyens pour accompagner la victime « dans sa culpabilité, sa honte et sa peur. C'est une étape de dénoncer, mais l'étape aussi de guérir émotionnellement des abus que tu as vécus. C'est une étape qui n'est pas facile. »

    Le CALACS espère que cette initiative enclenchera un dialogue entre les intervenants communautaires, les milieux scolaires, les policiers, les parents et les jeunes.

    Exemples de « cyberagressions sexuelles » (Source : CALACS) :

    • menaces
    • insultes
    • dénigrement
    • propagation de rumeurs
    • envoi d'un message, d'une photo ou d'une vidéo préjudiciable par téléphone mobile.
    • avances de nature sexuelle

    Prise de conscience

    Par ailleurs, la spécialiste en commerce électronique et en médias sociaux Michelle Blanc, qui a participé à la rédaction d'une partie de la recherche du CALACS, croit qu'une prise de conscience est nécessaire.

    « J'aimerais ça que la population en général prenne conscience qu'il y a un grand déficit de savoir-vivre sur Internet et qu'il y a effectivement des crimes de nature sexuelle qui s'y produisent », affirme-t-elle.

    Ayant elle-même vécu des épisodes de harcèlement et de menaces de mort en ligne, elle témoigne de la difficulté à faire avancer un dossier auprès des autorités.

    C'est difficile parce que tu dois te battre avec le service de police pour qu'il prenne la plainte, et après ça, tu dois te battre avec le procureur de la Couronne pour qu'il prenne la plainte.

    Michelle Blanc, spécialiste en commerce électronique et en médias sociaux

    À l'instar de la cyberintimidation, Mme Blanc aimerait que les politiciens donnent plus de ressources aux corps policiers pour s'attaquer aux « cyberagressions » à caractère sexuel, « que ce soit des ressources en termes de formation, d'équipement ou de main-d'oeuvre », estime-t-elle.

    Les résultats finaux de la recherche du CALACS seront dévoilés en mai 2016, dans le cadre du mois de sensibilisation et de prévention des agressions sexuelles. La deuxième partie de la recherche s'appuiera sur les consultations faites auprès des jeunes du secondaire.

    Ottawa-Gatineau

    Société