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Guy Laliberté « serein » après la vente de la majorité du Cirque du Soleil

Guy Laliberté tourne une page dans l'aventure du Cirque du Soleil en cédant la majorité de ses actions.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Radio-Canada

Le président fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, a confirmé lundi matin que son entreprise passe aux mains d'un consortium de fonds d'investissements privés étrangers, mais que son siège social demeurera à Montréal et que l'équipe de direction, dirigée par Daniel Lamarre, reste en place.

Selon des informations fournies aux employés, le Cirque sera détenu par le fonds américain TPG Capital (60 %), le fonds chinois Fosun (20 %), la Caisse de dépôt et placement du Québec (10 %) et M. Laliberté, qui conserve 10 % des actions et qui continuera de participer à la direction stratégique et artistique de l'entreprise.

Le moment de la transaction, dont la clôture est prévue pour le troisième trimestre 2015, n'a pas été dévoilé. En raison des récentes difficultés de l'entreprise, la valeur de l'entente de principe serait inférieure aux 2 milliards de dollars que désiraient obtenir M. Laliberté et ses conseillers.

Après avoir passé 30 ans à créer la marque du Cirque du Soleil, nous avons trouvé [...] les bons partenaires pour faire accéder le Cirque à l'étape suivante de son évolution

Guy Laliberté

TPG Capital dit avoir pris des « engagements contraignants » pour s'assurer que le siège social du Cirque - où travaillent plus de 1400 personnes - ainsi que les activités créatives demeurent à Montréal.

Selon le document présenté aux employés, TPG s'engage notamment à :

  • maintenir le siège social de l'entreprise à Montréal et s'assurer qu'il demeure le centre des services créatifs et artistiques de l'entreprise;
  • maintenir ou développer le centre d'entraînement à Montréal;
  • amener le Cirque à observer une politique d'approvisionnement favorisant, dans la mesure du possible, l'utilisation de produits et services québécois et canadiens, et le recours à des fournisseurs québécois ou canadiens, sur une base concurrentielle;
  • maintenir le volume d'emplois du Cirque au Québec, tant que la profitabilité et la situation économique le permettent;
  • recruter de la main-d'oeuvre canadienne pour occuper les postes du Cirque au Canada et à l'international;
  • accroître les dépenses relatives à la formation et à l'éducation au Canada;
  • maintenir la marque actuelle du Cirque du Soleil;
  • accélérer l'expansion internationale des opérations et de la marque du Cirque du Soleil;
  • prendre les mesures nécessaires pour maintenir ou améliorer la performance de l'entreprise à long terme en augmentant le nombre de spectacles produits par le Cirque ou sous sa licence;
  • augmenter les commandites, le licensing et les droits numériques du Cirque;
  • maintenir les montants dépensés par le Cirque auprès des organisations culturelles et communautaires au Québec;
  • s'assurer que le Cirque maintienne une politique corporative qui reconnaisse le rôle actif que l'investisseur jouera pour promouvoir le caractère distinct des cultures canadienne et québécoise.

Le maintien du siège social dans la métropole préoccupait le gouvernement Couillard ainsi que les partis d'opposition. Le premier ministre s'était publiquement prononcé sur la question récemment, excluant toutefois une intervention gouvernementale dans la vente.

Un porte-parole d'Industrie Canada, Michel Cimpaye, a fait savoir que la vente des actions du Cirque du Soleil sera étudiée en vertu de la Loi sur Investissement Canada, comme cela est requis pour les transactions d'envergure impliquant des sociétés étrangères.

Laliberté prêt pour de nouveaux défis

En conférence de presse, lundi, Guy Laliberté a expliqué que la vente était l'aboutissement d'un processus entrepris en 2006, alors que le Cirque était en pleine croissance. Il avait alors conclu que l'avenir de son entreprise devait passer par un « partenariat stratégique ».

