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Ottawa envoie 200 soldats en Ukraine pour contrer « l'agression russe »

Des soldats canadiens, lors de leur départ pour l'Irak, depuis la base de Cold Lake, en Alberta, le 22 octobre 2014.

Photo : REUTERS/Caporal Audrey Solomon/Canadian Armed Forces/Handout

Radio-Canada

Quelque 200 soldats canadiens seront déployés cet été en Ukraine pour entraîner des militaires de l'armée gouvernementale, ont annoncé mardi le premier ministre Stephen Harper et son ministre de la Défense, Jason Kenney, lors d'une conférence de presse au quartier général de la Défense nationale.

Leur mission, qui durera jusqu'au 31 mars 2017, permettra « d'assurer l'élaboration et l'exécution de programmes de formation et le renforcement des capacités militaires » des forces ukrainiennes, afin de « maintenir la souveraineté, la sécurité et la stabilité [de l'Ukraine] face à l'agression russe », a fait valoir M. Harper.

Elle constitue une réponse à « un certain nombre de demandes » formulées par Kiev, a mentionné M. Harper, qui était aussi accompagné du chef d'état-major des Forces armées canadiennes, le général Tom Lawson.

Selon le bureau du premier ministre, les militaires canadiens seront déployés « à la fois à long terme et sur une base périodique, selon le type de formation offerte ».

Les soldats canadiens seront notamment appelés à « offrir de la formation sur la neutralisation d'explosifs et de munitions, à assurer la formation de policiers militaires, à fournir de la formation médicale, à offrir de la formation sur la sécurité des vols et à donner de la formation sur la modernisation du système de logistique ».

Le Canada doit aussi fournir une « formation sur les tactiques individuelles et d'unité au personnel de la Garde nationale ukrainienne, de concert avec les États-Unis ».

Les militaires canadiens se joignent en effet à d'autres soldats regroupés au sein d'une coalition internationale d'entraînement et de soutien dirigée par l'armée américaine. Les États-Unis ont déjà envoyé 800 soldats en Ukraine à cette fin; la Grande-Bretagne, 75.

La plupart des soldats canadiens seront postés dans un centre d'entraînement existant de l'OTAN à Yavoriv, à environ 400 kilomètres à l'ouest de Kiev, tout près de la frontière avec la Pologne. D'autres iront plutôt dans un centre de déminage du ministère ukrainien de la Défense à Kamyanets-Podilsky, également dans l'ouest du pays.

Dans une conférence de presse subséquente, Jason Kenney a assuré que le risque pour les soldats canadiens est « très bas », puisque Yavoriv se trouve à environ 1300 kilomètres de la zone de conflit. Si la situation devait dégénérer, a-t-il dit, il ne serait pas difficile de leur faire quitter le pays en passant par la Pologne.

Interrogé sur la possibilité que le Canada fournisse des armes à l'Ukraine, le ministre de la Défense a répondu que « toutes les options demeurent ouvertes », mais qu'il s'agit là d'une décision qui devrait être prise en partenariat avec les alliés du pays.

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Mulcair préoccupé, Trudeau approuve

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a exprimé sa grande préoccupation, d'autant plus qu'il ne s'agit pas d'une mission de l'OTAN ou de l'ONU.

« M. Harper, à l'époque, que ce soit pour le Mali ou la Libye, consultait, essayait d'avoir les autres partis avec lui, mais de plus en plus, il est en train d'agir de manière unilatérale », relève le chef de l'opposition officielle, de passage à Rimouski.

Il rappelle qu'« il n'y a rien de plus sérieux qu'on fait comme gouvernement que de décider de mettre la vie de nos militaires en danger. Envoyer des centaines de militaires en Ukraine, sans la moindre discussion ou débat à la Chambre des communes, c'est un dangereux précédent et ça va à l'encontre des engagements clairs de M. Harper lui-même ».

