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5 clés pour comprendre les élections au Royaume-Uni

Des sympathisants du Parti travailliste en campagne à Battersea, dans le sud de Londres, le 31 janvier 2015

Des sympathisants du Parti travailliste en campagne à Battersea, dans le sud de Londres, le 31 janvier 2015

Photo : Getty Images / Peter Macdiarmid

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les Britanniques vont aux urnes le 7 mai pour élire un nouveau gouvernement. Ce scrutin s'annonce comme le plus incertain de l'histoire du Royaume-Uni. Quels sont les enjeux?

1. Fragmentation de l'électorat

Selon les derniers sondages, le Parti conservateur et le Parti travailliste sont au coude-à-coude avec environ 34 % des votes chacun, ce qui sera insuffisant pour leur assurer la majorité absolue. Celui qui l'emportera devra donc bâtir des alliances avec les petits partis, au cas par cas.

« On se dirige vers un gouvernement minoritaire, où aucun parti ne pourra former une coalition officielle », soutient Éric Albert, correspondant en Grande-Bretagne du journal Le Monde, à l'émission Info matin, sur nos ondes.

Selon lui, cela s'explique par le manque de charisme des deux principaux leaders, le premier ministre sortant, David Cameron, et le chef du Parti travailliste, Ed Miliband, qui n'arrivent pas à enthousiasmer les électeurs. Ceux-ci se tournent vers les formations secondaires, notamment le United Kingdom Independence Party (UKIP) et le Parti nationaliste écossais (SNP), qui ont su canaliser le vote protestataire.

Le bipartisme qui a caractérisé la vie politique britannique du dernier siècle est en déclin. « C'est un phénomène nouveau ici, d'habitude on avait du bipartisme ou au moins du tripartisme, maintenant on a six ou sept partis qui émergent », précise Éric Albert.

Les sondages donnent respectivement entre 270 et 290 sièges aux travaillistes et aux conservateurs, très loin des 326 nécessaires pour obtenir la majorité absolue.

2. Écosse

La première ministre de l’Écosse et chef du SNP, Nicola Sturgeon, le 30 avril 2015, à Édimbourg.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La première ministre de l’Écosse et chef du SNP, Nicola Sturgeon, le 30 avril 2015, à Édimbourg.

Photo : Getty Images / Jeff J Mitchell

On s'attend à ce que le parti indépendantiste écossais, le SNP, obtienne environ 50 sièges sur les 59 attitrés à l'Écosse au Parlement de Westminster. Il pourrait donc bien détenir la balance du pouvoir.

« C'est un raz-de-marée », soutient le journaliste Éric Albert. « Ceux qui ont voté pour l'indépendance [lors du référendum écossais du 18 septembre] votent maintenant pour les indépendantistes. Mais, en face, ceux qui ont voté non se dispersent entre trois grands partis. »

Même si les indépendantistes ont perdu le référendum, celui-ci a créé un regain d'intérêt pour la politique au sein d'une importante partie de la population. Le SNP a quadruplé le nombre de ses membres au cours des derniers mois, ce qui en fait le troisième parti du Royaume-Uni. Les promesses de Londres sur une plus grande dévolution de pouvoirs, à la veille du référendum, ne se sont pas toutes concrétisées, ce qui contribue à faire grossir les rangs des indépendantistes.

C'est un phénomène historique

Éric Albert, correspondant à Londres du quotidien français Le Monde

Un parti qui veut la fin du Royaume-Uni pourrait jouer les faiseurs de rois à Londres en s'alliant avec les travaillistes.

Iain Begg, professeur à la London School of Economics, n'est cependant pas convaincu que cette alliance puisse se réaliser. « Ed Miliband [le chef travailliste ] a dit qu'il ne fera pas de coalition avec le SNP, parce qu'ils ont trop de points de désaccord, notamment sur le nucléaire ou sur le déficit. »

Le SNP avait obtenu 20 % du vote des Écossais et six sièges aux élections de 2010. Il obtient maintenant l'appui de plus de la moitié des électeurs.

Pour voir la répartition des sièges au Parlement sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

3. Austérité

Les conservateurs se targuent d'avoir remis le pays sur les rails grâce à leur politique d'austérité. Il est vrai que la croissance reprend et que le taux de chômage a baissé.

