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Écrasement dans les Alpes : « Il ne reste rien que des débris et des corps »

Site de l'écrasement d'un avion de Germanwings, dans les Alpes françaises

Photo : AP/Claude Paris

Radio-Canada

Un Airbus A320 de la compagnie allemande au rabais Germanwings, une filiale de Lufthansa, s'est écrasé mardi dans la région de Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), tuant ses 150 occupants. La boîte noire de l'appareil contenant l'enregistrement des conversations dans la cabine de pilotage a été retrouvée et sera analysée dans les prochains jours.

« Il n'y a aucun survivant », a confirmé le secrétaire d'État français aux Transports Alain Vidalies peu après l'écrasement.

Le président et chef de la direction du transporteur aérien Germanwings, Thomas Winkelmann, a déclaré que l'avion transportait 150 personnes, dont deux bébés. Il a précisé que l'avion avait plongé pendant huit minutes – peu après avoir atteint son altitude de croisière – avant de s'écraser.

Le vol 4U 9525, qui reliait Barcelone à Düsseldorf, transportait 144 passagers – 67 Allemands et 45 Espagnols – et 6 membres d'équipage, selon la Direction générale de l'aviation civile (DGAC).  Une classe de 16 élèves et leurs deux enseignants faisaient partie du vol, selon des officiels de la ville allemande de Haltern.

« L'équipage n'a pas émis de "mayday". C'est le contrôle aérien qui a décidé de déclarer l'avion en détresse, car il n'avait plus aucun contact avec l'équipage et l'avion », souligne la DGAC. L'écrasement se serait produit peu après 10 h 53, heure à laquelle les contrôleurs aériens ont perdu le contact avec l'appareil, qui se trouvait alors à moins de 2000 mètres.

Des hélicoptères de recherche dépêchés près de Barcelonnette, dans une région montagneuse particulièrement difficile d'accès, ont d'abord repéré des débris de l'avion. Des habitants du secteur se sont aussi rendus sur le site. L'accident s'est produit précisément à Méolans-Revels, près de la station de ski de Pra Loup.

Images épouvantables dans ce paysage de montagne. Il ne reste rien que des débris et des corps.

Tweet du député français Christophe Castaner, qui a survolé les lieux du drame

« C'est une horreur. L'avion est totalement détruit », a exprimé dans un tweet le député français Christophe Castaner.

Quelque 600 secouristes ont été dépêchés dans le secteur de l'écrasement situé à quelque 2000 m d'altitude. Les hélicoptères des secours ont cessé de survoler la zone à la nuit tombée.

Les secours ont installé leur camp à Seyne-les-Alpes, dans la vallée au pied des montagnes, où seront rapatriés les corps des victimes une fois qu'elles auront pu être retirées des décombres. L'opération de rapatriement des corps ainsi que le travail des médecins légistes doit commencer mercredi.

« L'avion s'est écrasé dans le massif de l'Estrop. C'est une zone qui est enneigée, inaccessible par des véhicules, mais qui a pu être survolée par des hélicoptères », a précisé M. Vidalies. La météo a rendu les opérations délicates, les lieux de l'accident étant noyés dans les nuages de mauvais temps, mais le ciel devrait s'éclaircir mercredi.

On a un avion qui a littéralement explosé, les corps sont très abîmés.

Le procureur de la République de Marseille, Brice Robin, qui a survolé le site

Les débris sont éparpillés sur environ un hectare avec à peine une demi-douzaine de gros éléments repérables, a dit de son côté le lieutenant-colonel Jean-Paul Bloy, de la gendarmerie de Hyères.

Cela va être extrêmement compliqué pour relever les éléments sur place. Cela prendra des jours pour dégager d'abord les victimes, puis les débris.

Le lieutenant-colonel Jean-Paul Bloy, de la gendarmerie de Hyères

La présidente du bureau de tourisme de Pra Loup, Sandrine Boisse, a dit avoir entendu un bruit étrange dans les montagnes vers 11 h. « C'était un bruit sourd. J'ai pensé que c'était une avalanche, mais le son était légèrement différent. C'était un bruit court et qui a duré seulement quelques secondes », raconte-t-elle à l'Associated Press.

Le pilote avait « plus de dix ans » d'expérience et il avait accumulé « plus de 6000 heures de vol », selon la société Germanwings.

Entrevue avec le pilote Jean Lapointe

Un pilote qui survolait la région raconte

Gérard Monchablon, pilote de ligne d'Air France, survolait la région à bord d'un petit avion privé lorsque l'écrasement s'est produit. Il n'a toutefois pas vu l'appareil.

« Par coïncidence, je me trouvais à deux minutes du site du crash. Il faisait très beau, une très grande visibilité [de 100 km à la ronde], on voyait tous les sommets. Il y a des parois très verticales, abruptes dans cette région, des reliefs qui font 2900 mètres », a-t-il dit en entrevue à Radio-Canada.

Le contrôle aérien m'a appelé pour me dire qu'ils venaient d'avoir perdu contact avec un avion de ligne à 1800 mètres d'altitude, tout près de moi.

Gérard Monchablon, pilote de ligne d'Air France

« Il faut être au minimum à 6000 mètres d'altitude [pour être en sécurité dans cette région], alors on se demande qu'est-ce qu'il faisait à 1800 mètres », dit-il. « À la hauteur où il était, il allait droit vers la montagne, c'est impossible de passer à cette altitude-là », ajoute-t-il.

