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Des routes qui craquent en quelques années en Ontario

Asphalte craquée, chemin Banwell à Windsor
Photo: Andréanne Baribeau

De nombreuses routes de la province construites il n'y a que quelques années montrent déjà des signes de dégradation. C'est le cas à Windsor, où la Ville tente de déterminer les causes de cette détérioration précoce. 

Un texte d’ Andréanne BaribeauTwitterCourriel

En roulant sur le chemin Banwell à Windsor, difficile de ne pas remarquer les nombreuses fissures qui sillonnent la chaussée. La route n'a que huit ans, mais elle se détériore plus rapidement que prévu, explique Mark Winterton, ingénieur en chef de la ville.

Plusieurs facteurs pourraient être en cause : le volume de la circulation automobile, la météo et les cycles de gel et de dégel.

Mais comment expliquer que d'autres voies, pavées il y a plus de 20 ans, résistent aux intempéries?

Mark Winterton, ingénieur en chef de Windsor
Mark WintertonMark Winterton, ingénieur en chef à la Ville de Windsor Photo : Andréanne Baribeau

Mark Winterton compte suivre de près les résultats d'une enquête que mène actuellement l'Association ontarienne des producteurs d'asphalte. Son directeur, Doug Duke, explique que la situation à Windsor n'est pas unique. Des problèmes semblables ont été signalés dans les régions de Toronto, de Waterloo et du Niagara.

Son association a formé un groupe d'experts, qui se penche présentement sur trois aspects différents de l'asphaltage :

  • la qualité du ciment bitumineux utilisé;
  • le pourcentage du ciment bitumineux qui est mélangé au granulat;
  • l'utilisation d'asphalte recyclé.

À Windsor, la Ville autorise jusqu'à 15 % d'asphalte recyclé dans ses routes, un pourcentage en deçà du maximum de 25 % établi par la province.

Doug Duke reconnaît que, dans un système du plus bas soumissionnaire, les municipalités et les compagnies cherchent des façons de réduire les coûts des travaux d'asphaltage, ce qui pourrait avoir un impact sur la qualité du produit. Mais il souligne qu'il ne faut pas perdre de vue tous les autres facteurs qui peuvent entraîner une détérioration précoce, comme le type de voitures et de camions qui circulent sur les routes ou encore la sorte de goudron utilisée, qui pourrait ne pas être appropriée aux conditions météorologiques.

Son association compte présenter une première série de recommandations d'ici la fin du mois de mai.

De l'huile à moteur recyclée

Mais à l'Université Queen's à Kingston, on pense avoir déjà mis le doigt sur le problème. Simon Hesp, professeur de chimie et expert en matière d'asphalte, explique que de nombreuses impuretés se retrouvent dans le ciment bitumineux des routes asphaltées de la province, dont de l'huile à moteur recyclée. La moitié des échantillons qu'il a testés en contenait.

Durant l'hiver, explique-t-il, ce lubrifiant se sépare du goudron, ce qui entraîne l'apparition de fissures lors du dégel printanier. On ne sait pas à quel moment dans la chaîne d'approvisionnement cette huile est ajoutée au ciment bitumineux, mais quelqu'un quelque part en tire profit. L'huile à moteur recyclée peut coûter environ 200 $ la tonne, alors que le ciment bitumineux en coûte plus que le double.

Il s'agit d'un problème bien connu dans l'industrie, qui tarde à changer ses pratiques, selon Simon Hesp.

Il y a de nombreux intérêts commerciaux dans ce dossier. C'est plus lucratif de repaver une route fréquemment que d'en construire une qui dure longtemps.

Simon Hesp, professeur de chimie à l'Université Queen's

La solution de Kingston

Grâce notamment aux recherches du professeur Simon Hesp de l'Université Queen's, Kingston a adopté des normes de qualité d'asphalte plus élevées, limitant la quantité d'impuretés et d'additifs. Cette initiative a fait grimper de 10 % la facture, mais la Ville en sortira gagnante à long terme, selon le gestionnaire municipal des routes Mark Campbell. « Même si ça nous coûte un demi-million de dollars de plus par kilomètre de routes à deux voies, dit-il, si ça permet de prolonger la durée de vie de 20 %, 30 % ou 40 %, ça réduit les coûts de façon marquée. » 

Garantie prolongée?

Asphalte craquée sur le chemin Banwell à WindsorChemin Banwell, Windsor Photo : Andréanne Baribeau

Une plus longue garantie de la part des compagnies d'asphaltage est la solution que privilégie le conseiller municipal de Windsor Irek Kusmierczyk. Windsor dit étudier la question, mais rappelle que la garantie d'un an qu'elle réclame actuellement est la norme dans l'industrie et que de prolonger celle-ci ferait augmenter la facture des travaux routiers.

Le ministère des Transports de l'Ontario exige pour ses routes une garantie qui peut aller jusqu'à sept ans. La province mène aussi sa propre enquête quant à la qualité des routes. Selon le ministère, le problème des fissures prématurées est d'abord apparu dans le nord-est de la province, mais s'est répandu dans le centre et le sud de l'Ontario.

Il indique avoir développé de nouvelles exigences en matière d'asphaltage, mises en pratiques lors de certains projets routiers depuis 2012, qui ont depuis été adoptées par certaines grandes municipalités.

Ontario

Industrie automobile