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Cinq questions pour comprendre le conflit au Yémen

Les manifestations se multiplient depuis l’annonce par les rebelles houthis du contrôle du pouvoir.
Les manifestations se multiplient depuis l’annonce par les rebelles houthis du contrôle du pouvoir. Photo: La Presse canadienne / Anees Mahyoub (AP)
Radio-Canada

Le conflit qui fait rage au Yémen depuis plusieurs mois entre dans une nouvelle dimension, alors que l'Arabie saoudite amorce une campagne de frappes aériennes contre les rebelles houthis, soutenus par l'Iran. Le point avec Thomas Juneau, professeur à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa.


1. Pourquoi l'Arabie saoudite s'engage-t-elle maintenant au Yémen?

En fait, l'Arabie saoudite est profondément engagée au Yémen depuis des décennies. Elle a souvent considéré le Yémen comme son ventre mou, c'est-à-dire que c'est une région fragile et instable juste à sa frontière. Cette instabilité a toujours provoqué beaucoup de craintes en Arabie saoudite.

Pour cette raison, les Saoudiens interviennent beaucoup au Yémen, non seulement en soutenant ou en s'opposant à différents gouvernements, mais aussi très souvent en appuyant différentes factions au sein du pays, que ce soit des chefs tribaux, des factions au sein de l'armée ou des groupes islamistes.

En ce moment, l'Arabie saoudite s'inquiète de la montée en puissance des Houthis, de leur prise de contrôle de la capitale et d'une partie du pays, et donc, dans ce contexte, elle a décidé de lancer des bombardements aériens pour les affaiblir.


2. Qui sont les Houthis?

Les Houthis sont des insurgés basés dans le nord-ouest du Yémen. Ils sont en conflit avec le gouvernement central depuis 2004. Au cours des derniers mois, ils ont gagné en puissance et sont maintenant présents dans une grande partie du pays.

Les Houthis appartiennent à une branche du chiisme, le zaïdisme, auquel adhère environ le tiers de la population du Yémen. Leur nom vient de celui de leur chef, Houssein Badr al-Din al-Houthi, tué en 2004 par l'armée. Ils sont entre 10 000 et 30 000.

L'Arabie saoudite s'est toujours opposée aux Houthis pour toutes sortes de raisons, notamment parce qu'ils appartiennent à une minorité du chiisme. Il ne faut toutefois pas exagérer la dimension sectaire. Les Houthis ont des liens avec l'Iran, mais ils sont autonomes. L'idée que l'Iran les contrôle est complètement fausse.


3. Peut-on parler, comme le font certains analystes, d'une guerre par procuration?

On parle d'une guerre par procuration quand le soutien extérieur est vraiment décisif et a une influence significative sur le développement de l'équilibre des forces sur le terrain. Ce n'est pas le cas au Yémen.

Il s'agit plutôt d'une guerre locale, avec des acteurs qui agissent principalement pour des motifs locaux, tribaux et politiques. Même si plusieurs de ces acteurs ont des soutiens extérieurs, de l'Arabie saoudite, de l'Iran ou des États-Unis, ce soutien est secondaire.


4. Quels sont les motifs de l'insurrection?

Le Yémen est très divisé. Les élites tribales, politiques et religieuses s'opposent les unes aux autres pour obtenir la plus grosse part du gâteau possible. À l'origine, l'insurrection des Houthis, en 2004, n'avait pas de motifs sectaires. Ils protestaient plutôt contre leur exclusion, contre la pauvreté abjecte dans le nord-ouest et contre la négligence dont le gouvernement central faisait preuve envers leur région. Ils voulaient une plus grande autonomie, du développement économique et une reconnaissance de leurs droits, y compris, mais pas seulement, leurs droits religieux.

Au fil des années, ils ont gagné en puissance, mais le gouvernement central a toujours refusé de leur reconnaître un rôle dans la gouvernance du pays. Après le renversement du président Ali Abdallah Saleh, en 2012, il y a eu une redistribution du pouvoir. Les Houthis tentent de se faire une place, mais sans succès. Ils tentent aujourd'hui de s'imposer comme acteurs incontournables.

On peut aussi ajouter une couche sectaire qui devient de plus en plus importante, même si ce n'était pas le cas à l'origine.

Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) est présente depuis plusieurs années au Yémen, d'où elle a orchestré des attentats en Occident et sur place. Le groupe armé État islamique, pour sa part, a déclaré être l'auteur de deux attentats suicides sanglants contre des mosquées de Sanaa.

Des combattants houthis en tenue de policiers près du palais présidentiel à SanaaDes combattants houthis en tenue de policiers près du palais présidentiel à Sanaa Photo : Mohamed Al-Sayaghi / Reuters

5. Que risque-t-il de se passer maintenant?

Les Houthis contrôlent une partie du nord-ouest du pays. Ils ont descendu au sud de Sanaa, vers les grands centres urbains du sud, mais ils y contrôlent peu de territoire. Ils ont pris possession de certaines infrastructures stratégiques, de tronçons de route, d'aéroports et de bases militaires, mais Ils n'ont pas la capacité d'occuper et de gérer des villes de 1 ou 2 millions d'habitants, comme Aden ou Taëz.

Même si on parle d'une prise de pouvoir des Houthis, ce n'est pas très exact de dire ça. Oui, ils ont énormément augmenté leur influence dans le pays, mais c'est grâce à leurs alliances avec d'autres acteurs, principalement avec l'ancien président Saleh, qui est en train d'effectuer un retour sur la scène spectaculaire. En fait, il était toujours demeuré très influent, conservant la loyauté d'unités très importantes dans l'armée et dans les services de renseignement.

Si Saleh n'avait pas laissé passer les Houthis dans les derniers mois, avec l'appui des unités qui lui sont loyales dans l'armée, ils n'auraient jamais été capables de prendre la capitale. Il a toujours considéré que son départ du pouvoir était illégitime et que ses rivaux l'avaient trahi. Il est maintenant en train de se positionner pour reprendre le contrôle du pays.

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