Pour voir le graphique sur le taux de chômage sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Le déficit reste toutefois élevé et l'équilibre budgétaire, prévu pour 2015-2016, a été reporté à 2018-2019.

Pour voir le graphique sur le taux de croissance du PIB sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Les compressions prévues, qui devaient être draconiennes, ont été ralenties après deux ans. Elles sont néanmoins incontournables, préviennent les économistes, que ce soient les conservateurs ou les travaillistes qui prennent le pouvoir.

De plus, comme les salaires n'ont pas augmenté, les Britanniques ont l'impression que leur situation ne s'est pas vraiment améliorée. Les emplois créés sont de mauvaise qualité et les écarts entre riches et pauvres se creusent, alors que le filet social s'effrite.

Les gens font confiance à Cameron plus qu'à tout autre pour gérer l'économie.

Iain Begg, professeur à la London School of Economics

« Ils se méfient des travaillistes », croit-il, à cause des années Blair et Brown, lorsque les dépenses ont crû considérablement. « Ils trouvent que certaines de leurs promesses au sujet du déficit et la manière dont ils vont le résoudre sont un peu vagues », ajoute-t-il.

4. Brexit (sortie du Royaume-Uni de l'Europe)

Si les conservateurs sont reportés au pouvoir, l'avenir du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne sera une question cruciale. Afin de couper l'herbe sous le pied de l'UKIP (anti-européen), David Cameron a promis un référendum sur la sortie de l'UE avant la fin de 2017.

Selon Iain Begg, la tenue de cette consultation est très improbable. « Ça n'aura lieu que si Cameron gagne une majorité absolue de sièges, parce qu'aucun des autres partis ne va le soutenir », croit-il.

C'est une question qui inquiète fortement le milieu des affaires et qui divise le Parti conservateur et les électeurs. Selon les sondages, plus de la moitié des Britanniques déclarent souhaiter que leur pays reste dans l'Union européenne tandis qu'un tiers d'entre eux disent vouloir en sortir.

5. Immigration

Une rue commerciale d’Upton Park, un quartier multiethnique de Newham, dans l’est de Londres, le 26 juin 2010Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une rue commerciale d’Upton Park, un quartier multiethnique de Newham, dans l’est de Londres, le 26 juin 2010

Photo : Paul Hackett/Reuters

Le sujet de l'immigration est devenu un enjeu majeur au Royaume-Uni en raison de la hausse fulgurante du nombre d'arrivants au cours des dernières années.

Ce sont surtout les immigrants en provenance de l'Europe de l'Est qui dérangent. En vertu du principe de la libre circulation dans l'espace européen, les ressortissants des pays membres ont le droit de s'établir et de travailler où ils le désirent. L'entrée dans l'UE, en mai 2004, de la République tchèque, de l'Estonie, de la Hongrie, de la Lituanie, de la Pologne, de la Slovaquie, de la Slovénie et de la Lettonie a signifié une augmentation exponentielle des arrivées des citoyens de ces pays en Grande-Bretagne. Depuis 2013, les Roumains et les Bulgares affluent également.

Dans un contexte de faible croissance économique, une partie de la population s'inquiète des conséquences de cet afflux de main-d'œuvre sur les infrastructures publiques et le filet social. C'est le filon qu'exploite l'UKIP, qui veut s'affranchir de l'Union européenne pour pouvoir mieux contrôler le nombre d'immigrants qui arrivent au Royaume-Uni.

Son succès électoral lors des élections européennes de juin 2014, quand il est arrivé en tête avec 27,5 % des voix, a poussé les autres partis à se positionner sur la question.

David Cameron a déjà mis en place plusieurs mesures restrictives. Il a également promis de tenir des négociations avec l'UE en vue de diminuer le nombre de personnes admises chaque année au Royaume-Uni.

Pourtant l'UKIP est en déclin, soutient le politologue Iain Begg. Dans les derniers sondages, il n'est crédité que de 13 % des voix, ce qui pourrait lui valoir trois élus, soit un de plus qu'actuellement. L'immigration n'est plus la priorité des électeurs, croit-il, qui se soucient surtout de l'économie et de l'avenir du système de santé.

Pour voir le graphique sur le nombre d'immigrants sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

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