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Mercier, un village disparu au coeur de Rouyn-Noranda

Le village de Mercier, tel que projeté en 1927

Le village de Mercier, tel que projeté en 1927

Photo : BAnQ Rouyn-Noranda

Radio-Canada

Il y a 89 ans, le 5 mai 1926, le village de Rouyn était incorporé officiellement. Pourtant, rien ne prédestinait cette cité à exister. À cette époque, un autre projet municipal rivalisait avec Rouyn sur le même territoire. Il s'agissait du village de Mercier. Cette localité s'est développée durant un peu plus de 10 ans dans le secteur qu'est aujourd'hui Rouyn-Sud, avant d'être abandonnée. Mais selon un plan conservé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec Rouyn-Noranda (BAnQ), le projet de Mercier était sérieux et ambitieux. Pourquoi le village de Mercier est-il disparu?

Un article de Félix B. DesfossésTwitterCourriel

Par opposition à sa ville jumelle de Noranda, Rouyn s'est développée de manière anarchique. C'est-à-dire que Noranda était une ville fermée. Ses plans de développements étaient dirigés par la mine Noranda. Rouyn, de son côté, ne faisait partie d'aucun plan de développement minier ni gouvernemental. Pas plus que Mercier.

Le village de Mercier se trouvait sur les rives du lac Rouyn, entre où se situent aujourd'hui le cimetière du quartier Montée-du-sourire et le kiosque d'information touristique à l'entrée sud de la ville.

Un point stratégique

C'est qu'au tout début du développement de la région, le secteur du lac Rouyn, par sa situation géographique, avait un rôle stratégique de premier plan.

C'était un des points d'arrivée des premiers colons. Dans le fond, [ce lac] était connecté à la rivière Kinojévis. Les gens arrivaient au lac Rouyn. Ça a été le premier landing. Les premières marchandises arrivaient au lac Rouyn et après ça étaient acheminées jusqu'au village de Rouyn. Il y avait les chemins corduroy, qu'ils appelaient, des chemins en billots, en billes, qui partaient du lac jusqu'à la ville de Rouyn.

Sébastien Tessier, archiviste à BAnQ Rouyn-Noranda

La rivière Kinojévis coule dans le lac Rouyn. Se déversant dans la rivière des Outaouais, la rivière Kinojévis était, en effet, la principale voie de pénétration vers le territoire de Rouyn et de Noranda, notamment pour les premiers prospecteurs tels qu'Edmund Horne.

D'ailleurs, selon l'historien Benoit Beaudry-Gourd, le tout premier camp du prospecteur Edmund Horne, découvreur du filon qui a été exploité par la mine Noranda, se trouvait au sur les rives du lac Rouyn. M. Horne procédait à de sérieuses explorations minières dans ce secteur, ce qui a porté plusieurs personnes à croire que le lac Rouyn serait au centre d'un foisonnement minier.

Plusieurs maisons ou baraques ont donc été construites sur le territoire de Mercier. Des photos d'archives de cet embryon de ville disparue le prouvent. Un magasin y aurait même tenu des activités commerciales.

Des baraques de Mercier, en 1925Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des baraques de Mercier, en 1925

Photo : BAnQ Rouyn-Noranda

Compétition Rouyn contre Mercier

Pourquoi le village de Mercier ne s'est-il pas développé davantage, tel que plusieurs le projetaient?

Ce qu'on m'a toujours dit, c'est que le projet avait été abandonné parce que, étant loin du site actuel de la mine Noranda - la mine Horne à l'époque -, les gens ont préféré se rapprocher et développer autour du lac Osisko plutôt qu'autour du lac Rouyn. 

Sébastien Tessier, BAnQ Rouyn-Noranda

Le développement minier escompté dans le secteur du lac Rouyn ne s'est pas concrétisé. Et du côté de Noranda, l'exploitation de la mine Horne s'est accélérée.

En 1927, la route entre Rouyn et Macamic a été ouverte. Le train s'arrêtant à Macamic, des colons et des marchandises pouvaient dès lors avoir accès au territoire de Rouyn sans passer par la rivière Kinojévis. Le landing du lac Rouyn, cœur de Mercier, avait moins d'attrait.

En parallèle, au milieu des années 20, le village de Rouyn se développait sur les rives du lac Osisko. Le projet grossissait rapidement compte tenu des activités économiques et humaines entourant le développement de la mine Horne, future mine Noranda.

Le 5 mai 1926, Rouyn a été incorporé comme village. Le statut de ville a été acquis l'année suivante.

Townsite Mercier?

La carte de Mercier qui se trouve à BAnQ Rouyn-Noranda date aussi de 1927. Ça démontre que Rouyn et Mercier « ont coexisté, ont été des villes contemporaines ou deux projets de municipalité contemporains », explique Sébastien Tessier de BAnQ Rouyn-Noranda.

Mais la carte de Mercier datée de 1927 ne reflète pas la réalité. Il s'agit plutôt du plan de développement qui était envisagé.

C'est qu'un promoteur nommé Trutt entendait faire de Mercier un « townsite » réservé aux anglophones. La carte de la BAnQ reflète probablement l'ambition de Trutt.
Cette partie de l'histoire est racontée par M. Jean Racicot, qui habite dans la rue Perreault Est, à Rouyn-Noranda. Les documents notariés qu'il possède révèlent que la maison qu'il habite ce situait, par le passé, dans Mercier.

C'est que lorsque le projet de Mercier a été abandonné, vers 1937, des bâtiments ont été déménagés à Rouyn, sur les rives du lac Osisko.

Les vestiges de Mercier

La nature a depuis repris son emprise sur le secteur. Sébastien Tessier de BAnQ Rouyn-Noranda croit que des recherches sur les rives du lac Rouyn pourraient révéler des « restes » de Mercier. D'ailleurs, M. Racicot, affirme de son côté qu'un fossoyeur travaillant au cimetière aujourd'hui adjacent à ce qui a déjà été Mercier aurait retrouvé dans le secteur une pancarte sur laquelle se trouvait l'indication « Church street », probablement un des vestiges de Mercier.

Par contre, le secteur de Rouyn-Sud n'a pas été abandonné pour autant. Le projet de ville organisé a plutôt laissé place à des squatteurs qui se sont installés dans les alentours ainsi que près de la rivière Duprat. Cet autre pan de l'histoire du développement de Rouyn-Noranda a été couvert en long et en large il y a quelques mois par Karine Mateu.

D'où vient le nom de Mercier?

Selon certaines sources, le nom de Mercier aurait été retenu en l'honneur d'Honoré Mercier, premier ministre du Québec de 1887 à 1891, ou encore de son fils ou son petit-fils, qui ont tous les deux été ministres et porté le même nom que le patriarche. L'historien Benoit Beaudry-Gourd croit également qu'un magasin, en opération au village, aurait pu appartenir à un dénommé Mercier qui aurait donné son nom au projet en développement. Le nom de Mercierville est aussi parfois utilisé pour désigner le village.

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Abitibi–Témiscamingue

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