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Les rebelles houthis du Yémen sous les feux croisés des alliés arabes

Radio-Canada

L'Arabie saoudite et ses alliés sunnites de la région du Golfe ont lancé jeudi une intervention militaire au Yémen pour contrer l'avancée des rebelles chiites houthis vers la ville portuaire d'Aden. Cette campagne, qui se traduit par des bombardements aériens jusqu'à nouvel ordre, se présente comme une guerre par procuration entre l'Arabie saoudite et l'Iran chiite, les deux grands rivaux du Moyen-Orient.

Selon les premières informations disponibles, des bombardements ont déjà visé l'aéroport de Sanaa, la capitale yéménite, actuellement sous contrôle des Houthis. D'autres frappes ont eu lieu contre la base militaire de Doulaimi, située non loin, et la base d'Al-Tarik, près Taëz, troisième ville du pays, sur la route entre la capitale Sanaa et Aden, dans le sud.

Les forces fidèles au président Abd Rabbo Mansour Hadi ont pour leur part réussi à reprendre l'aéroport d'Aden, tombé la veille aux mains de combattants fidèles à l'ancien président Saleh, qui sont alliés aux Houthis.

L'ambassadeur saoudien aux États-Unis, Adel Al-Jubeir, a expliqué que l'opération, baptisée « Tempête décisive », « vise à défendre le gouvernement légitime du Yémen et à empêcher le mouvement radical houthi de prendre le contrôle du pays ».

Mercredi, le président Hadi avait demandé à la Ligue arabe et au Conseil de coopération du Golfe « de fournir immédiatement tous les moyens nécessaires, y compris une intervention militaire, pour protéger le Yémen et sa population ».

Selon l'agence officielle saoudienne SPA, le président Hadi est arrivé jeudi à Riyad, où il a été accueilli par le ministre saoudien de la Défense, le prince Mohamed Ben Salmane Ben Abdel Aziz, qui supervise l'opération.

Selon le ministre yéménite des Affaires étrangères, Riyadh Yassine, l'opération vise à empêcher les Houthis d'utiliser les aéroports et les avions du pays pour attaquer Aden et d'autres régions du Yémen.

Un dirigeant du mouvement houthi au Yémen assimile les frappes aériennes saoudiennes à une agression contre le pays et a mis en garde contre une extension de la guerre dans toute la région.

« Le peuple yéménite est un peuple libre et il fera face aux agresseurs. [...] Le gouvernement saoudien et les gouvernements du Golfe regretteront cette agression », a déclaré Mohammed Al-Boukhaiti, membre du bureau politique des Houthis, à la chaîne Al-Jazira.

L'Iran, qui dément tout soutien actif aux rebelles houthis, n'a pas tardé à réagir. Son président Hassan Rohani a « condamné toute intervention militaire dans les affaires intérieures des pays indépendants ». Son ministre des Affaires étrangères, Mohamad Javad Zarif, a prévenu que cela pourrait « créer plus de tensions dans la région ».

« L'Iran veut une cessation immédiate de toutes les agressions militaires et frappes aériennes contre le Yémen et son peuple », avait déclaré plus tôt un porte-parole de M. Zarif. Selon lui, cette opération « va remettre en question les efforts déployés pour résoudre la crise de manière pacifique. »

L'intervention militaire fait grimper les cours du pétrole, non pas parce que le Yémen est un producteur important, mais parce qu'Aden constitue la porte d'entrée pour le canal de Suez, par lequel transitent près de 3 millions de barils de brut par jour (mbj). Les cours du pétrole ont terminé en hausse de près de 4,5 %, jeudi, sur le marché new-yorkais Nymex.

Des partisans des houthis ont manifesté contre l'opération saoudienne, jeudi, à Sanaa.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des partisans des houthis ont manifesté contre l'opération saoudienne, jeudi, à Sanaa.

Photo : Getty Images / MOHAMMED HUWAIS

Chacun ses alliés

Selon la chaîne de télévision saoudienne Al-Arabiya, l'Arabie saoudite, dirigée par un nouveau roi depuis quelques semaines à peine, a engagé 150 000 militaires dans l'opération, ainsi qu'une centaine d'avions de combat.

Selon cette même source, les Émirats arabes unis ont mobilisé 30 avions, le Koweït 15, Bahreïn 12 et le Qatar 10, la Jordanie et le Maroc 6 chacun, et le Soudan 3. Le Pakistan serait aussi intéressé à collaborer. Une délégation pakistanaise doit se rendre en Arabie saoudite pour évaluer une éventuelle participation.

La présidence égyptienne a également confirmé sa participation à l'offensive. « Il était nécessaire pour l'Égypte de prendre ses responsabilités [...] avec la participation d'éléments des forces armées égyptiennes de l'aviation et de la marine », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

La participation de l'Égypte intervient en réponse à l'appel « de la nation yéménite pour le retour de la stabilité » et pour « préserver son identité arabe », peut-on y lire aussi. Le Caire avait auparavant fait savoir qu'elle était prête à envoyer des troupes au sol, si cela s'avérait nécessaire.

Plus tôt dans la journée, quatre navires de la marine égyptienne ont franchi le canal de Suez en direction du Yémen.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi, a offert son « soutien total » à l'opération, à deux jours du sommet annuel de l'organisation, qui aura lieu à Charm El-Cheik, en Égypte.

M. Al-Arabi a aussi annoncé jeudi « la formation d'une force militaire arabe unifiée » dont la mission consistera à « intervenir rapidement pour faire face aux menaces contre les nations arabes ».

Les États-Unis, soutiennent les opérations, sans y participer directement. La Maison-Blanche a fait savoir que le président Barack Obama a autorisé un soutien en matière de logistique et de renseignement.

À Londres, le ministère britannique des Affaires étrangères a aussi approuvé l'initiative saoudienne, « qui fait suite à une demande du président Hadi pour défendre par tous les moyens le Yémen et repousser l'agression houthie ».

L'Irak, dont le gouvernement est dominé par les chiites, a pour sa part condamné l'opération. « Nous sommes avec les solutions pacifiques, sans intervention étrangère », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Ibrahim al-Jaafari, en marge d'une réunion des chefs de la diplomatie organisée en préambule au sommet de la Ligue arabe.

« Nous tenons au principe de non-intervention dans les affaires d'un État quel qu'en soit le prix, car cela va compliquer la situation », a-t-il ajouté, en soulignant que « les solutions militaires » ne peuvent pas représenter « le début d'une solution. »

Selon M. Al-Jaafari, l'Irak n'a pas été mis au courant de cette intervention militaire au Yémen.

Le Hezbollah chiite libanais, financé et armé par l'Iran, a aussi condamné cette intervention militaire qu'elle qualifie d'agression « américano-saoudienne ». Il appelle Riyad à cesser « immédiatement » ses opérations contre « le peuple yéménite frère », selon un communiqué.

Federica Mogherini, haute représentante de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, estime également qu'aucune action militaire n'apportera une solution au dossier yéménite et appelle l'ensemble des puissances régionales à agir de manière responsable.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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