La vente d'une participation minoritaire au développeur immobilier Dubaï World, en 2008, avait précisément été conclue dans le but d'amener le Cirque « partout dans le monde », mais l'affaire s'est effondrée dans la foulée de la crise financière qui a frappé le monde peu après.

Le Cirque a réussi à traverser cette crise, a-t-il dit, mais sans abandonner son objectif de trouver de nouveaux partenaires. Sur un plan personnel, Guy Laliberté dit avoir été motivé par son désir d'accompagner ses cinq enfants dans leurs projets, et celui de « se donner des défis créatifs d'une autre nature ».

J'ai envie de vivre d'autres défis, et je ne peux pas nécessairement les vivre avec le Cirque du Soleil.

Guy Laliberté, président fondateur du Cirque du Soleil

Guy Laliberté assure donc qu'il n'a pas procédé à une « vente de feu ». Il assure que le Cirque « engendre encore beaucoup de profits », puisqu'il vend par exemple plus de 11 millions de billets de spectacle par année, soit plus que tous les théâtres de Broadway réunis.

Le Cirque du Soleil à Hollywood en 2012

Le Cirque du Soleil à Hollywood en 2012

Photo : La Presse canadienne / Mark J. Terrill

Une transaction conclue dans une « harmonie exemplaire »

L'homme d'affaires a expliqué qu'il a invité 94 groupes à s'intéresser à la vente du Cirque du Soleil : 46 d'entre eux ont montré un intérêt, et 17 ont finalement soumis une offre, ce qu'il a considéré comme « flatteur ». Huit groupes ont finalement été invités à étudier les finances de la compagnie. 

L'entente annoncée ce matin a été conclue vendredi matin, a-t-il indiqué. Le gouvernement du Québec et la Caisse de dépôt et placement ont été informés du processus dès le départ. « Tous ces gens-là étaient informés », a-t-il déclaré.

Guy Laliberté assure que ses nouveaux partenaires vont permettre au Cirque de croître, de se diversifier, de développer de nouveaux marchés, et plus particulièrement la Chine, qui est « cruciale » selon lui pour son avenir.

Guy Laliberté a vanté l'approche de TPG Capital, un fonds d'investissement qui a une réputation « exceptionnelle » et qui démontre de la « passion » dans ses projets, et celle de Fosun, qui va permettre au Cirque de s'implanter en Chine, « un territoire sur lequel on travaille depuis 12 ans ».

Selon lui, les négociations se sont conclues en dix jours et ont lieu dans une « harmonie exemplaire ».

Je ne pouvais pas demander mieux pour l'avenir du Cirque. Avec ce partenariat, je pense que le Cirque va aller plus loin.

Guy Laliberté, président fondateur du Cirque du Soleil

« Dédramatiser » les investissements étrangers

Guy Laliberté a insisté pour « dédramatiser » la question de la vente du Cirque du Soleil à des intérêts étrangers. Il a rappelé que des entreprises comme Couche-Tard, Molson, Bombardier et Garda appartiennent notamment à des étrangers.

Il dit s'être soucié de s'assurer que les valeurs et les spécificités culturelles du Cirque soient préservées - comme en font foi les engagements des nouveaux actionnaires majoritaires - mais que pour mener à bien la croissance internationale du Cirque, il n'avait pas le choix de se tourner vers des partenaires étrangers. 

Mitch Garber, que M. Laliberté a présenté comme son « bon ami », a louangé le travail de Guy Laliberté. « C'est un des meilleurs entrepreneurs canadiens et québécois de tous les temps. On est chanceux de prendre la relève », a-t-il dit.

Pour moi, c'est une expansion de l'actionnariat. [...] C'est un investissement de TPG et Fosun au Québec. [...] Ajouter des légendes à nos légendes, c'est une formule absolument gagnante.

Mitch Garber, président du C.A. du Cirque du Soleil
Guy Laliberté en 1988 à Toronto

Guy Laliberté en 1988 à Toronto

Photo : La Presse canadienne / SHANEY KOMULAINEN

M. Garber a assuré que les nouveaux propriétaires du Cirque vont soutenir « le plan d'affaires de Daniel [Lamarre] qui est en exécution » et qui doit préparer la voie à une « très très grande croissance » des affaires de l'entreprise.