« Les avions sont équipés d'une alarme sonore qui dit qu'il y a un obstacle devant dès que vous vous approchez d'un relief et que vous allez rentrer dedans. Ça, les pilotes n'ont pas pu ne pas l'entendre. Alors, s'ils n'ont pas réagi, ça veut dire qu'ils étaient dans l'incapacité de réagir », dit Gérard Monchablon.

M. Monchablon souligne aussi que l'Airbus suivait une trajectoire inhabituelle. « Il était à 50 km au-dessus de sa route. Aucun avion de ligne ne passe par là », fait-il remarquer.

« Avec le service de surveillance aérienne, j'ai entrepris des recherches, on a cherché dans les vallées où il aurait pu tomber. J'ai cherché d'un côté, et ensuite c'est un hélicoptère qui a trouvé les petits débris », raconte-t-il.

« Un avion qui percute à 380 noeuds une falaise, il n'y a pas de survivant », souligne le pilote, ajoutant qu'il ne sera pas facile de trouver la cause de cet écrasement.

Des images du site de l'écrasement d'avion

Un « accident », soutient Lufthansa

Le premier ministre français, Manuel Valls, a indiqué qu'« aucune hypothèse ne peut être écartée » pour expliquer l'écrasement du vol 4U 9525. Selon la Maison-Blanche, aucun indice ne laisse croire qu'il s'agit d'un acte terroriste.

La maison mère de Germanwings, Lufthansa, tient à parler d'un accident. « À ce stade, nous considérons qu'il s'agit d'un accident et toute autre chose relèverait de la spéculation », a déclaré Heike Birlenbach, une vice-présidente de la compagnie, lors d'une conférence de presse à Barcelone.

Des informations diffusées par un site spécialisé révèlent que l'avion a effectué une « descente contrôlée » jusqu'à son écrasement.

La boîte noire qui a été retrouvée est celle qui contient l'enregistrement des conversations et des bruits de la cabine de pilotage. « C'est la meilleure des deux dans ce cas-ci, parce qu'on veut savoir non pas ce qui s'est passé à l'extérieur de l'avion, mais à l'intérieur, près de la cabine de pilotage », dit le pilote et expert en aviation civile Jean Lapointe, en entrevue à Radio-Canada.

Selon lui, on devrait savoir d'ici 72 h ce qui s'est réellement passé. « On a vu des débris qui font 3 ou 4 pieds de long, c'est peut-être suffisant pour un enquêteur pour avoir certaines réponses », dit Luc Lapointe.

« Les pilotes ont certainement tenté de manœuvrer l'avion de la façon la plus sécuritaire possible. Ils sont formés pour se battre jusqu'à la dernière seconde pour sauver l'appareil. Le silence, c'est questionnant. Qu'on soit descendu sans avertir personne. La communication était encore possible », fait remarquer Luc Lapointe.

« Et le fait que l'avion n'ait pas bifurqué ni à gauche ou droite, ça nous indique que l'avion n'était pas en perdition au niveau aéronautique. Et un témoin oculaire aurait aussi vu l'avion dans toute son intégrité, il n'y avait pas de pièce manquante », ajoute-t-il.

Le spécialiste en aviation civile Pierre Gauthier avance l'hypothèse que le vol 4U 9525 ait pu éprouver des difficultés de décompression ce qui expliquerait la tentative de descendre à une altitude où l'air est plus respirable.

Un appareil fiable

François Hollande se rendra mercredi sur les lieux de la catastrophe avec la chancelière Angela Merkel et le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy. Les experts de la Lufthansa, de Germanwings et d'Airbus sont également attendus sur les lieux.

Le président français a téléphoné à Angela Merkel mardi afin de lui exprimer « tout son soutien ».

À Madrid, le premier ministre espagnol Mariano Rajoy a suspendu ses activités afin de présider une rencontre d'urgence de son gouvernement au sujet de l'accident. M. Rajoy s'est aussi entretenu avec Mme Merkel. « Comme tous, je déplore cet accident incroyablement triste et dramatique », a-t-il déclaré.

De son côté, le roi et la reine d'Espagne, qui effectuaient une visite officielle à Paris, ont annulé la totalité de leurs activités et offert leurs condoléances aux proches des victimes.

Le gouvernement espagnol a annoncé un deuil national de trois jours en Espagne, à partir de minuit ce soir. De son côté, le président américain, Barack Obama a exprimé son soutien aux personnes éprouvées par cette « terrible tragédie », après avoir appelé ses homologues européens.

Une salle d'opéra à Düsseldorf a annoncé que le baryton Oleg Bryjak, originaire du Kazakhstan, figurait parmi les victimes. En 2013, M. Bryjak avait incarné Falstaff dans la production du même nom à l'Opéra de Montréal.

Une salle d'opéra espagnole a aussi affirmé que la contralto allemande Maria Radner était décédée dans l'écrasement.

Des sections ont été aménagées aux aéroports de Düsseldorf et de Barcelone pour recevoir des proches des victimes.

Par ailleurs, une veillée à la chandelle a été organisée à l'école secondaire de la ville de Haltern Am See que fréquentaient des jeunes victimes allemandes de l'écrasement d'avion.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et Associated Press

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