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Le Canada réduit ses inspections sur la viande sauf celle destinée à l’exportation, selon un syndicat

Photo : CBC

Radio-Canada

Les coupes dans les programmes d'inspection des aliments au Canada ont créé deux poids deux mesures, de sorte que la viande vendue aux Canadiens n'est pas aussi bien inspectée que celle destinée à l'exportation, selon le syndicat représentant les inspecteurs.

Un texte de Florence ReinsonTwitterCourriel

Le gouvernement canadien, qui tente d'éliminer le déficit budgétaire, a réduit la fréquence des inspections dans plusieurs usines de conditionnement de la viande de l'Alberta et prévoit d'autres réductions des dépenses en salubrité des aliments.

« Il s'agit plus que de simples chiffres sur un papier », insiste le président du Syndicat de l'agriculture, Bob Kingston.

Des vies sont à risque. Il y a une probabilité que des gens meurent. Et j'espère qu'ils vont se réveiller face à cette situation.

Bob Kingston, président du Syndicat de l'agriculture

Depuis janvier, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a doucement diminué les inspections dans des établissements de traitement des viandes dans le nord de l'Alberta, a souligné M. Kingston lors d'une conférence de presse mardi à Edmonton.

Dans le nord de l'Alberta, 12 des 18 postes d'inspecteurs en hygiène des viandes sont pourvus, selon le syndicat.

Le nombre d'inspections avait augmenté en 2008, après une éclosion de listériose survenue chez Maple Leaf qui avait causé la mort de 22 personnes. Quatre ans plus tard, l'usine XL Foods de Brooks, en Alberta, avait elle aussi subi un rappel à cause d'une contamination à la bactérie E.coli.

« Il n'y a pas de débat public. Il n'y a même pas une industrie qui discute de ce qui est en train de se produire. C'est un recul de ces engagements à protéger les Canadiens », déplore-t-il.

L'Agence d'inspection des aliments a réduit la présence des inspecteurs dans les installations de cinq à trois jours par semaine, mais seulement dans les usines qui produisent de la viande pour le marché domestique, selon lui. La présence des inspecteurs dans les usines qui exportent la viande est restée la même.

L'ACIA se veut rassurante

L'Agence canadienne d'inspection des aliments a réagi aux préoccupations soulevées par le Syndicat de l'agriculture, rappelant que la salubrité des aliments constituait sa priorité absolue.

« Depuis 2008, les dépenses globales de l'Agence ont augmenté considérablement à cause d'investissements accrus dans les programmes de salubrité des aliments », affirme-t-elle dans un communiqué.

L'ACIA souligne que le nombre de ses inspecteurs a augmenté de 19 % depuis 2007, mais que « le nombre d'inspecteurs sur le terrain peut varier en raison des changements liés à la demande en services d'inspection, par exemple, l'ouverture et la fermeture d'établissements agréés par le gouvernement fédéral ». Ce qui signifie que le nombre d'inspecteurs sur le terrain peut varier de 200 par année, soit jusqu'à 5 % de l'effectif.

Il est important de noter que les différences entre les procédures d'inspection se rapportent au commerce et non à la salubrité des aliments.

ACIA

Le Conference Board du Canada a classé le système de salubrité des aliments du Canada au premier rang parmi les 17 pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques, selon l'Agence.

Ce que confirme le professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université de Guelph, en Ontario, Sylvain Charlebois. Pour lui, il n'y a pas non plus matière à s'inquiéter.

Le Canada compte 3400 inspecteurs fédéraux, ce qui fait dire au professeur que le nombre d'inspecteurs par habitant au Canada surpasse la moyenne mondiale.

L'efficacité du système d'inspection ne dépend pas seulement du nombre d'inspecteurs, mais de la façon dont ils travaillent, souligne M. Charlebois.

Dans le cas du Canada, je ne peux pas nécessairement dire que la santé des Canadiens est compromise.

Sylvain Charlebois

« On ne peut pas tout inspecter tous les jours, c'est impossible. Donc, pour mieux gérer les risques dans le domaine bovin ou dans d'autres secteurs, il faut être plus intelligent et investir des effectifs là où on en a le plus besoin. C'est une tendance que l'on voit même en Europe et au Japon », note-t-il.

Rappel de viande dans l'ouest

« Avec les ressources dont dispose l'ACIA, la seule façon de pouvoir respecter les normes d'inspection américaines afin de préserver l'accès de la viande canadienne au marché des États-Unis est de réduire les inspections de la viande destinée aux consommateurs canadiens. C'est aussi simple que ça », conclut le président du Syndicat de l'agriculture.

Il y a moins d'une semaine, l'ACIA a rappelé, dans l'ouest du pays et en Ontario, un produit de poulet de l'entreprise Lilydale pour une possible contamination à la listériose.

L'usine d'Edmonton d'où provenait la viande rappelée fait partie des installations où les inspections ont été réduites, indique la vice-présidente de l'Alliance de la fonction publique du Canada.

Un extrait du rapport 2014-2015 de l'ACIA, approuvé par la ministre de la Santé, Rona Ambrose, estime que le gouvernement réduira ses dépenses en salubrité des aliments d'environ 35 millions de dollars à un total de 286 millions de dollars en 2016-2017, et éliminera 192 postes équivalent temps plein.

Avec les informations de Reuters, et La Presse canadienne

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