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Obama et Harper, un malaise idéologique

Photo : Adrian Wyld/Canadian Press

La Presse canadienne

Les relations entre un premier ministre canadien et un président américain ont rarement été aussi orageuses, mais cela ne sonne pas le glas du lien spécial qui unit les deux pays depuis des siècles, selon des experts.

En marge d'une conférence sur la politique étrangère des États-Unis tenue à Montréal, les politologues Charles-Philippe David et Louis Balthazar se sont entendus sur une chose : le courant ne passe pas entre Stephen Harper et Barack Obama, et ce, depuis le début.

« Cette relation est l'une des plus mauvaises de l'histoire des rapports entre les États-Unis et le Canada, du moins à l'ère moderne », a tranché M. David, qui est titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Ce « malaise » s'explique en partie par l'idéologie opposée des deux politiciens, selon l'éminent professeur de l'Université Laval, Louis Balthazar, qui étudie la question depuis des décennies.

« Habituellement, les premiers ministres canadiens sont plus libéraux, plus audacieux que le président américain dans toutes sortes de domaines. Là, tout ça a changé. On a un premier ministre qui se sent beaucoup plus à l'aise avec les évangélistes de la droite américaine et du Parti républicain qu'avec le président », a relaté M. Balthazar.

Or, selon M. David, c'est moins la couleur politique qui importe que la personnalité des deux dirigeants. Et manifestement, la chimie n'opère pas entre MM. Harper et Obama, dit-il. D'ailleurs, le chercheur croit que l'échec annoncé du projet de construction de l'oléoduc Keystone XL a été causé par cette mauvaise relation.

« M. Obama ne s'est pas laissé impressionner ni laissé convaincre par Stephen Harper de la nécessité d'aller de l'avant avec Keystone XL », a constaté M. David.

Un malaise temporaire

Les experts s'entendent toutefois sur une conclusion : le lien privilégié entre le Canada et les États-Unis ne sera pas affecté à long terme.

« La relation canado-américaine, c'est quelque chose de tellement fort, de tellement structuré que les présidents ne peuvent pas la changer. Cela continue, quel que soit le président, quelle que soit l'idéologie, parce qu'il y a trop d'intérêts », a souligné M. Balthazar.

Chaque fois que des premiers ministres canadiens ont fait des gestes de rupture par rapport aux États-Unis, ils se sont ravisés, ou, du moins, les fonctionnaires ont su rassurer leurs homologues américains.

M. Balthazar rappelle que, pendant la guerre du Vietnam dans les années 1960, le premier ministre canadien Lester B. Pearson avait vertement critiqué l'intervention militaire menée par le président Lyndon B. Johnson. Pourtant, le Canada avait envoyé des armes au pays pour aider les États-Unis.

M. Pearson, à l'époque, avait expliqué sa position ambivalente ainsi : « Nous ne pouvions ignorer le fait qu'un désaccord manifeste avec les États-Unis sur la position du Vietnam aurait comme conséquence immédiate que Washington regarderait d'un oeil plus critique certains aspects de notre relation, qui nous profite autant qu'à eux. »

Une relation économique primordiale pour le Canada

Peu probable, donc, que les conflits apparents entre MM. Harper et Obama abîment de façon durable les relations entre leurs deux pays.

« La seule chose qui bouleverserait complètement la relation entre le Canada et les États-Unis serait un attentat terroriste émanant du sol canadien perpétré aux États-Unis. Ça, ce serait un gamechanger », a analysé M. David.

Il s'agit d'ailleurs d'une préoccupation constante pour le Canada, qui subirait des pertes économiques considérables, beaucoup plus dommageables pour lui que pour les États-Unis.

Selon Exportation et développement Canada, 70 % des exportations du Canada vont vers les États-Unis. En revanche, le Bureau du représentant américain du commerce estime que 19 % des exportations des États-Unis étaient dirigées vers le Canada en 2013.

« C'est la relation la plus importante pour le Canada. Pour les États-Unis, cette relation n'est pas la plus importante », a noté M. David, ajoutant que nos voisins du sud nous tenaient parfois pour acquis pour cette raison.

« Le Canada, pour eux, c'est le prolongement de l'économie, de la politique étrangère. Le Canada n'est pas un souci constant ni une préoccupation quotidienne des décideurs américains. Le président [ne se dit pas] : mais qu'est-ce que le Canada va penser? On n'est pas très haut dans les priorités de la politique étrangère américaine », a expliqué M. David.

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