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  • Exclusif
  • Des prostituées recrutées au Bas-Saint-Laurent

    Prostitution en région

    Malgré la modification de la loi sur la prostitution, des proxénètes s'affichent toujours au grand jour. Une femme du Saguenay recrute des prostituées au Bas-Saint-Laurent en utilisant Internet.

    Un reportage de Guillaume DumontTwitterCourriel

    Stéphanie offre du travail de prostitution dans une agence de Saguenay. Elle recrute des filles du Bas-Saint-Laurent sur le web.

    La proxénète fait miroiter des revenus alléchants à une journaliste de Radio-Canada qui se présente comme une fille intéressée par son annonce.

    Tu sors entre 2000 et 3000 $ dans une semaine.

    Stéphanie, proxénète

    Stéphanie explique que les femmes doivent recevoir les clients et se déplacer chez eux. Elles sont hébergées dans un appartement à Saguenay.

    Stratégie des agences

    La proxénète avance qu'elle fait seulement travailler deux femmes en même temps pour qu'elles fassent plus d'argent. Elle recherche surtout des prostituées sans expérience.

    Quand tu es nouvelle ici, ça pogne à fond. J'en ai une qui est montée et qui a fait son 2500 $.

    Stéphanie, proxénète

    Les proxénètes embauchent souvent les prostituées à l'extérieur de leur région d'origine, et ce, pour mieux les contrôler, selon la responsable des communications à la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle, Éliane Legault-Roy.

    « Souvent, ça va être une stratégie des agences ou des proxénètes qui vont vouloir retirer la femme de son milieu qu'elle connaît bien et des gens qui pourraient la supporter ou l'aider à sortir de la prostitution », explique-t-elle.

    Des séquelles persistantes

    Éliane Legault-Roy indique que plusieurs femmes qui choisissent volontairement de tenter la prostitution regrettent rapidement leur décision. « Les filles vont se dire qu'elles vont l'essayer un temps et faire une passe d'argent et qu'après elles vont sortir, mais c'est très difficile d'en sortir », estime-t-elle.

    Les femmes vivent avec des séquelles physiques et psychologiques importantes.

    Éliane Legault-Roy, responsable des communications à la Concertation

    La Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle se réjouit de la modification de la Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d'exploitation. Elle légifère la prostitution au Canada en criminalisant les clients plutôt que les prostituées.

    La loi C-36 interdit, entre autres, l'achat et la publicité de services sexuels et le proxénétisme, tout en permettant aux travailleuses du sexe de vivre de la prostitution, pourvu qu'elles ne travaillent pas à proximité de lieux où se trouvent des mineurs, tels que les parcs ou les garderies. La peine maximale en cas d'infraction est de cinq ans.

    Une soixantaine d'autres organisations appellent plutôt à ne pas faire appliquer et à abroger la loi C-36. Elles réclament une décriminalisation complète de la prostitution au Canada.

    Mise à jour du reportage : 

    La travailleuse du sexe Amélie Jolie a tenu à réagir au reportage de Radio-Canada. Militante pour les droits des travailleurs du sexe, elle estime que la loi C-36 est anticonstitutionnelle. « Elle ne fait aucunement la différence entre client et agresseur », fait-elle valoir.

    Selon elle, « il faut faire la distinction entre prostitution forcée et travail du sexe libre, qui sont deux choses complètement différentes ».

    Amélie Jolie soutient que les lois gardent les travailleuses du sexe « dans la clandestinité ».

    Elle exprime des doutes aussi concernant les sommes élevées que fait miroiter la proxénète aux femmes au Bas-Saint-Laurent. « À Montréal, on ne fait même pas ça. »

    Amélie Jolie s'interroge aussi sur la meilleure façon d'assurer la sécurité des travailleuses du sexe. « Est-ce que ça prendrait un cours pour devenir une travailleuse du sexe sécuritaire ? Apprendre les trucs du métier, les choses à faire et à ne pas faire. »

    Saguenay–Lac-St-Jean

    Société