« La Caisse tenait à s'associer à l'entreprise alors que celle-ci s'apprête à partir à la conquête de nouveaux marchés », a pour sa part fait savoir le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement, Michael Sabia.

« Nous savons que TPG, avec l'appui de Fosun, a toute l'expertise pour faire du Cirque une entreprise encore plus présente à l'international. Et nous sommes ravis que cette nouvelle ère de croissance sera pilotée depuis Montréal, le centre décisionnel et créatif du Cirque, sous la direction de Daniel Lamarre, le président et chef de la direction. »

Couillard se félicite que le siège social reste à Montréal

Le premier ministre Philippe Couillard estime qu'il s'agit d'une bonne nouvelle pour le Québec.

« D'abord je veux saluer Guy Laliberté. Quelle belle histoire d'artiste et d'entrepreneur. Saluer également le fait qu'il a entendu le message des Québécois. Il s'est impliqué lui-même dans les négociations pour faire en sorte que le siège social et les activités créatrices demeurent à Montréal. Saluer également la Caisse de dépôt qui a défendu très bien les intérêts du Québec », a-t-il résumé lundi lors d'un point de presse.

Le ministre de l'Économie du Québec, Jacques Daoust, s'est pour sa part réjoui que le Cirque ait été vendu à des fonds d'investissement, parce que cela assure le maintien de l'équipe de création en place à Montréal.

« Dans le cas d'un fonds d'investissement, ils ont besoin de l'activité créatrice, ils ont besoin d'une équipe qui connaît le métier. Et c'est dans ce sens-là que ça me rassure : parce que ce n'est pas leur métier. Leur métier, c'est d'investir et ils veulent faire grandir » le Cirque, a-t-il dit.

Opinion d'un ancien consultant du Cirque du Soleil sur la transaction

Un observateur du milieu circassien est optimiste

Louis Patrick Leroux, professeur adjoint à l'Université Concordia qui coordonne le groupe de travail de Montréal sur le cirque, se dit « rassuré » par l'entente qui vient d'être conclue.

« On ne vend pas les meubles, on cherche à pérenniser et à s'ouvrir sur le monde entier, en particulier la Chine », dit-il en entrevue à Radio-Canada.

« On sent qu'il y a un désir de maintenir le "momentum" qu'on connaît au Cirque du Soleil depuis très longtemps. On le voit dans le choix des gens, dont le président du C. A., Mitch Garber, qui est un Montréalais qui fait des affaires à Las Vegas, et qui choisit de travailler à partir de Montréal. »

M. Leroux cite aussi la participation de la Caisse de dépôt et le maintien du siège social à Montréal, des éléments rassurants, selon lui. « Ils ajoutent qu'ils veulent continuer de soutenir la croissance, embaucher des créateurs québécois, montréalais en particulier. [...] Un autre aspect qui m'a interpellé est qu'ils vont maintenir leur recherche et développement à Montréal, donc ça augure très bien pour les projets à long terme. [Il y a] aussi le financement continu aux organismes culturels et communautaires », poursuit-il.

Toutefois, le Cirque du Soleil risque de connaître de profonds changements, croit-il. « Ils arrivent avec de nouveaux capitaux, des partenaires internationaux. Fosun leur ouvre la Chine, un marché qui a résisté très longtemps », dit-il.

« L'identité me semble préservée. [Mais] il y a un déplacement quand même. Laliberté est le guide de l'entreprise depuis 30 ans. Il devient "aviseur" créatif. C'est un changement sémantique important. Il va demeurer au sein de l'entreprise, mais il n'aura pas le droit de veto final », explique M. Leroux.

Fondé en 1984, le Cirque du Soleil a présenté des spectacles devant plus de 160 millions de spectateurs répartis dans 330 villes de 48 pays.

Avec les informations de La Presse canadienne

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