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Le Canada « tombe dans le piège d'Al-Assad », critique l'opposition

Le chef du Nouveau parti démocratique (NPD) Thomas Mulcair
Le chef du Nouveau parti démocratique (NPD) Thomas Mulcair Photo: La Presse canadienne / Adrian Wyld

À Ottawa, tant les libéraux que les néo-démocrates estiment qu'en se préparant à bombarder les positions du groupe armé État islamique (EI) en sol syrien, et non seulement en Irak comme c'était le cas jusqu'ici, le gouvernement de Stephen Harper se trouve à faire le jeu du président syrien, le contesté Bachar Al-Assad.

L'opposition ne se fait cependant pas d'illusion : son opposition à la motion pour prolonger d'un an la présence militaire du Canada et étendre son action à la Syrie n'empêchera pas son adoption jeudi par la majorité conservatrice.

Le chef néo-démocrate, Thomas Mulcair, a affirmé aux Communes qu'une intervention militaire en Syrie allait « aider le régime syrien » et son controversé président, un « dictateur de la pire espèce, un criminel de guerre qui cible sa propre population avec des armes chimiques ».

Son porte-parole en matière d'affaires étrangères, Paul Dewar, déplore pour sa part que Bachar Al-Assad « tend un piège, et on tombe directement dedans ».

« On a entendu au comité des affaires étrangères des experts nous décrire comment Al-Assad instrumentalise l'EI pour servir ses propres intérêts. Il a permis à l'EI d'entrer là où l'Armée syrienne libre [opposée à son régime] était implantée », a rappelé M. Dewar.

Le ministre des Affaires étrangères, Rob Nicholson, a répliqué que le Canada ne demandera pas l'autorisation du régime de Bachar Al-Assad pour mener à bien ses opérations en Syrie.

Dans ce cas, a rétorqué le chef libéral Justin Trudeau, de quelle manière le Canada va-t-il communiquer avec le régime Al-Assad « pour s'assurer que les avions de chasse canadiens ne se feront pas cibler par la défense aérienne syrienne »?

« C'est clair que nos alliés font ça depuis des mois avec de telles difficultés, a répondu M. Harper. La réalité est que le régime Assad n'a pas la volonté ni la capacité de contrer l'État islamique [...] c'est nécessaire d'agir avec nos alliés pour contrer cette menace. »

Une mission sans objectif ni stratégie de sortie, dit Mulcair

Selon Thomas Mulcair, le gouvernement Harper n'a pas mérité la confiance de la Chambre, puisqu'il a induit les Canadiens en erreur, l'automne dernier, quant au rôle que les Forces canadiennes allaient jouer en Irak. Il avait déclaré que les Canadiens ne seraient pas impliqués dans des combats au sol – comme le prévoit la nouvelle motion, d'ailleurs –, mais il appert que les soldats se retrouvent parfois très près de la ligne de front, notamment pour identifier des cibles.

Les planificateurs de l'armée nous disent que, pour obtenir du succès, une mission doit avoir deux choses : un objectif bien défini et une stratégie de sortie bien définie. Cette mission n'a ni l'un ni l'autre.

Thomas Mulcair, chef du Nouveau Parti démocratique

Une guerre qui « n'est pas la nôtre »

Selon M. Mulcair, la guerre qui se déroule aujourd'hui en Irak « n'est pas la nôtre » et constitue « un bourbier qui dure depuis plus d'une décennie ».

Qui plus est, elle n'est appuyée ni par le Conseil de sécurité des Nations unies ni par l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), comme cela s'était produit en 2011 en Libye. Le NPD n'avait pas hésité à appuyer cette opération, a-t-il rappelé. À défaut d'un tel appui, plaide-t-il, mieux vaut se concentrer sur des efforts diplomatiques et humanitaires.

Thomas Muclair affirme également que l'État islamique bénéficie de la faiblesse de l'État irakien et du faible appui de sa propre population. « L'Irak n'est pas en mesure de maintenir la paix et la sécurité à l'intérieur de ses propres frontières. Cela ne changera pas avec plus de bombes, plus de destructions et plus de morts », a-t-il dit.

Ce n'est pas avec une escalade militaire que l'on aidera le peuple d'Irak. Les insurgés, les factions, les clans se nourrissent de ces interventions pour radicaliser la population, pour recruter des militants, pour miner les gouvernements locaux.

Thomas Mulcair, chef du Nouveau Parti démocratique

Thomas Mulcair promet de rapatrier les soldats canadiens si son parti est porté au pouvoir en octobre prochain.

« Une mission de combat vague et sans fin », affirme Trudeau

Le chef libéral Justin Trudeau a également souligné que le gouvernement n'est pas parvenu à expliquer clairement les objectifs de la mission ni à dire quelle est sa stratégie pour en sortir. Il souligne lui aussi que la mission canadienne en Syrie « pourrait très bien consolider » le pouvoir de Bachar Al-Assad en Syrie, qui est pourtant responsable de plus de morts que l'État islamique.

« S'impliquer dans des combats directs dans cette guerre ne sert pas les intérêts du Canada et ne fournit pas non plus de solution constructive à la crise humanitaire catastrophique dans la région », a-t-il déclaré.

Comment pouvons-nous faire confiance à un gouvernement qui a su si ouvertement induire la population canadienne en erreur? Ce gouvernement propose aux Forces canadiennes de s'engager dans une mission de combat vague et sans fin que nous ne pouvons pas appuyer.

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada

« La population canadienne est, avec raison, consternée par le caractère impitoyable et la terreur que sème l'État islamique. Nous comprenons ce sentiment et nous le partageons », a reconnu Justin Trudeau. « Toutefois, nous savons aussi que dans une situation aussi complexe et changeante à laquelle est confrontée la communauté internationale en Syrie et en Irak, nous ne pouvons pas laisser notre indignation nuire à notre jugement ».

À l'instar de Thomas Mulcair, le chef libéral a plaidé pour un meilleur effort humanitaire. Il soutient notamment que le Canada devrait accueillir plus de réfugiés syriens sur son territoire.

Contrairement au chef du NPD, il affirme cependant que le Canada « a un intérêt évident à former les forces irakiennes dans le but de combattre et d'anéantir le groupe État islamique ». Selon lui, cette formation devrait toutefois être dispensée « loin des lignes de front ».

Avec les informations de La Presse canadienne

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