Nous sommes très préoccupés pour la sécurité de nos troupes, précisément parce qu'il ne s'agit pas d'une mission faite en même temps que nos alliés de l'OTAN. Et c'est pour ça qu'il ne faut pas mettre la vie de nos braves hommes et femmes en uniformes en danger, sans agir de concert. M. Harper, de plus en plus, agit tout seul, il n'écoute pas les autres.

Thomas Mulcair

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, approuve l'initiative du gouvernement Harper.

C'est sûr que le Canada se doit de continuer d'être un ami de l'Ukraine, qu'il doit aider l'Ukraine contre cette incursion illégitime de la Russie.

Justin Trudeau

« Pour moi, faire de la formation, c'est justement quelque chose que le Canada fait très bien », a expliqué M. Trudeau.

Un cessez-le-feu fragile

Des soldats ukrainiens et des miliciens prorusses s'affrontent depuis plus d'un an dans l'est du pays. Le conflit s'est déclenché après que le président prorusse Viktor Ianoukovitch eut été destitué au terme d'un soulèvement populaire.

Les pro-Russes ont ensuite réussi à s'emparer de la Crimée, annexée depuis par la Russie, puis d'une vaste portion de territoire incluant Donetsk et Louhansk, avant qu'un cessez-le-feu parrainé par Moscou, Paris et Berlin n'entre en vigueur en février

Ce cessez-le-feu s'est traduit par une diminution graduelle de l'intensité des combats après que les rebelles eurent réussi à s'emparer de Debaltseve, mais il n'en demeure pas moins très fragile.

Des bombardements en périphérie du bastion rebelle de Donetsk ont fait 6 morts et 12 blessés du côté de l'armée ukrainienne, et 1 mort et 5 blessés du côté des rebelles. Il s'agit du bilan le plus élevé depuis la trêve.

Depuis le début du conflit, 6000 personnes sont mortes et des centaines de milliers d'autres ont été déplacées sur le territoire. De vastes secteurs de l'ancien coeur industriel de l'Ukraine ont aussi été réduits en ruines.

Le conflit s'est également traduit par l'imposition de sanctions à la Russie de la part des États-Unis, de l'Union européenne et du Canada. Moscou a réagi en imposant ses propres sanctions.

Soutien canadien

Le gouvernement Harper s'est toujours résolument rangé derrière Kiev dans ce conflit. En juin dernier, le premier ministre s'était notamment rendu dans la capitale ukrainienne pour l'assermentation du nouveau président Petro Porochenko.

« Nous serons là pour les Ukrainiens, pour leur prêter secours et pour faire pression sur le régime Poutine, avec nos alliés, pour faire cesser les attaques contre la souveraineté ukrainienne, a déclaré le premier ministre. Nous allons le faire aussi longtemps qu'il le faudra. »

Après la conclusion de l'accord de Minsk, qui a fixé les balises de la trêve actuelle, M. Harper avait affirmé que le Canada allait « juger M. Poutine par ses actions, et pas seulement ses mots ». Son gouvernement, disait-il, continuait « à explorer [ses] options pour aider la population ukrainienne face à cette agression ».

Depuis le début du conflit, le Canada a envoyé beaucoup de matériel non létal à l'Ukraine, dont des vestes pare-balles, des manteaux, des pantalons, des bottes, des casques, des tentes et des sacs de couchage.

Des lunettes de vision nocturne, des radios, des trousses médicales et du matériel pour construire un hôpital de campagne mobile doivent aussi être expédiés aux Ukrainiens.

Le Canada a également déployé des soldats et du matériel militaire, dont les frégates Regina, Toronto et Fredericton, dans le cadre de l'opération Reassurance de l'OTAN.

En incluant les garanties de prêts et l'aide humanitaire offertes à Kiev, le Canada a dépensé 578 millions de dollars pour venir en aide à l'Ukraine depuis le début du conflit, selon le ministre Kenney.

L'Ukraine, déchirée entre l'Est et l'Ouest. Notre dossier
Avec les informations de La Presse canadienne, et Associated Press

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