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De paroisses marginales à villages dévitalisés... Hauris Lalancette refuse de reculer

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La disparition récente de Solidarité rurale et du Fonds de soutien aux territoires en difficultés, ainsi que certaines déclarations-chocs du Conseil du patronat du Québec, ont ramené la question des villages dévitalisés du Québec au coeur de l'actualité. Hauris Lalancette a une impression de déjà-vu. Le cultivateur et homme politique abitibien, qui était au centre des documentaires du cycle abitibien de Pierre Perrault, rappelle que le combat qu'il a mené il y a 40 ans était le même. Nous l'avons rencontré pour obtenir son opinion sur les causes sociales liées à l'occupation du territoire, d'hier à aujourd'hui.

La disparition récente de Solidarité rurale et du Fonds de soutien aux territoires en difficultés, ainsi que certaines déclarations-chocs du Conseil du patronat du Québec, ont ramené la question des villages dévitalisés du Québec au coeur de l'actualité. Hauris Lalancette a une impression de déjà-vu. Le cultivateur et homme politique abitibien, qui était au centre des documentaires du cycle abitibien de Pierre Perrault, rappelle que le combat qu'il a mené il y a 40 ans était le même. Nous l'avons rencontré pour obtenir son opinion sur les causes sociales liées à l'occupation du territoire, d'hier à aujourd'hui.

Un article de Félix B. DesfossésTwitterCourriel

Paroisses marginales

À partir de 1969, la firme Côté-Duvieusart & associés remettait au gouvernement une série de rapport sur l'état des régions du Québec à l'intérieur desquelles il était recommandé de fermer des dizaines villages, dont certains se trouvaient au Bas-St-Laurent, en Gaspésie et en Abitibi-Témiscamingue, notamment. Ces villages y étaient décrits comme des « paroisses marginales ».

M. Lalancette croit que la situation peu reluisante vécue de nos jours dans certains villages comme Rochebaucourt découle des choix que le gouvernement a faits au début des années 70. C'est que la firme Côté-Duvieusart, mandatée par le gouvernement du Québec, offrait des sommes importantes aux familles pour les encourager à déménager dans le secteur de leur choix. La dévitalisation aurait été accélérée par le départ de plusieurs citoyens qui avaient accepté les sommes du gouvernement en échange de leur déménagement.

D'ailleurs, Hauris Lalancette estime que si des offres semblables étaient offertes aujourd'hui, plusieurs personnes résidant à Rochebaucourt ou dans d'autres villages semblables accepteraient de déménager.

« Moi, le motton, je l'ai refusé. Dans le temps, ils m'avaient offert 100 000 $ en argent. Ils m'ont dit : "Saute dans ton char et va te trouver une ferme dans le coin de Saint-Hyacinthe d'où [ta famille] vient." J'ai dit non. Parce qu'on était une gang de mon âge qui voulait que Rochebaucourt reste. »

— Une citation de  Hauris Lalancette

Il explique comment les sommes offertes aux cultivateurs étaient calculées.

Combatif et indigné, Hauris Lalancette s'est regroupé avec une trentaine d'autres personnes de la région pour créer le comité régional du Mouvement des paroisses marginales. L'objectif était de garder les villages ouverts et de continuer le travail de défrichage, de colonisation, de développement et d'occupation du territoire qui avait été entrepris par les premiers colons qui avaient ouvert l'Abitibi-Témiscamingue.

C'est au cours de ce combat social que le réalisateur Pierre Perrault a capté des images saisissantes d'Hauris Lalancette, images immortalisées dans les quatre documentaires du cycle abitibien. Un royaume vous attend, premier film de la série, fête d'ailleurs ses 40 ans cette année.

L'histoire se répète-t-elle?

D'ailleurs, depuis quelques mois, la vitalité de certains villages québécois est remise en question. Une liste de 150 villages dits dévitalisés a été récemment mise à jour par le gouvernement. Au cours des derniers mois, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) proposait au gouvernement Couillard de « réallouer une partie des budgets actuellement consacrés au maintien des municipalités dévitalisées vers des mesures facilitant le [transfert] des ménages qui y habitent ». Le CPQ s'est depuis rétracté.

Hauris Lalancette estime que les termes « paroisse marginale » et « village dévitalisé » sont des synonymes. « C'est juste les mots qui changent », dit-il. Le combat est donc à refaire, pense-t-il. Il admet toutefois que la tâche sera plus difficile qu'à son époque, puisque, selon lui, le peuple s'est désolidarisé avec les années.

Sa terre, qu'il a lui-même défrichée, il l'a léguée gratuitement à son fils Dany. Ce dernier, qu'on rencontrait brièvement dans le cycle abitibien de Perrault a aujourd'hui plus de 50 ans. L'entreprise familiale permet de faire vivre trois générations de Lalancette. Dany Lalancette voit des solutions d'avenir. Il propose de continuer à travailler sur les terres défrichées de Rochebaucourt, tout en habitant dans un centre un peu plus populeux.

Il croit aussi que les instances administratives de certains villages voisins pourraient être fusionnées, de manière à mettre plusieurs ressources en commun.

En somme, Hauris Lalancette plaide pour un investissement du gouvernement dans les secteurs où l'agriculture peut être développée. Il ne peut considérer la fermeture éventuelle de villages, ce qu'il verrait comme un retour en arrière.

Le Mouvement des paroisses marginales

À partir de 1969, le gouvernement du Québec se lance dans une réflexion sur ses régions, plus précisément sur l'activité économique qui s'y déroule, majoritairement de l'agriculture et de l'industrie forestière.

En 1970, la région du Bas-du-Fleuve est parmi les premières à voir ses villages menacés de fermeture. Près d'une dizaine disparaissent.

En 1974, la firme Côté, Duvieusart & associés publie un rapport sur l'organisation de l'agriculture en Abitibi-Témiscamingue. On y recommande la « fermeture » de larges pans de la région. Une quarantaine de paroisses de la région que le rapport Côté-Duvieusart qualifie de marginales sont visées par cet avis de fermeture. Essentiellement, la firme atteste que la qualité des terres agricoles de la région ainsi que le climat rigoureux ne permettent pas une agriculture performante.

Des compensations financières sont offertes aux cultivateurs qui accepteraient de déménager, ainsi qu'un service de déménagement de maison. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, une entreprise pouvait effectivement prendre une maison, la lever de terre et la déplacer vers une nouvelle paroisse.

Devant cette menace d'éviction, Hauris Lalancette et plusieurs autres agriculteurs d'Abitibi-Témiscamingue lancent le comité régional du Mouvement des paroisses marginales, visant à s'opposer à la fermeture des villages de la région et au respect du travail des « colons », pionniers et agriculteurs qui ont ouvert et développé la région.

C'est lors d'une rencontre d'information entre la firme Côté-Duvieusart et des agriculteurs de la région au cours de laquelle Hauris Lalancette prend la parole que le réalisateur Pierre Perrault découvre le personnage qui sera au centre de sa prochaine suite de documentaires : le cycle abitibien.

Avec les films de Pierre Perrault et le combat acharné d'Hauris Lalancette et ses collègues du Mouvement des paroisses marginales, la guerre est gagnée en Abitibi-Témiscamingue. Aucun village ne sera fermé officiellement, malgré le fait que plusieurs cultivateurs aient accepté les compensations financières du gouvernement et aient choisi de quitter leurs paroisses.

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