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Pierrette Thériault-Martel : un combat marquant pour le mouvement des aînés

Radio-Canada

La décision d'Eddy Savoie de finalement verser la somme de 310 000 $ à Pierrette Thériault-Martel met fin à une saga judiciaire de quatre ans. Un combat essentiel mené par une femme courageuse, estime Louis Plamondon, de l'Association québécoise de défense des retraités et préretraités (AQDR).

Tout a commencé lors des visites que faisait Pierrette Thériault-Martel à sa mère, qui vivait au CHSLD Saint-Lambert-sur-le-Golf, premier CHSLD réalisé en partenariat public-privé (PPP). « J'allais voir ma mère et elle n'était pas changée, elle était toujours souillée », raconte-t-elle en entrevue avec Anne-Marie Dussault.

L'infirmière retraitée constatait notamment que le nombre de préposés n'était souvent pas adéquat. « Ils ne peuvent pas y arriver, et c'est difficile pour les préposés. Tu as beau avoir le cœur de prendre soin de ces gens-là, c'était trop lourd », relate-t-elle.

« J'ai dénoncé, je suis passée par toute la hiérarchie, j'ai fait l'infirmière de garde du plancher, je suis allée à la directrice des soins, je suis allée au commissaire aux plaintes, mais il n'y a rien qui changeait », ajoute-t-elle.

C'est alors, en 2011, qu'elle a décidé de rendre la chose publique en faisant une conférence de presse. Elle avait notamment déploré qu'un ordre donné aux membres du personnel leur interdisait de changer les couches des bénéficiaires pour des raisons budgétaires.

Mais ces critiques ont incité Eddy Savoie à intenter une poursuite en diffamation de 400 000 $ (200 000 $ en dommages moraux et 200 000 $ en dommages punitifs) contre Mme Thériault-Martel.

Mais l'ex-infirmière n'allait pas se taire pour autant. « Moi je ne pouvais pas, j'ai des convictions », dit-elle.

Finalement, la poursuite de M. Savoie a été rejetée en avril 2014 et déclarée abusive par le tribunal, qui l'a qualifiée de poursuite-bâillon.

À la suite de cette décision, Pierrette Thériault-Martel a réclamé des dommages, des dommages moraux et des dommages punitifs à Eddy Savoie. La Cour supérieure du Québec a finalement condamné l'homme d'affaires à verser quelque 300 000 $ à Mme Thériault-Martel, un jugement que n'a pu faire casser M. Savoie

Moi, j'ai travaillé dans le domaine hospitalier. Mes patients, c'est sacré, on n'y touche pas. Je suis une lionne pour ça. Les aînés qui étaient là-bas au CHSLD, j'avais tellement de peine à voir ce qui se passait, je les aidais à s'alimenter, je faisais plein de choses, mais je trouvais que c'était inhumain. Je me disais ça ne se peut pas, il faut que ça change. On a besoin d'aide. Faut le dire.

Pierrette Thériault-Martel

Un engagement « exemplaire »

La plaignante, Pierrette Thériault-Martel, a gagné sa cause contre l'homme d'affaires Eddy Savoie. (archives)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La plaignante, Pierrette Thériault-Martel, a gagné sa cause contre l'homme d'affaires Eddy Savoie. (archives)

Photo : Radio-Canada

Pour Louis Plamondon, de l'AQDR, l'engagement de Mme Thériault-Martel a été décisif pour le mouvement des aînés. « C'est exemplaire. D'abord, parce que c'est la première fois qu'il y avait une poursuite-bâillon en contexte du milieu de la santé, et puis ça prenait une personne très courageuse, compétente, capable de s'exprimer, et une volonté d'aller jusqu'au bout », déclare M. Plamondon.

Pour lui, ce combat à l'image de celui de David contre Goliath a permis à l'AQDR et à d'autres associations d'aînés de découvrir plusieurs situations déplorables dans des résidences et CHSLD.

« C'était la première fois qu'on appuyait une procédure judiciaire de cette ampleur-là. On a découvert la question des baux illégaux dans les résidences, l'histoire des décès à l'eau chaude, le non-signalement des décès », explique-t-il.

Louis Plamondon rappelle aussi que c'est dans le cadre de ces procédures judiciaires qu'on a pu apprendre l'ampleur de la fortune de M. Savoie. En effet, l'homme d'affaires avait dû déclarer que ces actifs s'élevaient à 1,5 milliard de dollars afin d'évaluer le montant des dommages à verser à Mme Thériault-Martel.

L'affaire Savoie va mettre au jour les lacunes systémiques dans plusieurs réseaux de ressources, que ce soient des résidences ou des CHSLD.

Louis Plamondon

Selon Louis Plamondon, il règne dans certaines résidences une « culture de toute-puissance ». Pierrette Thériault-Martel souligne d'ailleurs que les recours sont plus grands pour les plaintes concernant des établissements publics que privés.

« La différence, c'est qu'avec le CHSLD public, vous avez des recours. S'il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, vous faites une plainte, vous avez l'ombudsman, il prend votre plainte, il prend l'action », explique-t-elle. Des actions qui peuvent aller d'une suspension à un congédiement. « Ça n'existe pas là-bas », ajoute-t-elle. Louis Plamondon explique que dans le privé, « les systèmes de recours sont internes ».

Ce dernier s'inquiète d'ailleurs de l'abolition des agences de santé dans le cadre de la loi 10. « Toute la question de la certification des résidences et des CHSLD, des contrôles et des enquêteurs était dans les agences. Les agences sont dissoutes », expose-t-il. Si les services doivent être regroupés dans les CISSS, il craint néanmoins les conséquences de la perte d'expertise des personnes qui étaient en poste. « Qui va trouver la bonne personne au bon endroit pour parler de la situation de sa mère? » se demande-t-il.

Ne jamais perdre espoir

Bien qu'elle juge que la situation n'a pas changé dans l'établissement où vivait sa mère, pour Pierrette Thériault-Martel, tout son combat montre qu'il ne faut jamais perdre espoir.

« Moi, je dis aux gens : "Il faut dénoncer, on ne peut pas accepter des choses comme ça". On est en 2015, on est censé être civilisé. On a l'impression que c'est un retour en arrière, c'est triste. Je demanderais aux familles qui ont des proches : " Allez les visiter. Allez vérifier " », conclut-elle.

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