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L'ASSE envisage de suspendre la grève

Les étudiants de l'Université du Québec à Rimouski ont voté pour une journée de grève, qui se tiendra le 2 avril.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le comité exécutif de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) jette un pavé dans la mare. Dans un texte de réflexion de quatre pages destiné à ses membres, il propose un « repli stratégique » pour reprendre le mouvement de grève cet automne, aux côtés des syndicats.

Un texte de Thomas GerbetTwitterCourriel

« Il faut savoir ralentir au bon moment pour mieux repartir plus tard », conclut l'exécutif de l'ASSE dans ce texte préparatoire à son congrès des 4 et 5 avril à Salaberry-de-Valleyfield.

L'organisation étudiante qui revendique 55 000 étudiants en grève - et 110 000 la journée du 2 avril - se trouve à la croisée des chemins,

L'ASSE fait le constat que son mouvement de grève est surtout universitaire et montréalais. « Est-ce suffisant pour bâtir un mouvement de GGI [grève générale illimitée]? » se demande l'exécutif. Par ailleurs, ce dernier avoue qu'il est « difficile de prévoir à ce stade-ci si les reconductions dans les assemblées générales seront vigoureuses ».

Même si l'ASSE se félicite du mouvement de grève entrepris jusqu'à présent, elle s'interroge sur l'issue de cette mobilisation : « Jusqu'où irons-nous pour affirmer victoire? [...] Jusqu'à l'abolition des mesures d'austérité? »

Réagissant à la décision de l'ASSE, le ministre de l'Éducation François Blais a déclaré qu'il avait « invité tous les étudiants du Québec, la semaine dernière, à aller voter et à se sortir de cette spirale. La démocratie étudiante est très imparfaite, aussi imparfaite que l'était la démocratie athénienne et 2500 ans plus tard, on se pose encore des questions sur la démocratie athénienne », at-il dit. 

Reprendre la grève à l'automne

L'Association pour une solidarité syndicale étudiante envisage la possibilité que la reconduction de la grève soit battue dans les assemblées générales après le 2 avril. « Ne nous le cachons pas, ce sera considéré comme une défaite », peut-on lire.

Il est possible de faire en sorte qu'une non-reconduction de la grève au printemps ne soit pas un échec, mais plutôt un repli stratégique.

Extrait de la lettre du comité exécutif de l'ASSE

L'ASSE craint qu'un échec de son mouvement ne nuise à celui des travailleurs du secteur public qui se préparent à d'éventuelles grèves cet automne. « Si nous poursuivons dans le sens d'une grève générale illimitée dès maintenant, nous prenons le risque de ne pas pouvoir les rejoindre à l'automne », écrit l'exécutif.

En entrevue à la Première chaîne mardi, Camille Godbout a souligné l'importance de la mobilisation à tous les niveaux. « Je pense que ce que l'on va voir à la suite de ce congrès-là, c'est une volonté d'élargir le mouvement, de faire en sorte que ce ne sera pas qu'une question étudiante. »

Cet appel à la « réflexion n'est pas un appel à la démobilisation », précise l'ASSE, mais elle ne veut pas « manquer le bateau ». Cet automne, les étudiants pourraient profiter de l'appui de leurs professeurs en grève et des autres syndiqués de la fonction publique.

Débats houleux en perspective

La proposition de l'exécutif suscite déjà de vives réactions. Le regroupement indépendant Printemps 2015 qualifie cet appel de « paternaliste et [trop] raisonnable ». Les auteurs ont le sentiment d'être considérés comme des « petits soldats à usage unique qu'il faudrait lancer au combat au bon moment ».

L'exécutif de l'ASSE vient de saper sa légitimité en remettant en question une grève adoptée par plus de la moitié de ses associations membres. [...] L'exécutif cherche à museler une base qui tend de plus en plus à se dérober de sa mainmise.

Extrait du message publié par le regroupement Printemps 2015

S'associer aux syndicats ne semble pas faire l'unanimité dans le mouvement étudiant. « Cette confiance aveugle envers la mobilisation syndicale rend perplexe », écrit Printemps 2015. Et si les employés de la fonction publique renonçaient à la grève cet automne? « Va-t-on remettre entre les mains de dirigeants syndicaux notre destinée politique? » s'interrogent les auteurs.

Société