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Racisme : Los Angeles, un modèle pour Ferguson?

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Aux États-Unis, les transformations subies par la police de Los Angeles peuvent-elles inspirer Ferguson, cette ville du Missouri montrée du doigt pour ses pratiques policières teintées de racisme?

Un texte d'Anyck BéraudTwitterCourriel

Au cours des dernières années, la police de Los Angeles a fait beaucoup d'efforts pour améliorer ses rapports avec la communauté et pour qu'il y ait une plus grande diversité culturelle chez les agents.

La cause de ces transformations : les émeutes sanglantes de 1992, qui ont secoué la ville après l'acquittement de quatre policiers blancs filmés en train de passer à tabac un Afro-Américain, Rodney King, arrêté pour un excès de vitesse.

La police de Los Angeles était majoritairement blanche, et elle baignait dans une culture de terreur, de racisme et de recours à la force excessive, selon une commission d'enquête indépendante de cette époque, la commission Christopher.

Bernard C. Parks, aujourd'hui conseiller municipal, était le chef adjoint, ce qui faisait de lui le Noir le plus haut gradé du LAPD (Los Angeles Police Department). Il a ensuite dirigé le service pendant quelques années.

Bernard C. Parks, conseiller municipal. Photo : Anyck Béraud

Il donne la mesure du chemin parcouru grâce aux réformes. « Des changements dans la dynamique du personnel de commandement, pour qu'il y ait plus de femmes et de minorités dans ces postes. Il y a des changements dans l'approche, dans la philosophie. On cherche à avoir de meilleures méthodes d'intervention, appropriées aux circonstances. Les tactiques non mortelles ont été améliorées et il y a de la formation constante et répétitive sur ces tactiques. »

Bernard C. Parks explique qu'il y a eu beaucoup de changement, et pour le mieux. « Nos policiers reçoivent une meilleure formation maintenant : six mois d'entraînement, alors qu'avant, c'était trois mois. Le vieux problème du recours à la force est un rappel qu'il faut le faire de façon appropriée. »

À l'Académie aujourd'hui, si vous n'avez pas 100 % sur l'usage approprié de la force, vous ne pouvez pas sortir de l'académie de police.

Bernard C. Parks

Aujourd'hui, les minorités ethniques dominent au sein du LAPD, la forte progression démographique des Latino-Américains dans la ville y a toutefois contribué.

Reste que ces changements auront pris des années avant d'être implantés. Bernard C. Parks précise qu'il y a eu beaucoup de résistance, que plusieurs au sein des forces ne voulaient pas entendre parler de ces réformes.

Pour que ça bouge, il aura fallu, entre autres, que Los Angeles accepte que le gouvernement fédéral supervise, sous peine de poursuites, ses réformes. Ce mécanisme de supervision, le « Consent Decree », est d'ailleurs envisagé pour Ferguson.

Pour écouter le reportage d'Anyck Béraud diffusé à L'heure du monde, cliquez ici.

De guerriers à policiers communautaires

Selon l'avocate Connie Rice, la pression pour qu'il y ait du changement a aussi monté d'un cran après un autre scandale au sein du LAPD, un scandale de corruption à la fin des années 1990.

L'avocate Connie Rice. Photo : Anyck Béraud

Cette militante chevronnée des droits civiques ajoute que divers groupes ont eux aussi exercé une pression constante sur la police de Los Angeles. Elle faisait d'ailleurs partie d'un groupe d'avocats, dont le célèbre Johnnie Cochran, qui poursuivait régulièrement la police.

Connie Rice raconte qu'après des années à combattre le LAPD, elle a décidé de collaborer avec la direction du service de police pour mener un programme de sensibilisation des agents intervenant dans les quartiers chauds et défavorisés.

On s'est vraiment retroussé les manches. Pendant huit ans, nous avons enseigné aux policiers comment penser, et se comporter différemment devant les gens. Nous leur avons montré comment, de guerriers, ils peuvent devenir des policiers protecteurs. Ils sont devenus des policiers communautaires. Ce fut une transformation remarquable.

