•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le policier responsable de la mort d'un homme noir à Charleston est renvoyé

Sur cette image extraite d'une vidéo fournie par l'avocat de la famille Scott, le policier Slager prend le pouls de la victime, qu'il vient d'abattre de huit coups de feu dans le dos.

Photo : La Presse canadienne / AP/Image fournie par L. Chris Stewart

Radio-Canada

Le policier blanc de North Charleston accusé du meurtre d'un homme noir dans un parc samedi dernier a été renvoyé, a annoncé mercredi le maire de la ville, Keith Summey. « Nous ne cautionnons pas ce qui est mal, peu importe qui en est l'auteur », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse houleuse.

Le maire, qui a fait cette déclaration après avoir rencontré la famille de la victime, Walter Scott, a aussi mentionné que la vidéo diffusée en boucle par les médias depuis quelques heures n'est pas complète. Selon lui, le passant qui a remis la vidéo au New York Times collabore à l'enquête en cours.

Sur cette vidéo, on peut voir le policier Michael Slager tuer l'homme de 50 ans en lui tirant huit fois dans le dos, alors qu'il s'enfuit. La victime, qui ne semble pas armée, s'écroule après le dernier tir.

Le chef de la police de North Charleston, Eddie Driggers (droite), a donné une conférence de presse en compagnie du maire Keith Summey (en chemise bleue rayée, derrière lui).

Le chef de la police de North Charleston, Eddie Diggers (droite) a donné une conférence de presse en compagnie du maire Keith Summey (en chemise bleur rayée, derrière lui).

Photo : La Presse canadienne / AP/Chuck Burton

Le maire Summey n'a pas été en mesure de dire si d'autres agents feront face à des sanctions disciplinaires dans la foulée de cette affaire.

Il a cependant précisé que tous les policiers de la ville seront équipés de caméras corporelles.

De son côté, le chef de la police de North Charleston, Eddie Driggers, a déclaré que ce qu'il a vu sur cette vidéo filmée par un témoin l'a rendu « malade ».

Ses propos ont été interrompus à maintes reprises par les cris de plusieurs personnes scandant des slogans, dont « Pas de paix sans justice ».

Devant l'hôtel de ville, environ 75 personnes se sont rassemblées mercredi pour dénoncer la situation. La manifestation était organisée à l'initiative d'un groupe nommé Black Lives Matter, formé dans à la suite de la mort de Michael Brown, un autre Noir tué par un policier blanc à Ferguson, au Missouri.

« Huit tirs dans le dos », scandait l'un des organisateurs, Muhiydin D'Baha, ce à quoi la foule répondait à l'unisson : « Dans le dos ».

« Huit tirs dans le dos », scandait Muhiydin D'Baha, lors d'une manifestation devant l'hôtel de ville de North Charleston mercredi. « Dans le dos », répondaient les manifestants.

« Huit tirs dans le dos », scandait Muhiydin D'Baha, lors d'une manifestation devant l'hôtel de ville de North Charleston mercredi. « Dans le dos », répondaient les manifestants.

Photo : Randall Hill / Reuters

La vidéo diffusée par le New York Times contredit la version de Michael Slager. Selon un rapport de police, le policier de 33 ans a affirmé avoir craint pour sa vie parce que Walter Scott lui avait pris son pistolet paralysant lors d'une bagarre au moment de son interpellation pour un feu arrière défectueux.

Lors d'une précédente conférence de presse, le maire Summey avait expliqué que l'arrestation du policier avait été motivée par sa « mauvaise décision », selon les propos rapportés par le quotidien Post and Courier.

« Quand vous prenez une mauvaise décision, peu importe que vous soyez là pour protéger la population ou un simple citoyen dans la rue, vous devez vivre avec cette décision », avait-il dit.

Michael Slager a maintenant été transféré au centre de détention du comté de Charleston. S'il est reconnu coupable, il risque la peine de mort ou 30 ans d'emprisonnement.

Réaction de la famille Scott

« On a toujours voulu la vérité, a déclaré le frère de Walter Scott, Anthony. On la connaît maintenant. On sent que justice est rendue. Je ne pense pas que tous les policiers sont de mauvais policiers, mais il y en a quelques-uns. Je ne veux plus voir quelqu'un se faire abattre comme c'est arrivé à mon frère. »

Anthony Scott avance que son frère s'enfuyait de la scène parce qu'il ne voulait pas qu'on utilise le pistolet paralysant sur lui.

Le père de la victime, Walter Scott père, dit avoir eu l'impression que le policier « tentait de tuer un chevreuil qui s'enfuyait dans les bois ». Il croit que son fils craignait d'être interpellé parce qu'il devait une pension alimentaire à son ex-conjointe et qu'il avait peur d'être emprisonné.

La mère de la victime, Judy Scott, affirme que la vidéo est la « chose la plus horrible » qu'elle ait vue dans sa vie.

« Ce policier a cru qu'il pouvait tirer à plusieurs reprises dans le dos de quelqu'un et qu'il pouvait s'en sortir comme ça, a dit pour sa part l'avocat de la famille Scott, Chris Stewart. Cela pose la question de la valeur de la vie humaine. »

« Ce qui est arrivé n'arrive pas tous les jours, a ajouté Chris Stewart. Que serait-il arrivé s'il n'y avait pas eu cette vidéo? S'il n'y avait pas eu de témoin ou de héros pour révéler l'affaire? »

La famille Scott prévoit par ailleurs engager des poursuites contre le policier, le service de police et la Ville de North Charleston, évoquant la possibilité que les droits civiques de Walter Scott aient été violés, a précisé Chris Stewart.

Cet incident risque d'attiser les tensions raciales aux États-Unis, assez vives depuis la mort, début août, de Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans tué par un policier blanc à Ferguson.

Des manifestations parfois violentes ont eu lieu dans tout le pays pour dénoncer les violences policières à l'encontre des Noirs. Le policier de Ferguson s'en est toutefois sorti sans aucune poursuite.

North Charleston est la troisième ville de la Caroline du Sud avec une population approximative de 100 000 personnes. Les Afro-Américains représentent environ 47 % des résidents, alors que les Blancs en constituent 37 %. Le service de police de la ville est composé d'environ 80 % de Blancs, d'après les plus récentes données du département de la Justice.

Le New York Times a obtenu cette vidéo. Les images peuvent être choquantes.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et Associated Press

International