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L'accès à l'avortement menacé? Barrette le nie

Pas question de toucher à l'avortement : reportage de Martine Biron
Radio-Canada

« Il n'y aura pas, ni maintenant, ni dans 5 ans, ni dans 10 ans, de limitation à l'accès à l'avortement », affirme le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, alors qu'un collectif de médecins et de professionnels du domaine de l'avortement et de la planification de naissance dénonce mercredi dans une lettre le projet de loi 20, lequel, dit le collectif, menace directement l'accès des femmes québécoises à l'interruption de grossesse.

Toute la controverse vient d'un document de travail ministériel obtenu par le Centre de santé des femmes de Montréal. On peut lire dans ce document que le gouvernement compte imposer des quotas aux médecins qui pratiquent des avortements. Ainsi, les médecins auront le loisir de pratiquer autant d'avortements qu'ils le veulent. Toutefois, au-delà d'une certaine limite, ces avortements ne seront plus comptabilisés dans le suivi médical minimum auquel le projet de loi 20 veut assujetir chaque médecin, augmentant ainsi leur tâche de travail.  

Le nombre de médecins habilités à faire des avortements est déjà très restreint, indique le collectif. Si on limite le nombre d'avortements qui peuvent être pratiqués par ces médecins, le collectif craint que l'on doive se les « arracher ».

Il souligne également que la pratique de l'avortement ne sera plus considérée comme une activité médicale prioritaire (AMP), ce qui, critique-t-il, peut avoir de graves conséquences, car les médecins sont obligés de faire annuellement un certain nombre de ces AMP.

Ceci va forcer les médecins en avortement à quitter les services de planning familial pour faire d'autres types d'activités dans les hôpitaux. En ignorant l'avis des experts, en retirant l'avortement comme activité prioritaire, et en forçant les médecins à quitter les services de planning familial, le gouvernement choisit de limiter l'accès des femmes à la contraception et à l'avortement.

Extrait de la lettre du collectif

Le collectif a pris la décision de rendre le contenu du document de travail public après que des médecins inquiets eurent écrit au ministre Barrette à ce sujet, sans jamais recevoir de réponse.

Aucun frein aux avortements, dit Barrette

De son côté, le ministre ne nie pas qu'il a l'intention de mettre en place ces nouvelles directives. Il indique toutefois que le collectif, qui a été « mal informé » selon lui, s'inquiète pour rien et que les nouveaux règlements ne mettront, « clairement et de façon non équivoque », aucun frein aux avortements qui sont pratiqués au Québec.

M. Barrette explique plutôt que le nouveau règlement prévoit l'autorisation de « pratiques particulières dans des cas spécifiques ». Il précise que les médecins qui ont complètement dédié leur carrière à la pratique des avortements, une « pratique pointue », auront droit à ces autorisations spéciales et pourront continuer à œuvrer comme par le passé.

Selon lui, les quotas d'avortement dont parle le collectif s'adressent aux nouveaux médecins et à ceux qui pratiquent des interruptions de grossesse seulement quelques jours par semaine.

Il souligne également que ces quotas ne sont plus de 504 par année par médecin, comme l'indique le document de travail ministériel que s'est procuré le collectif, mais qu'ils ont été augmentés à 1008. Et que dans les régions où les médecins auront besoin d'en pratiquer plus, ces derniers auront droit à une dérogation.

Gaétan Barrette affirme même que le projet de loi 20 va augmenter l'accès à l'avortement, puisque, désormais, tous les médecins de famille, sans exception, pourront les pratiquer, sous réserve de ne pas dépasser les quotas qui leur sont imposés. 

Ce qui est important pour moi ce matin, c'est que les femmes du Québec soient bien rassurées : il n'y a absolument rien dans ce projet de loi là ni dans le règlement, qui va limiter l'accès à l'avortement.

Gaétan Barrette

Un droit des femmes

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, taxant les propositions du ministère de la Santé de « graves », le chef intérimaire du Parti québécois (PQ), Stéphane Bédard, a demandé plusieurs fois mercredi au premier ministre Philippe Couillard de retirer du projet de loi 20 toute mention de quotas sur les avortements. Le PQ compte d'ailleurs déposer une motion à ce sujet. 

Pour sa part, Philippe Couillard a déclaré lui aussi plusieurs fois qu'il était hors de question de limiter directement ou indirectement le droit à l'avortement. Il a aussi tenu à répéter que l'objectif de son gouvernement était d'augmenter l'accès aux médecins de famille et que la mise en place de quotas à l'avortement visait la polyvalence des soins de santé accordés par les médecins.

Quant à Françoise David, députée de Québec solidaire dans la circonscription de Gouin, elle pense qu'il est essentiel que le ministre de la Santé mette fin à cette controverse en inscrivant « noir sur blanc dans les règlements qui accompagnent le projet de loi » qu'il ne veut toucher aux services d'avortement sous aucun prétexte.

Mme David ne croit pas que le ministre veuille mettre fin à ces services, mais trouve tout de même étonnant qu'il désire imposer des quotas. « Je ne peux m'empêcher de penser qu'une fois de plus on est devant quelque chose qui s'est fait dans la précipitation », a-t-elle indiqué. 

L'avortement, c'est un droit pour les femmes qui en ont besoin. C'est un service médical qui ne peut pas attendre.

Françoise David

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