Connie Rice

Beaucoup moins de crimes violents à Los Angeles

Résultat, selon les autorités : une réduction de l'usage de la force par la police et des taux de criminalité ces dernières années. De 1992 à 2010, les crimes violents ont chuté de 76 %, selon le LAPD.

D'après des sondages menés par l'université Loyola Marymount, les résidents de tous les milieux ethniques de Los Angeles trouvent que les rapports entre la police et la population se sont améliorés, que c'est mieux qu'il y a 10, 15 ou 25 ans.

Le changement d'attitude de la police, c'est ce que constate Dwight Trible. Il est le directeur général du World Stage, un club situé dans Leimert Park, un quartier surtout afro-américain et prisé par la communauté culturelle, à South Los Angeles.

Dwight Trible, propriétaire d'un club. Photo : Anyck Béraud

Il explique que depuis quelques années, un policier, un « Block Captain », s'occupe spécialement du quartier.

« Il vient aux réunions pour connaître les préoccupations des gens. Tout le monde le connaît. Quand j'ai besoin de lui, je l'appelle. Il m'aide. Les policiers viennent faire leur tour dans le quartier pour voir si tout va bien. Ils nous aident même à transporter des boîtes à l'intérieur du club », explique Dwight Trible.

Depuis un moment, je ne sens pas que les policiers ont un comportement raciste. Depuis les émeutes, beaucoup de choses ont changé. Avant, ils étaient plus impulsifs.

Dwight Trible

Le dialogue entre la police et la communauté, c'est l'un des changements majeurs, et c'est ce que devrait faire aussi Ferguson, selon le militant des droits civiques Najee Ali.

Le militant des droits civiques Najee Ali. Photo : Anyck Béraud

Il explique qu'il y a notamment eu des rencontres entre les policiers et divers groupes pour calmer le jeu, avant l'annonce d'un grand jury au Missouri dans l'affaire Michael Brown. Cela, afin d'éviter des dérapages lors des manifestations prévues après l'annonce.

L'avocate Connie Rice, qui qualifie le virage effectué par la police de « travail de confiance », se demande toutefois si cette approche communautaire sera possible à Ferguson si la ville ne remplace pas tous les policiers.

Démanteler la police de Ferguson?

Un démantèlement de la police de Ferguson est aussi une option évoquée par le ministère fédéral de la Justice. Rappelons que le chef de police a finalement démissionné. Sa tête était réclamée depuis des années par la communauté noire.

La police du comté pourrait prendre le relais quelque temps, estime Fernando Guerra, professeur en sciences politiques à l'université Loyola Marymount.

Fernando Guerra, professeur en sciences politiques. Photo : Anyck Béraud/b

Pour lui, une rotation des forces est impérative, comme cela s'est fait à Los Angeles.

Environ 20 % des 10 000 policiers de Los Angeles étaient là en 1992. Nous avons presque complètement renouvelé notre force policière. Mais la culture de l'époque est encore présente. Il continue à y avoir des problèmes à certains endroits.

Fernando Guerra

Parmi les récentes controverses qui ébranlent le LAPD : un itinérant a été battu mortellement au début du mois par des policiers qui disent qu'il tentait de s'emparer d'une de leurs armes. La même raison invoquée par la police pour expliquer pourquoi, en août dernier, elle a fait feu mortellement sur un homme noir de 25 ans, souffrant de maladie mentale et non armé.

Des incidents qui font dire aux militants qu'il reste encore beaucoup de travail à faire à Los Angeles, même si c'est beaucoup mieux qu'avant.

Najee Ali, qui a aussi été membre d'un gang et a fait de la prison, souligne que si, à son avis, les jeunes Noirs de la mégalopole californienne risquent toujours d'être plus interpellés par la police que le reste de la population, il y a de fortes chances que ce soit maintenant par un policier qui leur ressemble : un policier afro-américain.

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