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La violence conjugale : un sujet tabou en Chine

Une femme dans un marché en Chine.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Pour la première fois de son histoire, Pékin songe à adopter une loi sur les violences conjugales - un sujet tabou en Chine, où près d'une femme sur deux serait pourtant victime de violence physique ou sexuelle de la part de son conjoint, selon l'ONU.

Un texte d'Yvan CôtéTwitterCourriel

À près de 40 ans, la vie de Zhang Hongyan ne ressemble en rien à ce qu'elle avait imaginé. Sans le sou, meurtrie, la mère de famille vit aujourd'hui seule dans une minuscule chambre juste assez grande pour contenir son lit.

Sa descente en enfer débute à l'été 2004. Elle est alors propriétaire d'une entreprise de meubles avec son mari lorsqu'elle découvre qu'il a une maîtresse. Elle le confronte et leur relation dégénère rapidement. Il la roue de coups de poings et de coups de pieds et lui interdit de revenir à la maison. Alors qu'elle se réfugie chez ses parents, les violences reprennent. Une nuit, il s'introduit dans sa chambre et lui fracture la jambe à l'aide d'une barre de métal.

« J'ai demandé l'aide des policiers à plusieurs reprises, indique Zhang, mais ils ont toujours jugé qu'il s'agissait de disputes conjugales et qu'ils n'avaient pas à intervenir. Ils m'ont aussi expliqué que leurs budgets ne leur permettaient pas d'enquêter ce type de dossier. »

Dans les semaines qui suivent, Zhang reçoit une autre nouvelle qui la dévaste. Son mari a réussi à obtenir le divorce à son insu et s'est enfui avec tout l'argent de la famille.

« Je ne pouvais pas y croire, dit Zhang. Mon mari a menti à la cour en affirmant que j'avais disparu. Le tribunal a prononcé le divorce sans même avoir de preuve. Ça m'a fait aussi mal que toutes les ecchymoses qui recouvraient mon corps. »

Désintérêt en Chine

La violence conjugale est un drame qui touche des millions de femmes chaque année en Chine et dont personne n'ose parler ouvertement. Selon les groupes de femmes, il s'agirait de l'un des plus grands tabous au pays, et ce, même si près d'une femme sur deux serait victime de violence physique ou sexuelle de la part de son mari ou de son conjoint.

« Les pourcentages qui circulent dans le pays varient, explique Julie Broussard, responsable pour la Chine du Fonds de développement des Nations unies pour la femme. Une enquête qui date de 2010 parle d'une femme sur quatre victime de violence conjugale, mais lorsque les Nations unies ont mené une étude indépendante, ce chiffre a grimpé à 40 % »

Dans les années 1990, la violence physique n'était pas encore reconnue comme motif de divorce en Chine. Ce n'est qu'en 2001 qu'une modification de la loi sur le mariage a formellement interdit la violence conjugale.

Une loi trop conservatrice

Le gouvernement communiste planche depuis des mois sur sa première loi pour contrer le phénomène, ce qui constitue une véritable révolution en soi. Mais le projet de texte ne va pas assez loin, selon plusieurs ONG.

S'il est vrai que le projet de loi fournit pour la première fois une approche légale à ce type de violence conjugale et qu'il forcera dorénavant les policiers à intervenir en cas d'appels à l'aide, en contrepartie, seules les femmes mariées sont mentionnées dans la législation et l'ONU déplore qu'aucun article ne traite des violences sexuelles.

« Le viol est une forme de violence sexuelle, s'insurge Julie Broussard. Nous saluons le travail du gouvernement communiste, mais exclure les violences sexuelles du projet de loi nous a déçus. »

La législation est aussi problématique pour Zhang, car elle exclut les couples non mariés et divorcés. Or, depuis 10 ans, le tribunal refuse d'entendre Zhang pour absence de preuve. Sa cause pourrait donc être perdue à jamais.

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