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Pourquoi de plus en plus de migrants traversent-ils la Méditerranée?

Des migrants, venus de Lybie, sont secourus au large de l'Italie. Photo: AFP / Francesco Malavolta
Radio-Canada

Le naufrage d'un chalutier en Méditerranée est une tragédie de plus dans ces eaux, devenues au fil des ans le cimetière de milliers de personnes. Pourquoi tant de migrants illégaux tentent-ils d'atteindre les côtes européennes? Qui sont-ils?

Un texte de Ximena Sampson Courriel

1. Comment expliquer une telle hausse?

C'est principalement à cause de la crise en Syrie, croit François Crépeau, professeur de droit international public à l'Université McGill et rapporteur spécial des Nations unies pour les droits des migrants. « Plus de trois millions de Syriens qui ont fui leur pays et trouvé refuge au Liban, en Jordanie et en Turquie n'y ont aucune perspective d'avenir », explique-t-il. « On ne leur offre pas de solution, alors ils essaient d'en trouver une eux-mêmes. »

Tant qu'il n'y aura pas une solution collective adaptée à leur situation, les passages clandestins vont augmenter [...] Les passeurs offrent une solution de mobilité que nous ne leur offrons pas.

François Crépeau, rapporteur spécial de l'ONU pour les droits des migrants

Le nombre de Syriens arrivant en Europe est en constante augmentation depuis 2011. Sur les 218 000 personnes arrivées en 2014, le tiers étaient des Syriens.

Pour voir le tableau sur l'évolution du nombre de migrants illégaux sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le nombre élevé de départs s'explique aussi par l'instabilité en Libye. Ce pays est devenu le lieu de départ de nombreux migrants. Lorsqu'il était au pouvoir, le colonel Kadhafi avait passé un accord avec l'Italie pour patrouiller le long des côtes de la Libye. Avec la révolution et la crise interne, la Libye est devenue le paradis des passeurs.

« La faiblesse des instances chargées de l'application de la loi permet aux réseaux de passeurs et de traite d'êtres humains de prospérer », explique le HCR dans un communiqué.

Pour voir le graphique sur le nombre de migrants noyés en Méditerranée, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

2. D'où viennent-ils?

Pour voir le tableau sur les origines des migrants sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Parmi les Sub-Sahariens, on retrouve surtout des Maliens, des Nigérians, des Gambiens, des Somaliens et des Sénégalais.

3. Que fait l'Union européenne devant cet afflux?

Selon François Crépeau, la réponse européenne est loin d'être adéquate. Dans la mesure où les candidats à l'exil n'ont aucune possibilité de se rendre en Europe par des moyens légaux, ils se tournent vers les mafias, avec tous les risques que cela implique.

« Ils vont venir, qu'on le veuille ou non », affirme-t-il. « Soit on prend le contrôle du mouvement en leur offrant des solutions et en en réglementant [...] le mouvement, soit on laisse les mafias le faire. »

Il rappelle que dans les années 70-80, les Européens ont ouvert leurs portes aux réfugiés indochinois. Il faudrait offrir un plan équivalent aux Syriens. Mais les pays européens n'ont pas encore compris les avantages qu'ils pourraient tirer de cette immigration.

Si on laisse se créer un marché clandestin qu'on ne contrôle pas à cause de nos propres politiques, on crée des situations extrêmement dangereuses. C'est la leçon de la prohibition dans les années 1920.

François Crépeau, rapporteur spécial de l'ONU pour les droits des migrants

4. Qu'est-ce qui attend les migrants qui arrivent en Europe?

Dans la plupart des cas, les nouveaux arrivants demandent l'asile.

Ceux qui ne remplissent pas les conditions pour obtenir une protection internationale sont transférés dans des centres d'identification et expulsion où ils peuvent rester jusqu'à 18 mois avant d'être expulsés.

Les autres sont placés dans un centre d'accueil. Avec l'arrivée massive de migrants, le gouvernement italien a mis en place quelque 1600 nouveaux centres d'accueil ouverts, d'où les migrants peuvent aller et venir comme bon leur semble.

Un grand nombre d'entre eux en profite pour quitter l'Italie et se diriger vers la Suède ou l'Allemagne, des pays reconnus pour leur politique plus accueillante pour les demandeurs d'asile.

Il y a déjà quelque chose qui se passe sur le terrain, mais il y a une frilosité à le reconnaître comme une action politique collective et à l'organiser.

François Crépeau, rapporteur spécial de l'ONU pour les droits des migrants

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