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40 ans après la chute de Saigon, récit d'un exil périlleux

Le reportage de Sophie Langlois

Voici les témoignages de trois générations de Nguyen : la grand-mère, qui a fui Saigon pour le Québec il y a 40 ans, la fille, qui se souvient du périple, et la petite-fille, qui s'émeut aujourd'hui du sort des migrants de la Méditerranée.

Un texte de Sophie LangloisTwitterCourriel

Il y a 40 ans, le 30 avril 1975, Saigon tombait aux mains des communistes du nord, consacrant l'échec des Américains au Vietnam. Ce jour-là, dans les mois et les années qui suivirent, des dizaines de milliers de Vietnamiens ont pris la fuite à bord d'embarcations surchargées.

Le sort de ces boat people avait alors ému la planète. La plupart des pays occidentaux avaient ouvert leurs portes à un grand nombre de ces réfugiés. De 1975 à 1999, le Canada a accueilli 130 000 Vietnamiens; 60 000 dans la seule année 1979-1980.

Les Vietnamiens qui ont été accueillis à bras ouverts à l'époque se demandent aujourd'hui pourquoi ces mêmes pays ferment maintenant leurs frontières aux rescapés de la Méditerranée venus de l'Afrique et du Moyen-Orient. Depuis le début de la guerre en Syrie, en 2011, seulement 1166 réfugiés syriens sont arrivés au Canada.


Thérèse Nguyen, la grand-mère

Thérèse Nguyen. Photo : Radio-Canada

Elle avait 37 ans quand, le 30 avril 1975, elle entend des bombes tomber juste derrière leur maison à Saigon. Elle était fonctionnaire, et son mari Vincent Nguyen, courtier en assurances. Un ami policier les appelle pour les avertir : il faut partir maintenant, un dernier bateau s'apprête à quitter le port avec des réfugiés à bord.

Les Nguyen décident de fuir sans perdre un instant, avec leurs huit enfants, âgés de 3 à 15 ans. Les trois sœurs de Thérèse et leurs deux bébés partent avec eux. Dix enfants, qui n'ont que leur pyjama sur le dos, et cinq adultes montent dans une voiture, sur deux motos et deux bicyclettes et se donnent rendez-vous au port. L'histoire de leur exil est une série de miracles tous plus improbables les uns que les autres.

Ce jour-là, je ne sais pas pourquoi, je n'ai peur de rien. C'était aller, aller trouver le bateau, compter les enfants. Je prends soin des enfants. Je pense toujours à la survie de la famille. Mon plus petit a trois ans. Je dois aller chercher de l'eau pour lui et les autres enfants. Quand on a faim, on peut résister, mais quand on a soif, c'est dangereux. Je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, je n'ai pas peur du tout, j'ai confiance.

Thérèse Nguyen

Zoonie Nguyen, la fille

Zoonie Nguyen. Photo : Radio-Canada

Elle avait huit ans quand son père l'a prise sur sa moto pour aller au port de Saigon. Elle angoissait pour ses lapins laissés derrière. Sur le bateau conçu pour 500 passagers, ils sont 4000 à fuir la guerre.

Au 3e jour en mer, le navire se met à couler. Elle se souvient de l'homme qui s'est tiré une balle dans la tête juste à côté d'elle.

Arrivés à Montréal, ses parents, qui étaient à l'aise à Saigon, repartent à zéro. Son père a trois emplois; sa mère, deux : le jour à la manufacture, le soir à l'hôtel. Les enfants, qui mangent du beurre d'arachides matin, midi et soir, n'ont qu'un but : réussir leurs études pour ne pas décevoir ces parents qui ont tout sacrifié pour eux.

Les huit enfants Nguyen obtiennent un diplôme universitaire, six de l'Université McGill, un de Concordia, un autre de l'UQAM.

Zoonie est ingénieure électricienne à Radio-Canada pendant huit ans avant de fonder Talentelle, une entreprise qui aide les femmes à se lancer en affaires.

« J'ai quitté Radio-Canada pour trouver ma vraie mission de vie, qui est d'aider les autres. J'ai fait du bénévolat pendant trois ans à Hong Kong pour aider les Nations unies dans les camps de réfugiés vietnamiens. À travers ces trois ans-là, j'ai découvert que les femmes travaillaient très fort, au Népal, en Inde, en Chine, au Vietnam. Les femmes travaillent beaucoup tout en portant leurs enfants. Ces images-là me sont restées en arrière de la tête. J'ai fondé Talentelle pour aider les femmes à trouver leur passion en elles et à l'exploiter pour les autres », explique Zoonie.

Dans mon passeport, c'est marqué que je suis canadienne. Mes racines, j'embrasse la Vietnamienne que j'ai retrouvée à Saigon, mais dans mon cœur, je suis Québécoise. Ça fait 40 ans que je suis ici, je suis Québécoise! Je n'ai jamais vécu de racisme ici, comme à Hong Kong.

Zoonie Nguyen


Maggie Nguyen, la petite-fille

Maggie Nguyen. Photo : Radio-Canada

Maggie, qui a douze ans, ne connaît pas le Vietnam, mais elle incarne à merveille l'héritage reçu de ses grands-parents et de sa mère.

Les Vietnamiens qui ont fui la guerre ont réussi à transmettre à la génération née au Québec cette exceptionnelle volonté de réussir.

Maggie a l'ambition de réaliser le rêve de sa grand-mère Thérèse, qui souhaitait qu'un de ses enfants devienne médecin. Elle, sa mère et sa grand-mère ne comprennent pas que les pays qui ont accueilli les Vietnamiens à bras ouverts, il y a 40 ans, se ferment aujourd'hui aux rescapés de la Méditerranée venant d'Afrique.

C'est terrible! J'y pense tous les jours : qu'est-ce que je peux faire pour essayer d'arrêter ces choses-là? Je ne crois pas que ça devrait arriver; la vie est très précieuse. Si tu fermes les frontières comme ça, ces gens sur les bateaux vont mourir.

Maggie Nguyen
Le reportage de Catherine François

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