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Un cours de l'UQAM interrompu par des manifestants

Photo prise par le chargé de cours Daniel St-Pierre Photo: Twitter/@DanielStP61
Radio-Canada

Malgré l'injonction obtenue par l'Université du Québec à Montréal (UQAM), des individus masqués auraient tenté de perturber la tenue d'un cours jeudi soir entre les murs de l'établissement.

Selon le chargé de cours et avocat Daniel St-Pierre, un groupe d'individus masqués a fait irruption dans la salle au moment où il donnait un cours du département de droit, et ils ont « intimidé » la vingtaine d'étudiants présents.

M. St-Pierre soutient qu'à titre de chargé de cours, il pouvait enseigner jeudi soir, malgré la grève menée par des professeurs de l'UQAM, jeudi, à l'occasion d'une grande manifestation contre l'austérité à Montréal.

Après une heure de cours, il affirme que sept personnes ont pénétré dans la classe et exigé des étudiants présents qu'ils sortent de la classe. « Les étudiants n'ont pas voulu sortir », dit-il.

M. St-Pierre rapporte que les individus au visage caché ont fermé les lumières et fermé son ordinateur.

Le groupe aurait fui la classe après l'arrivée d'agents de sécurité.

« Très intimidant »

« Ces gens-là rentrent pendant le cours. Ils nous ont intimé de fermer nos ordinateurs et de sortir. C'était très intimidant, nous avons eu peur », a-t-il soutenu en entrevue téléphonique à ICI RDI.

Véronique Leroux, étudiante du programme de baccalauréat en droit, était présente lors du cours de jeudi soir. Il s'agissait pour elle d'un retour en classe, dit-elle, car elle n'allait plus à ses cours depuis un vote de grève de son association étudiante.

« La grève a été votée jusqu'au 8 avril. Mais avec l'injonction de mercredi, nous sommes dans nos droits d'aller à nos cours et d'en recevoir », affirme la finissante.

En fin de soirée, elle se disait toujours sous le choc des événements survenus plus tôt.

« Les élèves ont le droit de boycotter leurs cours, mais ils n'ont pas le droit d'empêcher les autres étudiants d'aller à leurs cours. C'était une expérience traumatisante, une étudiante pleurait et nous avions peur », dit-elle.

Dans ce contexte, le professeur a pris la décision de mettre un terme à la séance de cours.

« Une étudiante était particulièrement sous le choc. Comme si elle venait d'assister à un hold-up. C'est traumatisant », a affirmé M. St-Pierre.

En raison du congé pascal, Jenny Desrochers, porte-parole de l'Université du Québec à Montréal, dit ne pouvoir être en mesure de confirmer pour l'instant cette version des faits, ou encore si, en agissants ainsi, les manifestants ont contrevenu à l'injonction de mercredi.

Elle affirme que la direction de l'UQAM devrait examiner dès le début de la semaine prochaine les suites à donner à cet incident, s'il a eu lieu, et les mesures à prendre.

Injonction obtenue par l'UQAM

Mercredi, le juge Robert Mongeon a accordé à l'UQAM une injonction provisoire de 10 jours dans le contexte où l'université « doit composer avec une prise de contrôle hostile de ses locaux et de son personnel en plus de se voir contrainte de ne pas prodiguer l'enseignement qu'elle s'est engagée de par son existence à fournir ».

La demande d'injonction concernait cinq associations étudiantes et 34 de leurs membres. L'objectif de l'UQAM était de mettre un terme au blocage de certains cours, notamment par des individus masqués.

Les associations étudiantes concernées par l'injonction sont celles qui représentent les étudiants en arts, en lettres et en communications, en science politique et en droit, en éducation et en sciences humaines.

Selon Daniel St-Pierre, l'événement de jeudi soir est en contravention à l'injonction obtenue par l'UQAM. Il espère que l'établissement fera appliquer le document juridique.

« Je ne me sens pas en sécurité. Personne ne devrait pouvoir circuler en étant cagoulé. Ça prend davantage de gardiens qui vont permettre d'assurer la tenue des cours », croit le chargé de cours et avocat.

Véronique Leroux dit avoir remis plusieurs preuves au service de sécurité de l'UQAM pour permettre à l'injonction d'être appliquée.

Actuellement il n'y a pas de loi qui permet à quiconque d'empêcher la tenue de cours et d'ailleurs le juge Mongeon dans son ordonnance d'injonction a clairement dit que l'UQAM a le droit d'opérer. 

Daniel St-Pierre, chargé de cours à l'UQAM et avocat

Daniel St-Pierre estime que les étudiants d'accord avec la grève ont le droit de ne pas participer à un cours en restant chez eux. En revanche, ceux qui veulent suivre leur cours ont également le droit d'être en classe. 

On a eu les événements lundi, l'UQAM a été barricadée pendant une journée. À la suite de cela on a réagi. Je pense que l'UQAM a fait ce qu'elle avait à faire et l'ordonnance d'injonction est claire. 

Daniel St-Pierre, chargé de cours à l'UQAM et avocat
Entrevue avec Camille Godbout

« Ils risquent un an de prison », dit la porte-parole de l'ASSE

Pour Camille Godbout, porte-parole de l'Association pour une solidarité sociale étudiante (ASSE), ceux qui veulent faire respecter coûte que coûte le droit de grève « n'ont pas le choix de se masquer ». Sinon, dit-elle, ils risquent d'être victimes de « profilage politique ». En entrevue à ICI RDI, vendredi matin, Camille Godbout n'a pas cautionné ni condamné le geste commis par les personnes cagoulées à l'UQAM jeudi soir. Selon elle, ces derniers essayaient « de faire respecter la décision démocratique de continuer la grève ».

Ils [les étudiants] risquent par contre un an de prison; ce n'est pas rien pour faire respecter ce vote-là d'assemblée générale.

Camille Godbout de l'ASSE

De l'avis de la militante de l'ASSE, il est « totalement inacceptable » de faire planer la menace d'un an d'emprisonnement sur des gens qui tentent de faire respecter des décisions prises démocratiquement en assemblée générale.

L'ASSE tient en fin de semaine à Valleyfield un congrès durant lequel les étudiants membres vont élaborer leur stratégie future. « Une chose est sûre, la grève ne va pas arrêter du jour au lendemain. [...] Le gouvernement libéral n'est élu que depuis un an, on est prêts à continuer », lance Camille Godbout.

Avec les informations de La Presse canadienne

Société